Dans les coulisses du parlement

Le palais du Parlement de Bretagne n'est pas seulement le siège de la cour d'appel depuis 1804. Derrière sa majestueuse façade, se cache une histoire mouvementée qu’Odile Vallée, guide-conférencière, nous fait revivre, entre pouvoir royal, Révolution française, incendies et renaissance.

porte gravée - Illustration Dans les coulisses du parlement
Porte monumentale représentant la Justice et la Force. | © Paysan Breton

Découvrir le palais du Parlement de Bretagne à Rennes, c’est faire un bond de plus de 400 ans dans le passé, à l’époque où Anne de Bretagne, dernière duchesse, fut contrainte d’épouser les rois de France Charles VIII puis Louis XII. Chaque année, de nombreux visiteurs franchissent les portes de ce lieu, symbole du rattachement de la Bretagne auparavant duché indépendant à la France. Cette union est illustrée dès l’arrivée avec le faitage alternant des hermines et des fleurs de lys.

Des pages de l’histoire bretonne

La Grand’Chambre, joyau du monument

Derrière les murs de granit et de tuffeau, se dévoilent des salles richement décorées où chaque détail raconte une page de l’histoire bretonne. La visite permet de comprendre le rôle essentiel qu’a joué ce bâtiment pendant près de deux siècles. L’endroit le plus spectaculaire est sans doute la Grand’Chambre, joyau du monument. Son plafond en chêne, peint par Noël Coypel, attire le regard avec ses allégories telle que ‘La Justice exterminant les vices’ ou ‘L’Autorité de la Loi’. « Il a été entièrement préservé lors de l’incendie qui a ravagé le parlement en 1994 », explique Odile Vallée. Au fil de ses commentaires, les scènes prennent vie dans le contexte politique du XVIIe siècle. « C’est dans cette salle que les parlementaires débattaient des demandes royales avant leur enregistrement », rappelle-t-elle.
La salle du Conseil de la Grand’Chambre mérite aussi l’admiration avec son parquet « à la Versailles » et sa bonne odeur de cire. Le plafond présente un ensemble de peintures magistral, réalisé à Paris à partir de 1694 par Jean-Baptiste Jouvenet. Au centre, figure ‘le Triomphe de la Justice’ entouré de quatre médaillons représentant l’Étude, la Connaissance, l’Équité et la Piété.

La première pierre posée en 1618

Pour comprendre l’importance du palais, il faut remonter à la fin du XVIe siècle. Le Parlement de Bretagne constituait la plus haute cour de justice de la province. Jusqu’alors itinérante, cette institution avait besoin d’un siège permanent. « Le choix de Rennes s’impose face à Nantes, notamment en raison de la plus grande proximité avec Paris ». La construction est lancée sur des terrains voisins d’un couvent. L’architecte Salomon de Brosse, ayant travaillé sur le palais du Luxembourg à Paris, est chargé du projet. La première pierre est posée en 1618. Mais quatre ans plus tard, une épidémie de peste interrompt le chantier. Ce n’est qu’en 1655 que le gros œuvre est achevé et que les parlementaires s’y installent. Suivent les travaux décoratifs achevés en 1709.
L’édifice impressionne Madame de Sévigné qui le décrit comme « le plus beau palais de France ». À l’époque, « un monumental escalier extérieur conduisait directement au premier étage, considéré comme l’étage noble. Le rez-de-chaussée accueillait des prisons, les ateliers de l’imprimeur ainsi que différents logements destinés aux personnes travaillant dans le palais ».

Reconstruction de la ville avec des pierres

Autour du bâtiment, le lieu était bien différent de celui que connaissent aujourd’hui les visiteurs. « La place du Parlement n’existait pas encore. Le terrible incendie de Rennes de 1720, qui dura cinq jours, détruisit une grande partie des maisons en bois de la ville mais pas le parlement. » La reconstruction donna naissance à la place actuelle, bordée d’immeubles de pierre. Une statue équestre de Louis XIV y fut installée avant d’être détruite pendant la Révolution française.
« Dans le même temps, les acteurs de la Révolution décident qu’il n’y aurait qu’un seul Parlement, à Paris. Le Parlement de Bretagne devient alors tribunal révolutionnaire avant d’accueillir, quelques années plus tard, la cour d’appel de Bretagne, fonction qu’il exerce toujours aujourd’hui. » L’édifice demeure un bâtiment vivant. Si la cour d’appel y siège quotidiennement, des visites guidées permettent au public de découvrir ce patrimoine exceptionnel lorsque l’activité judiciaire le permet.

Agnès Cussonneau

Le miracle du plafond suspendu

L’histoire récente du palais du Parlement de Rennes porte un autre drame encore ancré dans la mémoire des Bretons. Dans la nuit du 4 au 5 février 1994, une fusée de détresse lancée lors d’une manifestation de marins-pêcheurs déclenche un incendie dévastateur. Toute la charpente s’effondre, de nombreuses salles et œuvres d’art sont fortement endommagées. Toutefois, le plafond en chêne de la Grand’Chambre est sauvé grâce à une prouesse technique. Installé selon un système suspendu lors d’une restauration au XIXe, il ne reposait pas directement sur la charpente. Lorsque celle-ci s’effondre sous l’effet des flammes, le plafond reste intact. La restauration du palais a représenté un chantier de 55 millions €.


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