C’est l’été. Le moment de se poser, mais aussi de s’interroger sur ces mots qui nous submergent, pas toujours justes. Cette semaine, descente au sous-sol de l’estime publique : le mot hors-sol.
Le mot a changé de camp
Le terme vient d’abord du monde végétal. On parlait de cultures sans sol, puis de cultures hors-sol : des plantes nourries par une solution, sur un support autre que la terre. Rien, au départ, de forcément infamant. Il y avait même là une promesse technique, presque futuriste. Le passage à l’élevage a changé la charge du mot. Hors-sol est devenu un raccourci. Presque une accusation. Il suggère une agriculture débranchée de la terre, comme si les animaux pouvaient se nourrir de béton.
Les pourfendeurs de l’élevage moderne y voient tout ce qu’ils détestent : bâtiments, spécialisation, production organisée ; mais s’en régalent à bon prix quand il s’agit de passer à la caisse pour manger.
Au sens strict, hors-sol ne veut donc pas dire hors de la terre. Il dit plutôt autre chose : une alimentation qui ne vient pas, pour l’essentiel, de l’exploitation elle-même. La terre n’a donc pas disparu. Elle s’est déplacée. Elle nourrit ici, ou ailleurs. Depuis les années 70, le mot colle surtout aux élevages porcins et avicoles. En Bretagne, il accompagne une histoire très concrète : celle d’éleveurs qui disposaient de peu de foncier, parfois pas du tout, et qui ont pu, grâce à ces ateliers, vivre et travailler au pays. Une histoire de progrès, de revenus, mais surtout une aventure humaine.
Reste que la connotation est devenue si négative que le mot a changé de camp.
Hors-sol désigne désormais l’élu déconnecté, le technocrate perché, la décision publique coupée du réel. Drôle de destin pour un mot agricole né d’une réalité très matérielle.
