Produire ou acheter la paille : regarder au-delà du prix de la tonne

Entre flambée des prix, aléas climatiques et recherche d'autonomie, la paille est devenue un véritable enjeu économique. Mais acheter n'est pas toujours plus coûteux que produire, à condition de raisonner en « coût complet ».

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Produire sa paille mobilise des charges souvent sous-estimées.

Longtemps considérée comme un simple coproduit des céréales, la paille se négociait entre 20 et 30 € la tonne avec peu de variations. Les sécheresses, les nouveaux débouchés (méthanisation, biomatériaux), la baisse ponctuelle des rendements et surtout la hausse des coûts de transport ont profondément bouleversé le marché.

Un marché devenu imprévisible

Aujourd’hui, une tonne livrée sur l’exploitation s’achète couramment entre 90 et 120 € la tonne selon les régions. Cette volatilité pénalise les élevages dépendants du marché, tandis que les exploitations disposant de céréales sécurisent une partie de leurs besoins.

Produire sa paille a aussi un coût

Comparer le seul prix d’achat est pourtant réducteur. Produire sa paille mobilise des charges souvent sous-estimées. La hausse des cours des céréales s’est accompagnée d’une augmentation des coûts de production : engrais, carburant, produits phytosanitaires, matériel et foncier. Le coût réel d’une tonne intègre le semis, les intrants, la récolte, le pressage, le stockage, la manutention ainsi que la restitution des éléments fertilisants exportés. Dans de nombreux cas, le coût complet atteint aujourd’hui 70 à 90 €/t. Produire sa paille gratuitement relève donc d’une idée reçue. Les céréales apportent néanmoins des bénéfices qui dépassent ce seul calcul économique : elles participent à la rotation, améliorent la structure des sols, limitent les adventices et diversifient les revenus de l’exploitation.

Une décision avant tout stratégique

Face aux tensions du marché, des alternatives comme le miscanthus ou les copeaux de bois peuvent répondre à certains besoins, mais leur développement reste limité par le coût d’implantation ou la disponibilité locale. Au final, il n’existe pas de solution universelle. Produire sa paille renforce l’autonomie et sécurise les approvisionnements, mais mobilise des surfaces, du matériel et du temps de travail. Acheter libère des hectares pour des cultures plus rémunératrices et simplifie l’organisation, tout en exposant davantage aux fluctuations du marché. Le bon choix est donc celui qui s’inscrit dans la stratégie globale de l’exploitation. Plus que le prix de la tonne, c’est la valeur de l’autonomie qui doit guider la décision.

Luc Hoarau / Orcom

Paille : quelques repères économiques

• Prix moyen actuel d’une tonne livrée : 90 à 120 €/t, avec des pics supérieurs certaines années.• Coût complet estimé d’une tonne produite : 70 à 90 €/t selon les charges et les rendements.• Le transport représente souvent plus de 30 % du coût d’achat.• Avant de vendre ou d’acheter de la paille, raisonnez toujours selon le coût global de la production, et non le seul prix de la tonne.


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