Belle-Île (56)
Une trentaine d’amateurs et deux professionnels bichonnent les colonies d’abeilles noires sur la plus grande des îles bretonnes. Elles en valent la peine. Belle-Île est reconnue comme l’un des rares territoires français où subsistent des populations peu hybridées grâce à son isolement géographique. La conservation de ce patrimoine génétique est l’une des missions de l’Apcanbi (Association pour la protection et la conservation de l’abeille noire de Belle-Île). La dernière analyse génomique, de 2022, a conforté l’excellente qualité génétique des colonies. Toute importation d’abeilles ou de matériel usagé à partir du continent est interdite, et ce depuis l’arrêté préfectoral de juillet 1985, renforcé en 2008. En 2023, un apiculteur adhérent a repéré des abeilles un peu jaunes, signe d’une hybridation, dans quelques-unes de ses ruches. Les reines avaient été éliminées. « Nous travaillons avec la compagnie Océane (société de transport maritime du Morbihan) pour communiquer sur les enjeux sanitaires et génétiques », indique Quentin Le Guilloux, apiculteur professionnel et membre de l’association. « La diffusion de messages sur des panneaux signalétiques à la gare maritime de Quiberon, et les bandeaux sur les sites de réservation en ligne, pour les véhicules, permettent de sensibiliser les passagers. 70 % des maisons sont occupées par des résidents secondaires. Par méconnaissance, ils pourraient apporter une ruche sur l’île ». Et, avec elle, des abeilles plus productives, moins rustiques ou des maladies comme le varroa ou la loque américaine (bactérie) qui ont décimé les populations d’abeilles noires d’Ouessant, où ne subsistent qu’une petite cinquantaine de colonies.
Dans des petites vallées, on peut espérer conserver des lignées pures
Des reines par la Poste
Cette année, l’association s’est fixé comme objectif d’exporter des reines. « C’est un travail très rigoureux qui est réalisé par un technicien dédié. Des apiculteurs pourraient le faire eux-mêmes mais cela demande du temps ». Le Fonds de dotation Perspectives permet d’accompagner des projets d’intérêt général dédiés à la protection de l’environnement des îles. « Ce fonds a également permis de financer des actions pour accroître les ressources mellifères, comme l’implantation de légumineuses à fleurs en engrais vert, chez des agriculteurs ». Les petites reines fécondées sont exportées, via la Poste, vers des régions désireuses de développer ou de renforcer leur propre population d’abeilles noires. « Dans des petites vallées, par exemple, où on peut espérer conserver des lignées pures ».



Mobilisation contre le frelon à pattes jaunes
Le frelon asiatique fait partie des menaces majeures pesant sur l’abeille et les autres pollinisateurs sauvages. À Groix, il est essentiellement responsable de la disparition de 80 % des colonies d’abeilles noires (une trentaine aujourd’hui). L’insularité offre néanmoins un avantage : une action collective coordonnée peut avoir davantage d’impact que sur le continent. « 250 personnes sont référencées sur Belle-Île ». Ils signalent la présence de nids et participent aux campagnes annuelles de piégeage de printemps ciblant les fondatrices (en 2025, 3 600 reines ont été piégées). L’association organise des réunions publiques dans les quatre communes de l’île, distribue des pièges sélectifs, coordonne les actions des habitants et présente les résultats des campagnes.
Une agriculture relativement extensive
Les agriculteurs essaient de renforcer l’autonomie de leur système de production sur un territoire où le coût d’importation des intrants est lourd. L’élevage est engagé dans une dynamique agro-environnementale, sous l’impulsion de l’intercommunalité : un PAEC (Projet agro-environnemental et climatique) permet de préserver la richesse floristique des prairies belliloises. Le défi du tout bio reste, quant à lui, entier et complexe à mener. Avec ses 20 km de long et ses 9 km de large, Belle-Île compte plus de 50 % de toutes les espèces végétales recensées dans le département du Morbihan. Pour autant, le maintien de colonies saines, robustes et non hybridées reste un défi.
Bernard Laurent
Une nouvelle association en renfort, l’Abeille Noire de Bretagne
L’association Abeille Noire de Bretagne, créée en janvier 2026 et basée à Auray (56), a pour objectif principal de protéger et développer l’abeille noire bretonne (Apis mellifera mellifera). Ses actions comprennent notamment : la préservation et la diffusion de l’abeille noire de Bretagne, afin de maintenir cette souche locale adaptée au climat et aux ressources florales bretonnes. Elle favorise l’accompagnement des apiculteurs, par des échanges de connaissances, des formations et des conseils sur l’élevage et la sélection de lignées génétiques robustes et la création ou le soutien de zones de conservation et d’accouplement contrôlé, pour limiter l’hybridation avec d’autres races d’abeilles. Elle défend les intérêts de l’abeille noire auprès des pouvoirs publics, ainsi que le soutien aux conservatoires bretons existants (Ouessant).
