Les pollens à la trace

À proximité des services espaces verts de la ville de Vannes, un petit jardin est dédié aux plantes allergisantes. Il permet d’observer les floraisons et d’anticiper les pics polliniques.

Gros plan sur des fleurs de bouleau - Illustration Les pollens à la trace
Fin mars, le chêne et le bouleau étaient sous surveillance.

Vannes (56)

Ils sont plus de 2 000 à suivre de près les résultats des travaux du pollinarium de Vannes. Ils sont allergiques à l’une ou l’autre des 14 espèces végétales allergisantes du bassin vannetais et sont abonnés à la newsletter Alertpollens. Leur nombre ne cesse d’augmenter d’année en année. Le festival des pollens débute en décembre quand les fleurs du noisetier libèrent leurs petits grains jaune crème. Il se termine en septembre lorsque le plantain lancéolé s’apaise avant l’automne. Entretemps, aulnes, frênes, chênes et de nombreuses graminées dactyle, vulpin, houlque laineuse… font feu de tout bois. Tous les matins, les trois jardiniers de la ville, qui interviennent au jardin, observent les plantes et tapotent, lorsqu’elle est formée, leur inflorescence sur une plaque noire pour détecter la présence ou non de pollens. Ils sont formés par l’association et bénéficient d’un suivi constant sur les plans technique et botanique.

« Nous sommes en mesure de transmettre à l’association des pollinariums sentinelles de France (APSF) les dates précises de début et de fin d’émissions pour chaque espèce », indique Claire Audrain, responsable de la production au service espace vert de la ville. « Dès que le premier plant d’une espèce émet, une alerte est transmise aux abonnés et aux médecins allergologues. Quand le dernier plant de cette même espèce cesse d’émettre, une nouvelle newsletter est envoyée ». Les personnes sensibles au pollen de la plante peuvent ainsi prendre un traitement avant l’apparition des symptômes, et l’arrêter dès qu’il n’est plus nécessaire.

Deux femmes accroupies devant des parterres de végétaux
Maëlle Lécuyer et Claire Audrain, à droite, respectivement responsables de l’équipe de décoration florale et de la production au service espace vert de la ville de Vannes.

Plantes collectées dans la campagne environnante

La liste des espèces est établie par des médecins allergologues, en fonction de la sensibilité de leurs patients, en collaboration avec les botanistes de la ville et de l’association (APSF). Les plantes sont récoltées dans la campagne environnante, jusqu’à 20 km autour du site (4 individus par espèce d’arbres et 20 plantes par espèce herbacée). « Ce protocole de récolte assure une hétérogénéité génétique des plantes replantées au pollinarium. On observe parfois, pour une même espèce, plusieurs jours de décalage entre la floraison du plant le plus précoce et le plus tardif ». Le jardin sentinelle respecte certaines conditions (ensoleillement, abri des vents froids) pour que les premières floraisons au pollinarium correspondent à celles qui sont les plus précoces dans la nature.

14 espèces végétales allergisantes

Vannes est la quatrième ville à s’être dotée d’un pollinarium en France, en 2015, quelques années après Nantes, où l’idée de créer un jardin sentinelle a germé dans l’esprit de Claude Figureau, directeur du Jardin des Plantes et botaniste de métier. L’objectif était de compléter les systèmes existants de détection. « Les bulletins allergo-polliniques, issus des relevés de capteurs (Air Breizh), donnent des quantités de pollens dans l’air, mais sont souvent trop tardifs. Ils présentent un décalage de plusieurs jours avec les tout débuts d’émissions de pollens. Les patients allergiques sont touchés bien avant ces alertes », poursuit Claire Audrain. Aujourd’hui, trois autres jardins sentinelles fournissent des données importantes pour la santé, en Bretagne : Quimper, Rennes et Saint-Nazaire. L’association des Pollinariums, reconnue par arrêté ministériel en 2016, porte et accompagne le développement de nouveaux jardins en France, avec le soutien des Agences régionales de santé (ARS). Ils permettront d’étoffer le réseau d’une vingtaine de jardins français, qui assurent le bien-être de plus de 40 000 abonnés aux alertes pollens.

Bernard Laurent

De plus en plus de rhumes des foins

Ces trente dernières années, le nombre de cas d’allergies aux pollens a fortement augmenté. 20 % à 30 % de la population serait allergique à l’une ou l’autre espèce végétale. On observe aussi l’apparition de formes plus graves de la maladie, comme l’asthme bronchique saisonnier. Un traitement pris avant l’apparition des premiers symptômes (nez qui coule, yeux qui piquent, gêne respiratoire…) est plus efficace, et permet de réduire l’exacerbation de la maladie. En cas d’allergie, être informé dès le début des émissions de pollens est donc essentiel. La maladie souffre d’un manque de reconnaissance. 69 % des personnes affectées considèrent que l’allergie n’est pas suffisamment considérée par les pouvoirs publics. Depuis peu, elle est devenue une priorité de santé publique au national et de plus en plus de collectivités déclinent cela en actions.


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