Rennes (35)
Nos communications, notre travail, nos recherches ou encore nos déplacements reposent aujourd’hui sur des services conçus par une poignée d’entreprises américaines. Regroupées sous l’acronyme Gafam, ces multinationales structurent l’essentiel de l’écosystème numérique mondial : messagerie, stockage de données, réseaux sociaux, smartphones, cloud, outils de travail collaboratif. Leur omniprésence rend nos sociétés profondément dépendantes d’infrastructures technologiques qui échappent largement au contrôle des États européens et de leurs citoyens.
Le pouvoir américain
Le retour de Donald Trump à la présidence des États-Unis en janvier dernier a ravivé ces inquiétudes. Si le pays de l’Oncle Sam décidait de lancer un embargo numérique, l’Union européenne serait vite à genoux, faute de solutions développées localement. Dans ce contexte, la souveraineté numérique devient un véritable enjeu culturel, économique et stratégique. On observe toutefois un début de prise de conscience. Depuis quelques mois, les appels au boycott des solutions américaines prennent de l’ampleur. La France travaille d’ailleurs au développement d’une suite collaborative souveraine, destinée à proposer une alternative aux applications bureautiques de Microsoft. Plus localement, en Bretagne, l’entreprise rennaise Treebal développe depuis plusieurs années une messagerie sécurisée et éthique, dont le fonctionnement se rapproche de celui de WhatsApp, détenu par Meta depuis 2014. Samuel Le Port en est le cofondateur.Originaire de Ploemel (56), il a toujours évolué dans le secteur du numérique. Après vingt ans de carrière au sein d’une entreprise de conseil dans laquelle il a « touché à tout », il prend conscience de l’hégémonie des Gafam et des dérives qui y sont associées. « Ces entreprises exploitent et vendent toutes nos données personnelles. Elles dominent une économie de l’attention dans laquelle le consommateur devient lui-même le produit », explique le cofondateur de Treebal. « Les réseaux sociaux représentent également un risque pour la santé mentale des jeunes. Il n’était pas possible pour moi d’accepter ça. »
Ces entreprises Gafam vendent nos données personnelles
À cela s’ajoute l’impact environnemental de ces technologies, loin d’être négligeable : fonctionnement des serveurs, trafic réseau ou encore envois de vidéos génèrent une empreinte carbone conséquente. Petit-fils d’agriculteurs et fils d’un salarié de coopérative, il établit un parallèle entre souveraineté numérique et souveraineté alimentaire. « Le numérique décide de ce que nous achetons dans les magasins. Si nous continuons l’utilisation des outils fournis par les Gafam, nous nous mettrons en situation de dépendance et nous pourrions nous retrouver avec une majorité de produits américains dans nos paniers. »

Réduire la pollution
Créée en 2021, Treebal se positionne comme une application éthique et éco-conçue. Aucune donnée personnelle, à l’instar du numéro de téléphone ou de l’adresse e-mail, n’est collectée ni revendue à des tiers. « Nous avons aussi proscrit toutes les fonctionnalités addictives comme les stories ou les likes », précise Samuel Le Port. Les conversations sont chiffrées de bout en bout, garantissant ainsi la confidentialité totale des échanges.
Dans sa version destinée au grand public, disponible gratuitement, les messages sont supprimés au bout de 30 jours maximum afin de ne pas encombrer inutilement les smartphones et les serveurs, répartis entre la France et la Belgique. « Un message envoyé sur Treebal émet quinze fois moins de CO

Protéger le grand public
Selon une récente étude, 22 % des lycéens auraient déjà été victimes de cyberharcèlement, dont 41 % via WhatsApp, souvent dans des groupes non modérés. « Sur Treebal, le numéro de téléphone des utilisateurs n’est pas visible », ajoute Samuel Le Port. « De plus, on ne peut ajouter que les contacts déjà présents sur sa carte Sim. » L’appli se veut égalemement inclusive. Traduite en gallo et en breton, elle propose aussi l’emoji du Gwenn ha Du, demandé depuis longtemps par les puristes.
Alexis Jamet
En savoir plus : https://www.treebal.green/
Fluidifier les échanges
À Montfort-sur-Meu (35), Treebal est utilisé depuis trois ans. La collectivité recherchait un outil à la fois vertueux et local pour remplacer les boucles d’échanges entre élus, jusque-là principalement hébergées sur WhatsApp. « Le fonctionnement est souple, et les usages professionnels et personnels sont bien distincts pour ceux qui utilisent également Treebal dans leur vie privée », souligne Pierre Chauveau, directeur général des services à la mairie. L’application sert aussi d’outil de communication auprès du grand public, notamment pour informer les habitants des travaux ou des aménagements en cours dans la commune. « Personne ne peut y répondre par message, mais si une personne veut poser une question, nous avons la possibilité d’échanger en privé avec elle sur un canal à part. »

