L’épopée du cuir

Le cuir est utilisé par l’Homme depuis des milliers d’années pour se vêtir, se protéger, fabriquer des objets ou marquer son appartenance sociale. Cependant, aujourd’hui, son origine et sa fabrication restent occultes.

Objets en cuir dans un musée - Illustration L’épopée du cuir
Les débouchés du cuir 
sont multiples.

« Comme toutes les villes moyennes au XIXe siècle, Rennes a été une grande productrice de cuir », raconte Marie Pichard, cheffe de projet à l’Écomusée de la Bintinais. « Pourtant aucun vestige ne subsiste aujourd’hui à part quelques indices, comme la rue de la Parcheminerie ou le parc des Tanneurs. » À son apogée après la Révolution française, l’industrie du cuir commence effectivement à péricliter dans les années 1920 avant de disparaître après la Seconde Guerre mondiale, remplacée par le textile et le plastique. « Dans les années 1800, tout était en cuir : les vêtements de travail, la sellerie, les courroies, les soufflets de forge, et même certains meubles. » Aujourd’hui, il ne reste qu’une cinquantaine de tanneries en France, majoritairement détenues par les maisons de luxe. Cependant, même si la chimie et la mécanisation ont évolué, les gestes et la manutention persistent.

Casser les idées reçues

Récupérer la peau d’un animal élevé pour sa viande, en arrêter la putréfaction et lui conférer résistance, durabilité ou souplesse. C’est là les grandes lignes du tannage. Pourtant, ce processus reste obscur pour de nombreuses personnes. « Tout le monde connaît le cuir mais le principe de fabrication est peu connu, tout comme son origine animale », indique Marie Pichard. En effet, d’après un sondage de 2021, 54 % des 18-24 ans pensent que les animaux sont élevés uniquement dans le but de faire du cuir. De plus, 31 % pensent qu’il ne s’agit pas d’une matière d’origine animale. « Cette exposition a pour but de donner des clés de compréhension et de montrer que le travail du cuir est avant tout la valorisation d’un déchet animal, majoritairement bovin, caprin ou ovin », insiste-t-elle.

Un processus de 2 ans

La méthode ancestrale de transformation de peau en cuir compte de nombreuses étapes. Avant l’essor de la chimie et de la mécanisation, le processus prenait entre 18 et 24 mois. Les peaux étaient lavées dans la rivière, épilées grâce à des bains répétés de chaux, raclées, écharnées et enfin tannées, séchées et corroyées. « Pour rendre la peau imputrescible, les tannins végétaux sont utilisés depuis toujours », précise Marie Pichard. « En Bretagne, on utilisait surtout des écorces de chêne avec lesquelles on recouvrait les peaux dans des fosses circulaires. » Aujourd’hui, certaines tanneries continuent d’exploiter ce savoir-faire mais 80 % de la production mondiale est maintenant fabriquée à partir de sel de chrome. Cette technique, plus économique, permet de transformer la peau en cuir en 24 heures, mais souvent au détriment de la qualité. En comparaison, les artisans qui continuent de produire du cuir dit « tannage végétal » y parviennent en 12 mois environ. Leurs produits, plus robustes, sont surtout destinés à la sellerie, la cordonnerie ou encore la bagagerie. « Cuir tannage végétal ne veut pas dire cuir écologique », tempère la cheffe de projet. « Sa fabrication reste énergivore, très gourmande en eau et utilisatrice d’un peu de produits chimiques. De plus, la mention ‘cuir vegan’ n’existe pas car, par définition, cette matière est toujours d’origine animale ».

Une symbolique forte

« Porter du cuir n’a jamais été anodin », déclare Marie Pichard. « Cette matière a toujours permis de se distinguer et de marquer son appartenance sociale à un groupe. Dans les années 50, par exemple, il est surtout lié à la force et à la virilité, à l’image des Blousons Noirs ou d’Elvis Presley ». De plus, pendant la Seconde Guerre mondiale, le bombers faisait partie intégrante des uniformes des aviateurs américains. Dans le folklore d’Europe de l’Est, il symbolise la bestialité et la figure légendaire de l’homme sauvage, notamment via le personnage du Krampus. De nos jours, en revanche, le cuir est plutôt rattaché à l’érotisme et à la sexualité. « C’est une véritable seconde peau dont les significations sont ambiguës », conclut la cheffe de projet.

Pour en savoir plus

L’exposition « Cuir, une matière à fleur de peau », est visible jusqu’au 1er septembre à l’Écomusée de la Bintinais :

• Du mardi au vendredi de 9 h à 12 h et de 14 h à 18 h ;

• Le samedi de 14 h à 18 h ;

• Le dimanche de 14 h à 19 h.


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