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Quels arbres pour éviter la surchauffe en ville ?

Soumis aux canicules urbaines plus fréquentes, les essences locales ne résisteront pas longtemps. Platanes, marronniers et tilleuls d’ornement souffrent également. Les nouvelles espèces auront l’accent mexicain ou algérien.

Le 16 juin dernier, des mesures de températures donnaient 37 °C en plein soleil dans une ruelle de Tejeda, en Espagne et 26° C à quelques pas, à l’ombre d’arbres cinquantenaires. Cette amplitude d’une dizaine de degrés suffit à prouver le rôle essentiel des arbres dans les centres urbains des pays chauds. « Les villes du Sud de la France seront invivables, dans quelques décennies, sans plantations », assure David Happe, expert arboricole, intervenant à la Fête de l’arbre, à Elven (56). « Celles du sud de la Bretagne seront touchées également ». L’arbre sera l’un des leviers, avec les courants d’air, les peintures claires et la végétalisation des murs, pour rafraîchir des villes qui ressembleront de plus en plus à des fours en été. Leur rôle ne se limite pas à la climatisation. « Les frênes, abondants dans les villes d’Amérique du Nord, ont été ravagés par des agriles (insectes) entre 1990 et 2010. Des études ont montré que leur disparition est fortement corrélée à l’augmentation des décès suite à des maladies respiratoires et cardio-vasculaires ». D’autres études, aux Pays-Bas, ont confirmé les bienfaits de la végétalisation sur la santé. L’arbre sert aussi de refuge à la biodiversité. « Un vieux peuplier citadin peut abriter jusqu’à 200 espèces différentes : insectes, mousses, lichens, champignons, oiseaux… ». Il renforce l’attractivité des territoires urbains et des lieux touristiques. « L’ensemble de ces services est largement sous-estimé », déplore le spécialiste.

La place des arbres au sol est souvent trop restreinte.

Chênes du Mexique

Premières au palmarès des espèces ornementales les plus prisées, platanes, marronniers, érables et séquoias géants souffrent des attaques de ravageurs (chancres) pendant les épisodes de sécheresse. Ils ne résisteront pas plus longtemps que les essences locales comme le chêne pédonculé, le hêtre ou le saule, déjà affaiblis par les périodes caniculaires. « Il faut réserver ces essences locales à des lieux plus frais, à la périphérie des villes ou dans des grands parcs ». Les nouvelles espèces devront résister aux coups de chaleur mais aussi à des hivers toujours relativement froids. « Les candidats idéaux sont des chênes du Mexique, d’Espagne et d’Algérie, des chênes verts, des érables de Turquie… ». Problème, les filières de production n’existent pas. « Personne ne prend le risque d’investir ». Il ne suffit pas de produire, il faut séduire. Élus et responsables des services techniques des villes ne sont pas formés et sont trop souvent inconscients des enjeux. « Ils continuent de planter des espèces inadaptées. Souvent parce qu’on leur propose des lots de jeunes plants en promotion et aussi parce qu’ils succombent aux effets de mode ». Les nouvelles essences importées ne constituent pas un danger pour les espèces locales, surtout plantées en ville. « Depuis 5 à 6 siècles, beaucoup d’espèces végétales invasives ont été importées. Parmi elles, très peu d’arbres ».

Doucement sur l’élagage

Certaines villes réagissent. « À Lille, des friches urbaines ont servi de pépinières naturelles. Les jeunes plants d’espèces résistantes, élevés dans des conditions difficiles et adaptés au terroir, sont replantés ailleurs, en ville, économies à la clé  ». La taille des arbres est une pratique ancienne dans les villes ou dans les régions les plus avancées sur la protection de l’environnement urbain. « En France, les arbres sont systématiquement matraqués ; leur durée de vie n’excède pas 60 ans. Au nord de l’Europe, les mêmes essences vivent deux fois plus longtemps car moins taillées. Il faut choisir des espèces qui ne poussent pas trop haut ; cela évite d’avoir à les élaguer si elles ne disposent que de peu de place ». Les petits espaces de liberté, poumons verts où les arbres sont rois et les hommes interdits de séjour, sont également plus nombreux au nord…. Le tableau n’est pas rose. David Happe garde espoir : « Je sens une prise de conscience politique depuis deux-trois ans » . Le temps de l’arbre est long ; le manque d’anticipation pourrait ruiner des efforts trop tardifs, dans de nombreuses agglomérations.

Les nombreuses vertus de l’arbre urbain
L’un des principaux bienfaits des arbres urbains réside dans leur capacité à réduire les concentrations de polluants dans l’air. Associée à la chaleur, la pollution représente un véritable “cocktail explosif” pour la santé des populations urbaines (problèmes cardiaques et respiratoires). Les arbres adoucissent l’ambiance urbaine et embellissent la ville. Cette fonction esthétique offre d’autres avantages pour la santé, en renforçant notamment le sentiment de bien-être et d’apaisement. En raison de leur apparence plus étroite, les rues bordées d’arbres inciteraient un ralentissement du trafic. Le simple fait de verdir la ville augmente le désir de circuler à pied. Ces espaces verts constituent un milieu propice à une multitude d’activités physiques, comme la course à pied ou le vélo, ce qui améliore la qualité de vie.

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