Lutte bretonne : de la sueur dans la sciure

 - Illustration Lutte bretonne : de la sueur dans la sciure
Les tournois d’été rythment la saison des lutteurs, qui s’est terminée dimanche dernier lors du festival de la Saint-Loup, à Guingamp (22).

Le soleil de la fin août baigne la place du centre de Guingamp. Au loin, la douce musique des cercles celtiques se fait entendre, signe d’une fête dédiée aux coutumes de la région. Le festival de la Saint-Loup bat son plein et attend avec impatience la finale du championnat national de danses bretonnes. Mais une autre joute se prépare, avec un léger vent qui fait voler la sciure du « pallen », théâtre d’un tournoi de gouren, ce mettra un terme à la saison des tournois d’été, en sacrant le vainqueur du challenge Pierre Philippe.

Loyauté envers son émule

Place à la pesée. Les lutteurs combattent par catégorie de poids dans ce concours costarmoricain. Ils sont une vingtaine, hommes et femmes, en provenance des quatre coins de la Bretagne. « Notre département compte environ 400 licenciés, répartis dans 10 clubs. La fédération des Côtes d’Armor dispose de 2 salariés pour promouvoir ce sport dans les écoles. Les féminines représentent environ un quart de l’effectif ; elles ont brillé lors des derniers championnats d’Europe qui se tenaient à Brest (29). Nous nous devons de faire connaître le gouren, en travaillant sur les initiations, comme lors du festival des Vieilles Charrues en juillet dernier », explique Pascal Ollivier, président du comité des Côtes d’Armor et entraîneur au sein du Skol Sant Brieg (22).

Les compétiteurs du jour s’alignent alors solennellement, vêtus pour l’occasion d’une « roched », chemise épaisse permettant la lutte, et d’un « bragoù », pantalon mi-long noir. « Je jure de lutter en toute loyauté, sans traîtrise et sans brutalité, pour mon honneur et celui de mon pays. En témoignage de ma sincérité et pour poursuivre la coutume de mes ancêtres, je tends à mon émule ma main et ma joue ». Tout tient dans ce serment des lutteurs, répété à chaque début de tournoi.

Septuple champion européen

Judoka reconnu, avec des podiums nationaux, Mathieu Le Dour lutte dans la catégorie des moins de 81 kg. « Je me suis mis au gouren en 1998. Passionné des sports de combat, j’ai fait le choix d’exercer une activité régionale », se souvient-il. Le plaisir de perpétuer la tradition est sans doute un des piliers qui pousse les lutteurs à s’engager. Après avoir saisi les subtilités de la lutte bretonne, le jeune homme représentant le Skol Gouren Ar Faouet (56) fait sans aucun doute figure de référence sur le circuit : une centaine de tournois d’été remportés, 5 fois champion d’Europe en gouren, 2 fois champion d’Europe en back hold (lutte écossaise) et 15 fois champion de Bretagne. De quoi faire pâlir ses adversaires. Pour autant, l’esprit qui règne dans ce monde de lutteurs laisse beaucoup de place à l’amitié et à des valeurs fortes d’ancrage au territoire.

« C’est un sport très accessible, praticable en haut niveau tout en ayant une activité professionnelle. Avec moins de compétiteurs, il est plus facile de performer ». À le voir lutter, une sensation de puissance mêlée à une certaine grâce laisse à penser au spectateur que les techniques sont simples à mettre en œuvre. Pourtant, l’objectif de la prise parfaite, le « lamm », ne s’obtient pas sans résistance de l’adversaire.

Prest och ? Krogit !

À l’entame de la rencontre, les deux lutteurs se serrent la main. « Prest och ? Krogit ! », annonce un des trois arbitres présents. Lors de son premier duel, Mathieu Le Dour obtiendra le résultat parfait, mettant ainsi immédiatement un terme au combat : son adversaire est tombé simultanément sur ses deux omoplates, avant toute autre partie du corps. Dans le choix des prises pour l’obtention de ce résultat, le morbihannais affectionne « les fauchages, les ceintures ou encore le kliked avant », prise qui consiste à enrouler sa jambe autour de celle de son adversaire pour le faire chuter.

Tout est bon dans le mouton

En plus des nombreux trophées qui garnissent la tablette de la cheminée de Mathieu Le Dour, des « maouts », moutons gagnés lors de tournoi « mod-koz », font aussi partie des récompenses gagnées par le lutteur, 63 au total. De quoi se lancer dans un élevage ovin.
Le règlement diffère légèrement lors de ces tournois à l’ancienne, car le lutteur, défiant ses adversaires, doit gagner 3 combats d’affilée pour porter le mouton sur ses épaules et le remporter.

« Le mouton est l’emblème du lutteur. Auparavant, certaines communes proposaient des récompenses prestigieuses, comme le tournoi de Belle-Isle-en-Terre (22) où le vainqueur repartait avec un taureau. Avec des prix aussi prestigieux, l’appât du gain rendait plus dangereux les combats, les blessures plus fréquentes », raconte André Lagadec, juge arbitre et président du Skol Peiber (29). Le gouren aura résolument pris le virage de la modernité, en séduisant toujours les jeunes bretons et bretonnes, tout en gardant intacte une tradition régionale présente en chacun de nous.


Fermer l'écran superposé de recherche

Rechercher un article