Découvertes

Les 3 vies d’Alain Labbé

De la mer à la terre. Alain Labbé décrit ses univers professionnels et son arrivée dans la fraise dans son livre Le bateau fraise.

Navigateur, producteur de fraises et écrivain… Si vous cherchez le lien, seul Alain Labbé pourra vous l’expliquer au travers de sa vie ou de ses trois vies qu’il a décrites dans son premier récit. Trois vies remplies d’opportunités, de découvertes, de passions et d’embûches dans trois univers bien différents : la voile et la compétition, la découverte du monde agricole et plus récemment l’édition.

De la voile à l’écriture

« J’ai eu la chance d’être accepté sur Pen Duick VI, le bateau d’Éric Tabarly en 1974. Je l’ai saisie », se remémore Alain Labbé. Fils de marin, la mer ne lui est pas inconnue. Et la voile, bien plus attirante que les bancs de l’école, est devenue une passion. Après un premier tour du monde à 22 ans, il a enchaîné tours du monde et compétitions qui lui ont permis de côtoyer les plus grands : Loïc Caradec, « Le Sphinx de Bénodet» Éric Tabarly, « l’Amiral » Olivier de Kersauson, le « captain » Éric Loizeau… « J’étais dans mon élément. On embarquait à bord des bateaux, on sillonnait les mers par passion. On était logé mais pas rémunéré. Alors, pour vivre, j’écrivais des articles pour la presse nautique et je vendais des photos de mes voyages… C’était une autre époque. » Tout s’est compliqué à ses yeux quand les incessantes recherches de sponsoring et les interminables périodes de chantier ont réduit les temps de navigation. « Pendant 2 à 3 ans, on a passé notre vie sur les chantiers. Je ne naviguais plus assez à mon goût. » Sur un coup de tête, il a débarqué, abandonné la mer et rejoint des amis en Dordogne. Un changement de vie, de rythme, où son rêve d’écrire a pris forme.

Une phase de réflexion

Plein zoom sur l’écriture. « J’ai écrit des scénarios pour le comédien Thierry Lhermitte, passé un long moment à écrire mon premier livre qui n’a pas eu de succès auprès des éditeurs », raconte-t-il. Dure épreuve de sélection à passer quand on sait qu’un seul manuscrit est édité sur 1 500 ouvrages proposés… Qu’à cela ne tienne, Alain Labbé revient en Bretagne chercher du travail plus rémunérateur. Retour vers le nautisme : il part travailler aux chantiers ACX, à construire des bras, des flotteurs et des mâts en composite. Une manière aussi d’entretenir son carnet d’adresses bien rempli. Après l’arrêt de la partie marine de la société et différents autres emplois, a émergé l’idée de créer sa propre entreprise.
« Il fallait me lancer, j’étais prêt. Oui, mais dans quel secteur ? »

L’appel de la fraise de pleine terre

Concours de circonstances : la filière fraise de Plougastel créait son plan de relance. « J’ai vu qu’il y avait une réunion d’information, j’y suis allé ». Sa démarche l’a conduit vers une reconversion professionnelle en passant par six mois de formation pour obtenir son BPREA à l’Iréo de Lesneven. « De la fraise, il n’en fut pas question. Je n’en savais pas plus à la sortie de la formation. Mais j’ai découvert le monde agricole, appris ce que c’était que la Pac et empoché quelques cartes de visite de personnes que j’ai pu contacter pour mes premiers pas en agriculture ! » Le premier millier de plants de fraise est ainsi arrivé sur les terres familiales de L’Hôpital-Camfrout en 1999.
« Il a fallu travailler dur, se battre, s’imposer avec les placiers sur les marchés, jongler avec la pénurie de main-d’œuvre. Ce n’est pas facile de se lancer à 45 ans. Si j’avais été plus jeune, j’aurais pu investir, me lancer dans le hors sol. Mais, prudent, je suis resté sur la fraise de pleine terre. Un métier qui, même s’il ne m’a pas rendu riche, m’a mené jusqu’à la retraite », en plaisante-t-il.
Et une expérience remplie d’anecdotes qui enrichissent les pages de son livre Le bateau fraise.

Des agriculteurs et marins indépendants
« Dans ces deux milieux que j’ai côtoyés durant ma vie professionnelle — la voile et l’agriculture —, j’ai rencontré des gens fiers de leur métier, de leur passion. Des gens indépendants, entreprenants et courageux face à l’adversité », analyse avec recul Alain Labbé. Car si, en voile, les marins se battent contre les éléments, les agriculteurs aussi… Si l’indépendance réunit selon lui les deux univers, l’environnement du professionnel les oppose. « La voile m’a permis de voir le monde, une infinité de paysages, l’immensité des océans et de connaître des gens très différents. Durant mes 20 années dans la fraise, le travail était plutôt physique, les journées longues et la sensation d’avoir très souvent la tête dans le guidon… »

En savoir plus : Le bateau fraise, édition Phebus, 18 €, en librairie

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