Découvertes

lutter contre le déboisement à Madagascar

L’écobuage non maîtrisé menace la biodiversité et l’agriculture à Madagascar. Des projets d’agro-foresterie voient le jour. Celui d’Agrisud, une ONG française, fait figure d’exemple au centre de l’île rouge. 

Fin de saison sèche dans la province d’Itavy, au centre de Madagascar. Quelques arbres verts mitent un paysage jaune d’aridité. En quittant les abords d’Antananarivo, la capitale, le paysage s’assombrit sur de vastes étendues. Le feu a fait son œuvre. Allumé par des éleveurs de zébus qui misent sur une maigre repousse avant même l’arrivée des premiers orages. Une aubaine pour les ruminants et leurs propriétaires. Un désastre pour la ressource en bois de chauffage et pour la biodiversité. Bien qu’en partie située en zone volcanique aux sols relativement riches, les espaces agricoles sont fortement dégradés, les érosions fréquentes et les massifs forestiers en constante régression. Les systèmes de production agricole doivent évoluer pour pouvoir subsister. Quelques communes ont pris conscience du problème et interdisent l’écobuage sur leur territoire.

Des ingénieurs malgaches, d'organismes partenaires d'Agrisud, sur les lieux de plantation
Des ingénieurs malgaches, d’organismes partenaires d’Agrisud, sur les lieux de plantation de cultures vivrières et de vergers.

L’ONG Agrisud concentre ses efforts, depuis quelques années, sur ces zones, pour inciter les propriétaires à reboiser et encourager les agriculteurs à adopter des méthodes performantes et durables de production. Un projet d’agro-foresterie, déployé sur huit communes, séduit 1 200 familles à une centaine de kilomètres, au sud-ouest de la capitale.

900 hectares

« Nous avons, dans un premier temps, en 2011, identifié les espaces susceptibles d’être aménagés. Ensuite, nous avons cartographié les zones concernées. Enfin, nous avons proposé un plan de valorisation par propriété », explique Nicolas Bonnand, jeune coopérant d’Agrisud, en poste depuis six mois à Madagascar. Le projet, qui vise à restaurer 900 hectares de terres dégradées, comprend trois volets. « Nous travaillons sur l’implantation d’une centaine d’hectares de cultures vivrières sur les tanety (coteaux), en respectant les courbes de niveau pour éviter l’érosion ». Des bandes de vétiver et de thé fixent la terre. Dans les intervalles, les agriculteurs propriétaires des terrains implantent du manioc, du maïs ou des légumes. « Sur 300 autres hectares, nous les incitons à planter des vergers. Enfin, 500 hectares sont réservés aux essences forestières, dans des zones peu propices aux cultures ». Les agriculteurs sont volontaires. Les techniciens de l’organisation leur proposent des formations et des itinéraires techniques appropriés, de manière individuelle. Les plants sont gratuits, s’ils s’engagent à les respecter. 500 000 arbres, au total, déjà en partie plantés, avec un taux de reprise jugé satisfaisant, permettront de reboiser le territoire des huit communes concernées.

42 programmes de développement en cours en 2013 pour Agrisud

Agrisud favorise le développement économique par la création de très petites entreprises (TPE) familiales, en particulier dans le secteur agricole. Ces TPE sont viables et durables, parce qu’elles sont économiques et agroécologiques, parce qu’elles sont bien ancrées sur le marché local, et parce que l’entrepreneur est accompagné tout au long d’un parcours de professionnalisation qui le conduit à l’autonomie. C’est le cas de ces paysans du Nord-Kivu ou d’Haïti, des régions fréquemment malmenées par les conflits ou les catastrophes naturelles, des paysans qui ont pu investir dans une activité agricole durable en retrouvant une place sur le marché local. C’est aussi le cas de ces femmes très pauvres du nord de l’Inde qui ont pu diversifier leurs cultures traditionnelles en produisant et transformant des épices pour le marché local ; ou celui de ces éleveuses du sud marocain qui ont beaucoup gagné en autonomie grâce à l’élevage de moutons…

Une légumineuse couvre sol

Les agriculteurs concernés sont formés à diverses techniques agricoles, de la greffe des fruitiers à la gestion d’une campagne de production maraîchère. Le compostage est devenu une pratique de base de la fertilisation des sols. La pulvérisation de purins de végétaux permet de protéger les cultures au niveau sanitaire. Le stylosanthes, une légumineuse couvre sol, limite le sarclage tout en enrichissant le sol en azote et la ration des zébus en protéines. « C’est de l’agro-écologie, du bon sens, en quelque sorte », estime l’un des ingénieurs malgaches, partenaire du projet. Plus surprenants, les effets sociaux sont importants. « Le droit foncier est opaque. Certaines terres appartiennent toujours à des descendants de colons. Le projet permet la formalisation des titres de propriété vers une reconnaissance officielle des droits fonciers coutumiers ». Un préalable pour permettre aux agriculteurs locaux de s’engager dans des plantations de vergers.

Sensibilisation

Le projet est financé par l’agence française de développement, le Conseil régional d’Aquitaine et une société privée (Star service) qui s’investit dans la plantation pour la compensation carbone de ses activités (livraisons). « C’est plus facile de travailler avec les sociétés privées, car elles n’exigent pas des rapports d’une centaine de pages. Pour elles, seul le résultat compte », reprend le coopérant d’Agrisud.

Malgré l’interdiction de la pratique de l’écobuage par les communes concernées, le risque demeure. Une allumette, volontairement craquée à quelques kilomètres par un vent soutenu, et ce sont quelques années d’efforts qui partent en fumée. Les zones pare-feu assurent une légère protection. La sensibilisation des élus locaux et surtout des éleveurs de zébus se poursuit. Avec, à ce jour et à l’exception de projets bien ciblés, de maigres résultats. Bernard Laurent

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