Depuis la crise de peste porcine africaine, la Chine avait fortement tiré la demande mondiale. Ce rôle moteur s’atténue désormais nettement. « La Chine ferme les vannes afin de régulariser ses imports et de mieux réguler son marché intérieur », explique Élisa Husson, ingénieure d’études économiques à l’Ifip. Le recul des importations chinoises oblige les grands exportateurs mondiaux à rediriger leurs volumes vers d’autres marchés, en particulier en Asie du Sud-Est et en Amérique latine. En parallèle, l’année 2025 a été perturbée par plusieurs aléas qui ont contribué à stabiliser, voire réduire, la valeur des exportations mondiales entre 2024 et 2025. « On peut citer les droits de douane additionnels de l’administration Trump, la propagation de la peste porcine africaine en Espagne, les droits anti-dumping chinois ou encore l’incertitude géopolitique générale », précise-t-elle.
Les Brésiliens ont délaissé le marché chinois
Le Brésil prend de l’ampleur
Dans ce contexte de recomposition des flux commerciaux, le Brésil confirme sa montée en puissance et mise sur une stratégie de diversification de ses débouchés. Ses exportations progressent régulièrement depuis plusieurs années (+ 7 % en 2024 ; + 14 % en 2025, + 16 % au premier trimestre 2026 ), avec une accélération récente vers de nouveaux marchés asiatiques et sud-américains. Les Philippines deviennent notamment un débouché prioritaire pour la viande porcine brésilienne, avec une augmentation des exports de 68 % en 2025 vers ce pays. « Les Brésiliens ont complètement délaissé le marché chinois au profit de marchés qui payent mieux », ajoute l’ingénieure.
L’Allemagne en tête sur le marché européen
Face à la baisse des importations chinoises et à la compétitivité brésilienne, l’Union européenne doit réorganiser sa stratégie export. « Les volumes progressent sur le marché intra-communautaire », souligne Élisa Husson. « Les principaux exportateurs sont l’Allemagne, l’Espagne, les Pays-Bas, le Danemark, la Belgique et la Pologne. » Une partie des volumes s’est aussi redirigée vers l’Afrique, où la consommation progresse mais avec une valorisation inférieure à celle observée en Asie. « On observe également des tentatives de percées en Asie du Sud : Philippines, Corée du Sud ou Vietnam. »
Alexis Jamet
En France, un déficit commercial record
En France, le déficit commercial porcin atteint un niveau historique en 2025, aussi bien en volume qu’en valeur. Cette évolution s’explique notamment par la hausse des importations de viandes (+1,2 %) et de produits transformés (+1,9 %) et par une moindre valorisation des produits exportés.

