Brasseur d’idées

Pionnière des bières artisanales, Coreff a fêté l’an passé ses 40 ans. Cultivant son identité, la brasserie bretonne a su construire un lien particulier avec ses clients. Sans faire de mousse. Rencontre avec Matthieu Breton, dirigeant de la brasserie.

Un homme pose au milieu de fûts de bière Coreff - Illustration Brasseur d’idées
Pour Matthieu Breton, dirigeant de la doyenne des brasseries artisanales françaises, « Coreff, c’est un projet territorial. Un emblème de la Bretagne ». | © Elodie Le Gall

« Coreff, c’est un projet territorial. Un emblème de la Bretagne. Et je ne pense pas qu’il aurait pu voir le jour ailleurs qu’ici », déclare Matthieu Breton. Lorsque le passionné et volubile dirigeant de la doyenne des brasseries artisanales françaises retrace les débuts de l’entreprise, le récit se mue en épopée aux allures de légende celtique.

L’histoire prend sa source de l’autre côté de la Manche, au début des années 80. C’est là-bas que deux ex-salariés du Crédit Mutuel de Bretagne, Christian Blanchard et Jean-François Malgorn, découvrent, au comptoir d’un pub gallois, la Ringwood, « une real ale, bière de couleur ambrée, sans gaz ajouté, servie à 6 ou 8 degrés ». Bref, un breuvage aux antipodes du classique demi, doré, pétillant, dégusté très frais, alors en vigueur dans l’Hexagone. Les deux amis sont séduits par cette boisson qui casse les codes. Et définitivement conquis dès le lendemain matin, lorsqu’ils constatent l’absence d’effets secondaires indésirables malgré une soirée qui a tiré en longueur…

« L’esprit Coreff, c’est une histoire partagée. Nous sommes plus qu’un fournisseur pour nos clients ! »

Les deux hommes rencontrent alors Peter Austin, le « père » de la Ringwood. Après avoir travaillé plusieurs années dans des groupes internationaux, ce maître brasseur, lassé de l’uniformisation en cours, a créé sa propre brasserie pour produire une bière de caractère dont il soit fier. « Peter Austin est vraiment le pape de la real ale, il a révolutionné le monde de la bière et inspiré le renouveau de la microbrasserie ». Séduits par le personnage et son parcours, les compères finistériens décident de se lancer à leur tour, avec l’appui de l’expert britannique. La « Brasserie des Deux rivières » voit le jour à Morlaix. Les débuts sont un peu chaotiques. « À l’époque, les contrats brasseurs verrouillaient un marché des cafés difficilement accessible aux brasseries indépendantes, rappelle Matthieu Breton. Mais quelques troquets ont décidé de jouer le jeu, convaincus de l’intérêt de proposer enfin une bière du coin ! »

Produet e Breizh !

Petit à petit, la mayonnaise prend. Et si la qualité du breuvage fabriqué alors de manière très artisanale se révèle un peu aléatoire, personne n’en fait grief. « Parce que pour les cafetiers, comme pour les consommateurs dont j’étais, cette bière était à la fois un symbole et une fierté. La bière des Deux rivières se démarquait dans un paysage atone, et en plus elle était produite ici ! »

Par souci de simplification, l’appellation originale est abandonnée. On imagine le soulagement des serveurs qui, jusque-là, devaient jongler entre « Trois Deux rivières (bière) pour la deux et deux Trois rivières (rhum) pour la trois »… Un universitaire brestois suggère le mot coreff, qui signifie cervoise en breton. Simple à prononcer et plein de sens, le nouveau nom est adopté. Sur fond de regain d’intérêt pour la culture bretonne dans les années 90, la Coreff devient la bière identitaire bretonne. Au comptoir ou à la buvette, on ne commande plus un demi mais une Coreff !

En 2005, l’entreprise quitte Morlaix et ses locaux historiques devenus trop exigus pour emménager dans un bâtiment de 4 000 m² situé à Carhaix. Deux ans plus tard, Matthieu Breton rejoint l’aventure. Un sacré pari pour ce Brestois revenu travailler au pays après avoir roulé sa bosse dans différentes entreprises du secteur financier et de l’assurance. « Je n’avais même pas trente ans. Et Coreff n’était pas dans sa meilleure phase ! » À la tête de la brasserie, il instaure la règle des 3 Q : qualité du produit, qualité de la relation et qualité du service. Et organise l’entreprise pour qu’elle conjugue autonomie et performance. « Notre philosophie, c’est le produit frais. Nous avons fait le choix de nous auto-distribuer. Le maillage s’articule autour de trois sites de production – Carhaix, Liffré et Vigneux-de-Bretagne – et quatre dépôts logistiques, Vannes, Brest, Bréal-sous-Montfort et Saint-Lyphard. Cela nous permet de couvrir tout notre territoire et de pouvoir intervenir rapidement en cas de besoin ».

Clients prescripteurs

« L’esprit Coreff, c’est une histoire partagée. Nous sommes plus qu’un fournisseur pour nos clients qui sont nos premiers prescripteurs ». Matthieu Breton a d’ailleurs pu le mesurer très concrètement lors du premier épisode Covid. « Avant le confinement, la vente en fûts représentait 70 % de notre commerce. Avec la fermeture des bars et l’interdiction des fêtes, les habitudes ont été modifiées. Et les Bretons ont été notre chance. Les bars-tabacs et tous les magasins qui restaient ouverts nous ont aidés en faisant du dépôt-vente. Les gens ont joué le jeu et acheté local. Il y a eu un vrai transfert de consommation vers les bouteilles. Et cela perdure ».

Après quatre décennies d’existence, Coreff est aujourd’hui solidement ancrée dans le paysage breton. Et si l’entreprise continue à innover, le champ des possibles se réduit forcément avec 2 300 micro-brasseries recensées en France. Alors son directeur général table sur la diversification. Coreff a racheté en 2021 la Maison Fisselier, liquoriste bretillien labellisé « entreprise du patrimoine vivant ». L’association des deux savoir-faire a permis de lancer une offre additionnelle à destination des bistrots. « L’accueil a été bon, alors on continue ». Yec’hed mat !

Jean-Yves Nicolas

Une relation historique et forte

Opinion – Jérôme Guillou – Responsable clientèle entreprises, centre d’affaires du Finistère, CMB.

Coreff est sociétaire du Crédit Mutuel de Bretagne depuis sa création en 1985, notre relation est historique et forte. Cette fidélité illustre notre engagement à long terme auprès des entreprises de nos territoires, fondé sur des valeurs et convictions partagées. Le Centre d’Affaires Entreprises 29 est fier d’accompagner le groupe Coreff dans ses nouveaux projets et la diversification de ses activités ».


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