Entreprises forestières : Une conjoncture catastrophique

Après un hiver très pluvieux, les chantiers ont redémarré avec un prix de carburant en très forte hausse. Les fenêtres d’exploitation des forêts se réduisent, les entrepreneurs se disent dans une situation catastrophique.

Un chantier d'abattage d'arbres - Illustration Entreprises forestières : Une conjoncture catastrophique
Un chantier d'abattage | © Pierre-Yves Cleuziou

C’est une série d’évènements qui frappe de plein fouet la filière bois depuis l’automne dernier. Après des cumuls de précipitation qui ont contraint les abatteuses et les porteurs à mettre leurs moteurs à l’arrêt, la reprise timide des chantiers s’est déroulée avec un prix du carburant qui s’est établi à son maximum à 1,40 € HT le litre de gazole non routier. De quoi mettre en péril toute une filière. « Les entreprises de travaux forestiers sont là pour mobiliser du bois pour les scieries. Si nous tombons, plus de bois, plus d’approvisionnement pour les usines de lamellé-collé et autres industries du bois », prévoit amèrement Jean-Baptiste Lefloch, à la tête d’une entreprise de gestion et d’exploitation forestière basée à Ergué-Gabéric (29). Le Finistérien fait également partie de la Commission Forêt à l’échelle nationale. « Quand des machines qui coûtent de 500 000 à 1 million d’euros sont à l’arrêt, c’est une catastrophe. Nous avons travaillé sous la pluie jusqu’à une certaine limite, puis utilisé des techniques avec câbles. Certains de mes collègues sont en très grande difficulté et se posent la question de continuer le métier… ou pas ». Prémices de la tension qui pèse sur le bois breton, certains aviculteurs ont peiné à trouver de la sciure dès cet hiver pour confectionner la litière de leurs animaux.

Certains se posent la question de continuer le métier… ou pas

Après la période sèche de mars et d’avril, les sols drainants ont évacué les masses d’eau. Mais les opérations restent encore compliquées « dans les parcelles à sol tourbeux, où l’eau est restée ». Si les entreprises souffrent de cette conjoncture, les arbres aussi. « Les chocs hydriques et thermiques ne leur conviennent pas ». Seule consolation en ce printemps, « le feuillissement qui vient de se terminer. Les arbres vont pomper l’eau ».

Changement de ministère

Depuis le mois de janvier 2025, la Forêt a quitté les services du ministère de l’Agriculture pour passer sous la tutelle du ministère de la Transition écologique, de la biodiversité et des négociations internationales sur le climat et la nature. « Cela ne nous aide pas. Certaines ONG y ont un siège permanent et voudraient mettre sous cloche les forêts ». Le responsable évoque la directive Oiseaux, qui incite à ne plus abattre d’arbres du 15 mars au 15 août. « Théoriquement, on peut continuer nos chantiers. Mais s’il y a constat de destruction d’un habitat ou d’une espèce protégés, nous devons prouver la non-intentionnalité de la chose, ce qui n’est pas toujours simple, voire impossible ». Et le gérant de prendre en exemple un chantier d’abattage lambda : « Si un nid de rapace est répertorié, plus aucune action n’est possible dans un rayon de 500 m autour de ce nid, ce qui représente une surface de 78 ha. Si on tient compte des batraciens, des arachnides et d’autres espèces, on se rend compte que l’on ne peut plus travailler du 1er janvier au 31 décembre ». Pour autant, « les forestiers sont attachés à la nature : depuis des générations, notre travail a fait de la France un pays aux plus belles forêts en Europe. Oui, nous sortons du bois, mais nous plantons, nous éclaircissons également, nous sommes en quelque sorte des passeurs de patrimoine. Si l’on veut des forêts dynamiques qui captent du carbone, il faut les gérer. Avec les plans simples de gestion ou des aménagements, on sait ce qui va se passer sur 20 ans ».

Aujourd’hui pour demain

Jean-Baptiste Lefloc’h se rend régulièrement en centre de formation, notamment pour évoquer les sujets d’agroforesterie. C’est le cas dans le lycée du Nivot de Lopérec (29), qui a la particularité de former sur les métiers agricoles comme sur les métiers de la forêt. Le forestier explique des choses simples aux futurs agriculteurs, comme le fait « d’avoir toujours un sécateur dans la poche quand on fait le tour de ses clôtures. Pratiquer une taille de formation sur les jeunes sujets peut servir à éviter de passer le lamier dans le futur ».

Fanch Paranthoën

Le retard ne sera pas rattrapé

Opinion – Gildas Prévost – Animateur ressource et valorisation des bois à Fibois Bretagne

Il est encore trop tôt pour connaître les données d’exploitation des forêts de cet hiver, nous nous tenons au ressenti des entrepreneurs. Décembre 2025 a été plutôt bon, les choses se sont gâtées en janvier et février, les trésoreries ont fondu. Aussi, des difficultés sont à craindre dans les mois à venir : le travail qui n’a pas été fait ne sera pas complètement rattrapé. C’est le cas des plantations, qui devront par endroit attendre la saison prochaine, ce qui engendre encore du chiffre d’affaires en moins pour les entreprises.


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