L’herbe, rien que l’herbe

À Spézet (29), le Gaec de Kergoat pousse la logique herbivore jusqu’au bout. Avec à la clé, un coût alimentaire de 7 €/1 000 L.

Les associés du Gaec Kergoat, à Spézet, dans un champ avec les vaches - Illustration L’herbe, rien que l’herbe
Les éleveurs, accompagnés par Benoît Possemé, conseiller à la Chambre d’agriculture, ont ouvert leur exploitation à un groupe d’éleveurs étrangers dans le cadre du projet européen Divgrass.

Sur 120 ha, dont 70 accessibles autour du siège, les trois associés – Maëva Quéré, Olivier Guyomarc’h et Sylvie Quéré – ont construit un système laitier bio sans cultures, ni concentrés. « Ici, c’est 100 % herbe », résument-ils.

Avec 95 vaches laitières en croisement trois voies, l’exploitation a produit 550 000 litres de lait l’an dernier, uniquement à partir du pâturage et d’enrubanné en hiver. Pas d’ensilage, pas de correcteur azoté, ni de minéraux, juste du sel. Le cap est clair : faire simple et autonome.

Des prairies anciennes mais efficaces

Les prairies reposent sur un mélange classique de plusieurs variétés de ray-grass anglais et de trèfle blanc. « Certaines parcelles ont plus de 10 ans », explique Joël Quéré, ancien associé toujours actif. « Avec le temps, elles se sont diversifiées naturellement, intégrant d’autres graminées ».

Le fonctionnement est rodé : les paddocks sont occupés deux jours maximum, avec un retour tous les 20 à 25 jours au printemps, et jusqu’à 30 jours en été. Pour maintenir la qualité, chaque parcelle est fauchée une à deux fois par an, avec parfois du topping. Objectif : une herbe homogène et productive.

Du 1er mars au 1er octobre, les vaches sont à l’herbe en continu. Le reste de l’année, l’enrubanné prend le relais, complété par du pâturage dès que les conditions le permettent. Mais le système évolue : « Les hivers raccourcissent et les étés deviennent plus secs, on est obligé de sécuriser davantage de stocks », fait observer Joël Quéré à un groupe d’éleveurs étrangers visitant la ferme le 19 mars, dans le cadre du projet européen Divgrass accompagné par la Chambre d’agriculture.

Les éleveurs visent un matelas de sécurité d’environ 1,5 tonne de matière sèche par vache. Cette année, 600 bottes ont été distribuées, avec l’objectif de toujours garder une avance.

Des vaches adaptées au système

Le troupeau a été entièrement repensé pour gagner en rusticité. « On cherche des vaches solides, fertiles, qui marchent bien et s’adaptent à un régime tout herbe », expliquent les associés. Avec en moyenne quatre lactations, les animaux affichent une bonne longévité, cohérente avec les objectifs du système.

tableau des résultats technico économiques du lait biologique de janvier à mars 2025 en euros

Côté résultats, le modèle interpelle. La marge brute atteint environ 608 €/1 000 litres, soit davantage que le prix du lait. Une performance rendue possible par un niveau de charges très bas (7 €/1 000 L de coût alimentaire).

L’optimisation est aussi fiscale. Le Gaec fonctionne en micro-BA, avec une limitation volontaire du chiffre d’affaires par associé. « On ne peut pas jouer sur le volume, donc on travaille sur les charges », résument les associés.

Didier Le Du

Des haies pour produire et protéger

Sur cette ferme finistérienne, les haies sont un pilier du système : 6 km ont été plantées sur l’exploitation. Si l’enjeu biodiversité est bien présent, c’est surtout l’ombre qui motive aujourd’hui. « On s’aperçoit que la haie sert plus en été qu’en hiver », soulignent les éleveurs.Dans un contexte climatique plus contrasté, elles deviennent un levier agronomique à part entière : protection contre le vent, limitation du stress thermique et amélioration du fonctionnement des sols.


Tags :

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

Fermer l'écran superposé de recherche

Rechercher un article