Dossier technique

Des vaches à l’aise en robot

Gaec de la Barbotais à Malansac (56) - Chez Emmanuel, Élie et Jean-Joseph Fleury, l’automatisation de la traite dans un bâtiment confortable et bien pensé a été synonyme d’augmentation de la production, d’optimisation du temps de travail et de raréfaction des mammites.  

Des vaches de race Holstein dans une étable à logettes sur sable - Illustration Des vaches à l’aise en robot
Dans un bâtiment bien ventilé, les logettes sur sable sont très bien fréquentées | © Paysan Breton - T. Dagorn

Jusqu’en 2021, Emmanuel, Élie et Jean-Joseph Fleury conduisaient 130 vaches sur aire paillée pour livrer 1,3 million de litres de lait. Ils passaient alors 6 ou 7 h par jour dans la fosse de leur 2 x 7 postes.« Sous-équipés, nous avons robotisé pour réduire l’astreinte et gagner en souplesse de travail. » Les trois frères ont étudié deux options : « Trois robots d’occasion en conservant beaucoup de pâturage ou deux stalles neuves saturées. » S’ils ont conservé la possibilité de ressortir le troupeau un jour (15 ha accessibles, 20 à 25 ha de plus avec un boviduc), ils ont poursuivi « l’intensification déjà engagée ».

Un éleveur devant la table d'alimentation de son bâtiment fréquenté par des vaches de race Holstein
Jean-Joseph Fleury, éleveur à Malansac (56)

Explosion de la production

Pour le nouveau bâtiment abritant « deux Dac qui traient » (Lely A5) inauguré en 2021, les associés ont investi 750 000 € – 6 000 € la place – en profitant de taux d’intérêt bas et du prix des matériaux avant la hausse liée au Covid. Le projet était imaginé pour livrer 1,5 million de litres de lait par campagne. « Sans rien faire de plus, nous produisons aujourd’hui près de 2 millions. » L’impact de la robotisation a en effet été marquant. « Le niveau de production de 10 000 kg / VL / an en ration complète est passé à 13 000 kg en ration semi-complète avec complémentation au robot. » L’approche nutritionnelle a bien sûr été revue en conséquence : distribution deux fois par jour, apport de matière grasse dans la VL 4 L (jusqu’à 5,3 kg / VL au robot), supplémentation en acides aminés, renforcement de la minéralisation… « Le coût alimentaire n’a pas explosé grâce à la dilution par le lait produit en plus qui écrase aussi les charges de structure » et la marge lait s’est améliorée, rapporte Jean-Joseph Fleury.

Actuellement, le coût alimentaire au Gaec est de 147 € / 1 000 L (dont 122 € pour les concentrés) pour un marge sur coût alimentaire de 334 € / 1 000 L. « Même si ce n’est pas toujours facile de comparer les années avec la fluctuation du prix du lait, notre EBE s’est globalement amélioré depuis l’automatisation. » Au quotidien, pour piloter son troupeau, le Morbihannais regarde la MCA qui est aujourd’hui de 12,68 € (coût de distribution au godet désileur inclus) : « Si elle se dégrade, je peux ajuster la complémentation. » En prenant du recul, le lait produit par jour de vie – 15,9 L – est aussi un repère.

Priorité au confort et à la vitesse de traite

L’accent est mis sur le confort des animaux. « Si les vaches sont bien, elle viennent facilement au robot et font du lait. Même à 135 vaches sur deux stalles, avec seulement 8 – 9 % de temps libre sur les robots, la fréquentation dépasse trois traites par jour en moyenne », explique Jean-Joseph Fleury. L’espace accordé au troupeau est primordial. « Je ne veux pas que les primipares soient sous pression, quitte à avoir deux vaches de moins. » Aujourd’hui, il y a peu de compétition sociale et le plafond est fixé à 135 – 140 vaches à la traite. « Au-dessus, il faut aller chercher des vaches en retard et donc augmenter le temps de travail pour faire plus de lait. » Le Morbihannais préfère insister sur la vitesse de traite en sélection (aucun taureau négatif) pour augmenter le lait sorti par stalle. « Des vaches qui donnent leur lait plus vite – 6 min 24 s aujourd’hui contre 7 min 30 s au démarrage en faveur de robots effectuant davantage de traites par jour. »

Sélectionner sur la vitesse de traite pour augmenter le lait par stalle

Jean-Joseph Fleury a tiré des enseignements de ses sept ans comme consultant robot avant de s’installer en 2020 : « À l’époque, j’ai observé que sur les dix élevages qui faisaient le plus de lait, huit étaient en logettes creuses. » Les associés ont donc opté pour des logettes sur sable. « Le top du confort et l’été, elles restent 4 ou 5 °C plus fraîches que l’air ambiant. » Le bâtiment grand ouvert au sud et au nord a été amélioré après les coups de chaud de l’été 2022 qui ont fait perdre 6 kg de lait / VL / jour et engendré des regroupements de vaches dans l’enceinte.

Des fumigènes réalisés avec le GDS ont montré des différences de vitesses d’air « qu’on ne sentait pas » selon les zones. Un rideau enroulable a été installé au sud, côté table d’alimentation. « Il est ouvert toute l’année sauf les jours de pluie. En été, il est abaissé en partie pour faire de l’ombre et éviter que les bétons chauffent. » Des ventilateurs (Bioret Cyclone 360) soufflent également au-dessus des logettes. « Désormais, le troupeau traverse les pics de chaleur beaucoup plus facilement. »

Toma Dagorn

Nombre de mammites

La longévité est un objectif. « J’aimerais passer de 2,6 lactations de moyenne à 2,8 voire plus », explique Jean-Joseph Fleury. « Avant, avec 4 m2 par animal en aire paillée, nous avons perdu des animaux à cause de la santé mammaire. » Le nouveau bâtiment propre et confortable (logettes sur sable, enceinte ouverte, robots aspirateurs à lisier…) a déjà favorisé le vieillissement grâce à la baisse du nombre de mammites. « Les mammites, c’est un coût et de la charge mentale. La première chose qui nous a marqués dans le premier bilan comptable après la robotisation est la baisse de 10 000 € des frais vétérinaires ! Aujourd’hui, nous ne traitons plus qu’une infection par mois en moyenne. » Pour le Morbihannais, la qualité de traite est meilleure en robot : « Elle est plus douce pour la mamelle car le vide et la pulsation évoluent au cours de la traite, le décrochage quartier par quartier se fait en faveur d’une bonne vidange et de l’intégrité des trayons … » Aujourd’hui, les associés s’interrogent sur l’économie du post-trempage demain.


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