« Dans la conduite technique et plutôt intensive de mon père, la vache devait obéir… Mais pour moi, ce n’est pas la bonne méthode », raconte Franck Sérot, éleveur à Caulnes, qui accorde beaucoup d’importance à la qualité de la relation à l’animal. « C’est venu au fil du temps en reprenant le troupeau. Au bout de 20 ans, je pense avoir compris. Je trouve mes animaux plus tranquilles. »
Déclic en formation à l’éthologie
En 2022, le Costamoricain a suivi une formation en éthologie proposée par le Cédapa. « Cette rencontre m’a éclairé. Les vaches ont leurs règles, leurs codes. Chaque troupeau a sa hiérarchie. » Il ne faut surtout pas faire d’anthropomorphisme, reprend l’éleveur. Cependant, il voit ses vaches côtoyées au quotidien comme des collègues de travail. « Je cherche un respect mutuel, une bonne ambiance dans mon cheptel pour travailler en bonne intelligence. Les vaches doivent venir détendues en salle de traite te donner leur lait. » Il rappelle aussi qu’il y a une façon de les approcher. « Dans la nature, elles sont une proie et gardent cet instinct. Quand elles ne se sentent pas bien, elles paniquent. » Il cherche à leur offrir un cadre rassurant. « Si tu es plus apaisé, elles sont plus apaisées. C’est un cercle vertueux. »
Seul pour faire traverser les routes
Depuis la formation, Franck Sérot a « un œil nouveau » sur son troupeau. « J’ai appris à faire confiance à mes vaches. Avant, j’angoissais quand il fallait leur faire faire quelque chose de nouveau. » Dans son système herbager, les animaux parcourent jusqu’à 1,5 km et traversent deux routes pour atteindre la prairie la plus éloignée. « Avant, je ne déplaçais jamais le troupeau seul. Désormais, je me débrouille : des ficelles suffisent, elles m’attendent pour traverser. Cela se passe très bien. » Une autre pratique a évolué. « Avec les génisses au pâturage, je ratais des chaleurs et prenais du retard sur la reproduction. »
Les vaches ont leurs propres codes
Depuis la formation, l’éleveur rentre désormais des lots de 4 ou 5 génisses de 18-19 mois parmi les vaches. « Comme il y a une hiérarchie, elles rasent les murs. » Elles vont et viennent avec le troupeau et attendent dans la stabulation pendant la traite. « C’est confortable. Je les ai sous la main pour les faire inséminer. » Le système Kamar est utilisé pour la détection des chaleurs, déjà très visibles chez les jeunes. « Pendant cette période, les génisses profitent de la bonne herbe des vaches. Cela fait une forme de flushing au moment de l’IA. » Quand le lot est inséminé, il repart parmi les jeunes.
Toma Dagorn
Porte ouverte, jeudi 28 mai, dès 13 h 30, lieu-dit la Clôture à Caulnes. Contact Cédapa : 07 64 44 45 35.
Longévité et stabilité
« Dans un troupeau, il y a une cheffe que tout le monde regarde. Ainsi, il est intéressant de faire vieillir ses animaux car la hiérarchie est moins bousculée et la cheffe est bien référencée. Le troupeau est plus stable et la confiance peut s’installer. Par la suite, un animal intégré dans un troupeau apaisé se sent bien », estime Franck Sérot, qui construit sa relation aux animaux dès leur naissance. « Ils me voient tout le temps. Je fais partie de leurs meubles. »

