Le Guilvinec (29)
Quand on pense au Guilvinec, on imagine immédiatement la mer, les ports, la pêche, les marins et les embruns bigoudens. Mais chaque été, les quais deviennent aussi une galerie photographique à ciel ouvert. Depuis seize ans, la petite commune côtière accueille un festival consacré au monde maritime, où les images dialoguent avec la mer. « L’idée est née en 2012 de Michel Guirrec, Lannick Vigouroux et moi-même », raconte René-Claude Daniel, actuel président de l’association organisatrice. « Nous étions tous les trois passionnés de photographie et nous voulions créer notre propre version de l’exposition de La Gacilly. Année après année, l’événement a pris de l’ampleur et s’est étoffé. »
Il existe des amateurs de mer et de polars partout
Et pour cause : cette année, le comité artistique, composé de six personnes, a reçu pas moins de 300 candidatures, soit quelque 4 500 images à départager. Dix-sept photographes ont finalement été retenus. « La grande majorité sont des professionnels », précisent Irène Jonas et Sylvie Setier, membres du comité artistique. « Nous recherchons avant tout une diversité de styles, de regards et de nationalités. Cette édition accueille par exemple le travail d’une photographe iranienne et d’un photographe italien. » Les bénévoles veillent également à mieux équilibrer la représentation des femmes et des hommes parmi les exposants, un sujet qui a progressivement accompagné l’évolution du festival.

Un festival en évolution
De 2013 à 2024, le festival s’intitulait L’homme et la mer. « On nous a fait remarquer que ce titre n’était pas vraiment inclusif », se souvient René-Claude Daniel. En 2025, les organisateurs choisissent alors de mettre les femmes à l’honneur. « Les participants devaient être des femmes ou des hommes ayant travaillé sur des femmes dans le monde maritime », lance Irène Jonas. « Jusqu’alors, les photographes exposés étaient à 90 % des hommes. »
Cette année, le festival adopte un nouveau nom : La mer en partage. Un intitulé plus ouvert, qui reflète aussi l’évolution des regards portés sur le monde maritime et la photographie documentaire. Biodiversité, pêche, voyages au long cours, changement climatique ou tempêtes : les œuvres présentées explorent la mer sous toutes ses facettes.
Une chasseuse de tempête
En parlant de tempêtes, Gaëlle de Trescadec en connaît un rayon. Originaire d’Audierne (29), la kinésithérapeute et auteur-photographe est attirée par « tout ce qui est solitaire » : la mer, donc mais aussi les reliefs des Monts d’Arrée ou les confins de la Bretagne intérieure. Pour l’édition 2026, elle présentera douze clichés consacrés au quotidien des marins-pêcheurs. « J’ai voulu montrer l’avenir de ce métier, en pleine mutation et confronté au renouvellement des générations. » À bord des ligneurs comme des fileyeurs, ses images capturent une mer brute et mouvante, où la houle semble presque sortir du cadre. « J’aime quand ça bouge, j’aime le mouvement, confie-t-elle. Je m’ennuie quand la mer est calme. »

Une place pour les amateurs
Le festival laisse également une place aux photographes en herbe. Cette année, un concours mêlant polar et univers maritime est organisé en partenariat avec le festival Le Goéland Masqué. Les participants devaient illustrer un extrait du roman Pars vite et reviens tard, de Fred Vargas. « Nous avons retenu 5 lauréats, dont les œuvres seront exposées à Penmarc’h puis au Guilvinec » , souligne Sylvie Setier. « Nous avons reçu une cinquantaine de propositions venues de toute la France. À croire qu’il existe des amateurs de mer et de polars partout. »
Bernard Perrot, de Plérin, a remporté le prix spécial du jury grâce à une mise en scène macabre représentant des mains squelettiques enfouies dans le sable. « Au départ, nous pensions qu’il avait utilisé de l’intelligence artificielle générative, pourtant autorisée dans le cadre du concours. Mais il s’agissait simplement de fausses mains achetées dans un magasin de farces et attrapes. »
Les élèves s’impliquent
Au-delà des expositions, le festival cherche aussi à transmettre le goût de l’image aux plus jeunes. Depuis deux ans, les élèves du lycée maritime de Léchiagat sont initiés aux techniques photographiques et au droit à l’image. « Cette année, ils exposeront des photos prises pendant leurs stages en mer », indique René-Claude Daniel. Les écoles et collèges du territoire participent également au projet. Des élèves du Guilvinec et de Treffiagat-Léchiagat ont ainsi créé un abécédaire du monde maritime, tandis que des collégiens de Pont-l’Abbé, et du Guilvinec, ont réalisé des photographies pour illustrer les mots retenus dans le cadre de leurs cours d’arts plastiques.
Alexis Jamet
Vernissage : Le festival débutera par un vernissage en présence des photographes le 29 mai. L’exposition aura lieu jusqu’à fin septembre.
Un festival labellisé
Le festival du Guilvinec a récemment été labellisé « bicentenaire de la photographie ». Cette initiative du ministère de la Culture vise à promouvoir les projets célébrant les 200 ans de la photographie, de septembre 2026 à septembre 2027. Pour l’année prochaine, le festival prépare donc une édition spéciale. « Nous souhaitons raconter l’histoire des ports bigoudens », lancent les organisateurs. « Il n’y aura exceptionnellement pas d’appel à candidature mais plutôt un gros travail de recherche pour trouver des archives. Nous voulons à la fois afficher des images patrimoniales ainsi que le travail de photographes actuels. »

