« Pour les agriculteurs méthaniseurs, les Cive ont bien sûr un objectif de production de biomasse, mais elles jouent également d’autres rôles », expliquent Mariana Moreira et Maïna Le Roch, chargées d’études à la Chambre d’agriculture de Bretagne. « Ces bénéfices sont proches de ceux des couverts végétaux classiques : rétention d’éléments minéraux, apport de matière organique, réservoirs de biodiversité… »
Des bénéfices proches de ceux des couverts végétaux classiques
En période hivernale, les Cive assurent également une couverture efficace des sols, à un moment où les risques de lixiviation et d’érosion sont les plus élevés en Bretagne.Au-delà de la couverture, ces cultures développent un système racinaire important qui participe à la structuration des sols. Selon les espèces et les conditions de croissance, une partie de la biomasse souterraine peut représenter plusieurs tonnes de matière sèche par hectare. Le seigle, très largement utilisé en Bretagne, illustre bien ce potentiel. Ses racines fasciculées peuvent explorer le sol en profondeur, parfois au-delà d’un mètre, contribuant à améliorer la porosité et l’infiltration de l’eau.
Un rôle de piège à nitrates
À l’image des Cipan (Cultures intermédiaires pièges à nitrates), les Cive sont capables de capter l’azote minéral présent dans le sol après récolte de la culture principale. Les travaux du projet Valocive montrent qu’elles peuvent atteindre des niveaux de captation comparables, malgré l’exportation d’une partie de cet azote lors de la récolte. Mais leur spécificité tient à leur intégration dans un système de valorisation énergétique. « Avec le retour de digestat, on retrouve une logique de recyclage de l’azote », souligne Maïna Le Roch. L’efficacité agronomique des Cive dépend donc fortement de leur intégration dans le système global de l’exploitation : fertilisation, gestion des effluents et restitution au sol.


Stocker du carbone
Les résultats du projet Valocive montrent également un impact intéressant sur la dynamique de la matière organique. Comparées à une Cipan entièrement restituée au sol, les Cive présentent une biomasse plus importante. Dans les systèmes intégrant du digestat, cela permet une restitution globale de carbone et de matière organique plus élevée. À titre d’exemple, une Cipan produisant 2 tonnes de matière sèche restitue environ 300 kg de matière organique au sol. Une Cive de 5 tonnes de matière sèche, associée à un épandage de digestat, peut atteindre environ 850 kg restitués et stockés.
« Dans certains cas, la Cipan est semée avant tout pour répondre à une obligation réglementaire », rappelle Mariana Moreira. « Le niveau d’investissement peut être plus limité que pour une Cive, dont l’objectif est aussi économique. Le semis de cette dernière sera encore plus soigné et l’agriculteur privilégiera surtout des espèces ou variétés à fort potentiel de rendement et précoces à la floraison afin de maximiser la production de biomasse sur la période d’interculture. » Même si la biomasse aérienne est exportée, une partie importante reste au champ via les racines et les chaumes. Une fraction souvent sous-estimée, mais loin d’être négligeable dans l’équilibre global du système.
Une frontière de plus en plus floue ?
Les Cive ne sont plus seulement des cultures de production de biomasse. Elles s’inscrivent progressivement comme un outil agronomique à part entière dans les systèmes bretons, à la croisée des enjeux énergétiques et environnementaux. Mais leur efficacité ne se résume pas à la culture elle-même : c’est bien leur intégration dans l’ensemble du système de l’exploitation qui en conditionne les bénéfices.
Alexis Jamet

