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Couverts courts, une technique d’avenir

Une vitrine de couverts courts a attiré de nombreux agriculteurs et techniciens chez Éric et Fabienne Donval à Loc- Éguiner-Ploudiry (29). Elle a été mise en place par Bertrand Le Mer, technicien cultures à Triskalia, en collaboration avec Cécile Goupille, conseillère à la Chambre d’agriculture.

L’idée est d’implanter un couvert végétal entre une culture récoltée en juillet voire début août et une autre semée en novembre. Dans le cas présent, Éric Donval a moissonné une parcelle de blé début août. Après avoir ramassé la paille, il a passé un coup de chisel et implanté la vitrine le 7 août en semis au combiné. Il a ensuite semé une orge début novembre. Le but principal est d’implanter des espèces à pousse rapide pour coloniser rapidement la parcelle plutôt que de laisser le sol nu. Cette couverture permet de limiter la levée d’adventices et ainsi l’utilisation de « glyphosate ». Cette technique joue également un rôle très positif sur la structure et la vie microbienne du sol. « Un autre avantage est la fixation des éléments minéraux azote, phosphore, potasse… et, par conséquent, la limitation de leur lessivage », précise Jean Luc Le Bénézic, agronome à Capinov, filiale de Triskalia.

Conditions de réussite

Pour atteindre l’objectif recherché, certaines conditions sont nécessaires selon Cécile Goupille. Il faut semer rapidement après la récolte du blé afin de profiter de l’humidité résiduelle, avoir un minimum de pluie et de chaleur post-semis pour permettre une bonne levée et une croissance rapide des différentes espèces. Pour avoir une biomasse suffisante, semer dense est préférable. En présence d’adventices vivaces (rumex, chiendent, laiterons, chardons, liserons…), cette technique est déconseillée. En effet, dans ce cas, un désherbage chimique sera préférable afin de les détruire définitivement.

Le trèfle d’Alexandrie a une bonne dynamique de levée et une couverture rapide permettant d’étouffer les adventices.

Choix des couverts

La présente vitrine avait également pour but de comparer les différentes espèces et associations de plantes. Des compositions à base de moutarde, de phacélie, de trèfle d’alexandrie et incarnat, du radis chinois, d’avoine diploïde ont été semées. Un témoin en sol nu a servi de point de comparaison. Le choix des couverts est vite limité car il faut trouver des espèces à pousse rapide, faciles à détruire, s’intégrant dans les rotations et abordables financièrement. Les conditions climatiques de l’année ont permis une levée rapide des différentes modalités.

La moutarde arrivée à floraison

La moutarde est intéressante par sa croissance très rapide et son cycle de maturité très court. C’était la seule espèce arrivée à floraison. Elle est à éviter dans les rotations de légumes et de colza oléagineux. La phacélie avec un effet améliorateur sur la structure et la vie microbienne, démarre plutôt lentement et présente un faible pouvoir couvrant en début de cycle. Le radis chinois (à ne pas confondre avec le radis fourrager) en association avec de la phacélie est une piste intéressante. Il a un fort pouvoir couvrant. Grâce à sa partie enterrée, il améliore fortement la structure et sa partie hors sol de son pivot est facile à détruire. L’avoine diploïde graminée, intéressante par sa dynamique de pousse et son système racinaire, n’est pas l’espèce idéale dans les rotations « maïs-blé-orge » car elle est, quant à elle, difficile à détruire.

Le trèfle incarnat est lent d’implantation par rapport au trèfle d’alexandrie. Peu gélif, il peut convenir en couvert long ou en dérobées pâturables. Dans la situation présente, le trèfle d’Alexandrie implanté à 20 kg par hectare est la modalité qui offre le plus de garanties par rapport aux objectifs de départ. Il a une bonne dynamique de levée, une couverture rapide étouffant les adventices présentes. De plus, grâce à ses nodosités, il a capacité à fixer l’azote de l’air pour s’en nourrir. C’est une plante riche en azote qui, lors de sa destruction, va restituer au sol les éléments nutritifs qui auront servi à sa croissance.

Broyage et incorporation des résidus à prévoir

Un broyage et une incorporation des résidus seront nécessaires pour offrir un lit de semence idéal pour l’orge à venir. Il ne faut pas les détruire trop tôt car plus les couverts seront enfouis tôt plus l’azote sera libéré rapidement. Cette vitrine parfaitement réalisée par Éric Donval nous a permis d’avancer sur le dossier. Les couverts courts sont des leviers forts intéressants pour, dans un premier temps, couvrir et nourrir le sol ; puis, diminuer l’utilisation de désherbage chimique et apporter de la diversité dans les rotations.

André Yvinec / Triskalia

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