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Alternatives aux antibiotiques

L’usage des antibiotiques en forte baisse

Les ventes chutent de 27,5 % sur cinq ans en France. En post-sevrage, stade délicat, les usages baissent aussi.

Le suivi des usages d’antibiotiques a débuté en 1999, avec la mise en place par l’Anses* d’un dispositif national. Annuellement, les ventes d’antibiotiques sont chiffrées par espèce. Une approche qui montre une chute de l’exposition des porcs aux antibiotiques de 27,5 % sur 4 ans, entre 2009 et 2013. « C’est plus que l’objectif de réduction de 25 % affiché par le plan ÉcoAntibio qui prendra toutefois en compte la période 2012 – 2017 », fait remarquer Anne Hémonic, vétérinaire à l’Ifip.

19 % de jours de traitement en moins en post-sevrage

Mais cette approche sur les ventes, en amont du circuit de distribution des antibiotiques, n’est pas suffisante pour comprendre les usages de ces médicaments en aval du circuit, c’est-à-dire dans les exploitations. Les acteurs professionnels de l’élevage porcin ont donc décidé de mettre en place un outil complémentaire de suivi des traitements antibiotiques des animaux. Le panel Inaporc,  financé par l’Interprofession porcine et développé par l’Ifip avec l’appui de l’Anses, permet d’obtenir des données prélevées auprès des éleveurs, des vétérinaires et des usines d’aliments. Les usages d’antibiotiques sont décrits sur le plan quantitatif (niveau d’exposition des animaux par famille de molécules, voie d’administration, stade physiologique) et qualitatif (motifs de traitement, dosages, durée).

Entre 2010 et 2013, le nombre de jours de traitement en post-sevrage a baissé de 19 %
Entre 2010 et 2013, le nombre de jours de traitement en post-sevrage a baissé de 19 %.

« Cela permet de comprendre comment une baisse est obtenue, de déterminer quels leviers on peut activer en priorité pour baisser le recours aux antibiotiques. » Le panel compte autour de 170 élevages tirés au sort, représentatifs de la production nationale. Entre les deux « photos » réalisées sur ce panel en 2010 et 2013, le nombre de jours de traitement en post-sevrage a baissé de 19 %. Une diminution d’autant plus intéressante que c’est sur cette catégorie d’animaux que l’utilisation d’antibiotiques est majoritaire. Les autres chiffres sur les évolutions d’usages seront précisés en février 2016 à Paris, à l’occasion des JRP (Journées de la recherche porcine).

La France, bonne élève en «multi-espèces»

Il est aujourd’hui difficile de comparer les usages d’antibiotiques entre pays, mais une étude publiée par l’Agence européenne du médicament (EMA) propose une approche. Les ventes d’antibiotiques vétérinaires réalisées en 2013 dans 26 pays européens sont comparées. Les résultats incluent toutes les espèces animales destinées à la consommation humaine (porcs, volailles, ruminants, chevaux, lapins, poissons) et sont exprimés en mg de matière active/PCU (1 PCU = 1 kg). « Parmi les 8 grands pays producteurs de porcs, la France fait partie des plus faibles utilisateurs d’antibiotiques (95 mg/PCU), derrière les Pays-Bas (70) et le Danemark (45). L’Espagne (317), l’Italie (302) et l’Allemagne (179) sont les plus gros consommateurs », souligne Anne Hémonic. En comparaison à 2011, seule la Pologne présente une hausse des ventes (+ 19 %). La France se place en 2e position sur la baisse des usages (- 20 %), derrière les Pays-Bas (- 39 %). Le Danemark se situait déjà en 2011 à un bas niveau d’utilisation.

Moins d’aliments médicamenteux

« La baisse est surtout liée à la moindre consommation d’aliments médicamenteux dans les élevages. Ceci est dû à la prise de conscience générale sur l’antibiorésistance et à une baisse des prescriptions de ces aliments médicamenteux. La restriction d’usage des céphalosporines de 3e et 4e générations, décidée en 2010, a aussi des effets très nets avec des baisses significatives de l’usage de ces antibiotiques critiques », indique Anne Hémonic en précisant également : « La réglementation impose aujourd’hui de réduire au maximum les usages préventifs d’antibiotiques. » Agnès Cussonneau

* Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail.

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