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L’œdème contré par la vaccination au Gaec de Kerbrechet

Le vaccin Ecoporc Shiga a redonné le sourire aux époux Le Graët, à Maël-Pestivien (22). Le taux de pertes en PS, qui dépassait les 20% en période de crise aiguë d’œdème, est revenu à la normale.

« Spectaculaire ! ». C’est ainsi que Marianne Bertrand, vétérinaire du groupement Triskalia, qualifie l’amélioration de l’état sanitaire des porcelets de l’élevage Le Graët depuis la vaccination contre la maladie de l’œdème. Depuis janvier 2012, l’élevage de 140 truies naisseur engraisseur, conduit en 7 bandes avec un sevrage à 28 jours, vivait au rythme des crises plus ou moins violentes provoquées par les toxines produites par Escherichia Coli 0139 K82. Un cousin du K88, bien connu dans les élevages, générateur de troubles digestifs.

Crise aiguë l’été dernier

« Les crises survenaient vers 15-20 kilos », raconte Pierrick Le Graët. « Beaucoup de porcelets atteints succombaient de mort brutale, en quelques heures ». Seul signe visible préalable : le gonflement des yeux. « Quand on piquait les animaux (antibiotiques), on les tuait aussitôt ». La mort des bactéries avait pour conséquence de libérer massivement les toxines fatales au porcelet traité, selon la vétérinaire. Au printemps 2012, après la découverte du germe responsable, par analyse (la présence d’un streptocoque avait été, dans un premier temps, suspectée), un protocole est établi  : traitement à la néomycine par voie orale une semaine avant la période présumée des troubles, rationnement strict des animaux, passage du granulé à la farine pour un aliment acidifié et déconcentré. Le taux de pertes se stabilise alors à un niveau proche de la normale, sur plusieurs bandes. « Dès que le protocole se relâchait, les problèmes revenaient ». Les performances globales de croissance fléchissent et l’hétérogénéité des porcs s’accroît en raison du fort rationnement. Les frais vétérinaires grimpent à 210 €/truie sur l’année (110 € en moyenne Bretagne). À l’été 2013, une crise violente se déclenche. Le taux de pertes approche, voire dépasse, 20 % en post-sevrage sur 6 bandes consécutives. « On a pensé arrêter la production », avoue Pierrick.

Protection pendant 105 jours

La souche d’E. Coli 0139 K82 fait partie des E. Coli responsables de la maladie de l’œdème. Le colibacille produit une toxine (Shigatoxine) qui passe dans le sang. En s’y accumulant, elle détruit les vaisseaux sanguins et provoque les œdèmes. Plusieurs organes peuvent être touchés. Le vaccin Ecoporc Shiga, du laboratoire allemand IDT Biologika, produit une immunisation en développant des anticorps neutralisant la Shigatoxine (pas d’effet sur le colibacille). Il faut compter 21 jours entre l’injection du vaccin et l’immunisation. Sur l’élevage Le Graët, la vaccination est réalisée une semaine après la naissance. Elle protège ensuite l’animal pendant 105 jours minimum.

Perte économique considérable

« C’est dans une revue spécialisée que j’ai lu qu’un vaccin était disponible en Allemagne », indique Marianne Bertrand. « Nous en avons commandé. Les premiers vaccins Ecoporc Shiga ont été administrés aux porcelets nés en octobre 2013, une semaine après la naissance ». La bande a passé Noël sans encombre. Les suivantes, également vaccinées, ne souffrent plus d’œdème. Un véritable soulagement pour les éleveurs. La maladie a sévit pendant deux ans. Sur la seule année 2013, 400 porcelets sont morts en PS (9,7 % des effectifs). La perte de marge, liée à cette mortalité, est estimée à 28 400 €.  L’investissement dans la vaccination est de 7 500 € sur une année, pour les 4 110 porcelets sevrés sur l’élevage (29,3 sevrés par truie). « Le gain lié à la vaccination est évident », estime la vétérinaire. La supplémentation en néomycine a été supprimée mais l’aliment est toujours rationné et acidifié. « Il faut avancer par étapes mais il faut envisager de revenir à la normale au niveau alimentaire pour récupérer de bonnes performances de croissance et limiter l’hétérogénéité ». Le processus est en cours.

Vente de l’élevage

Les facteurs favorables au déclenchement de la maladie sont toujours présents : le séjour en nurserie notamment, qui, selon Marianne Bertrand, entraîne trop de mouvements d’animaux et donc une irrégularité de la prise alimentaire. « La flore intestinale est perturbée. L’agent pathogène prend le dessus sans que l’on sache vraiment pourquoi ». Dans l’immédiat, la solution existe pour contrer la maladie. La vente de l’élevage, impossible ces derniers mois, compte tenu du problème sanitaire, est désormais envisageable. Un autre soulagement pour les éleveurs, désireux de faire valoir leurs droits à la retraite, et qui tiennent à transmettre un outil en bon état. Bernard Laurent

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