Cette ancienne ferme laitière s’est réorientée vers le maraîchage depuis l’installation de Simon Fritsch, en 2020. 3 000 m2 de plein champ et 800 m2 d’abris lui servent à cultiver une trentaine de légumes différents, vendus en direct ou dans des Biocoop. Le maraîcher essaie d’être le plus autonome possible, en témoignent les bâches plastique d’ensilage récupérées pour de l’occultation hivernale ou du foin récolté sur des parcelles voisines et qui servent de paillage. Mais c’est surtout au niveau de ses plants et de ses semences que le Finistérien attache une très grande importance : il cultive des variétés population pour les préserver et pour récolter des légumes riches en saveur. « J’ai rencontré l’association Kaol Kozh sur un salon, la démarche m’a plu, je me suis formé ». Cette structure recense et préserve les populations végétales adaptées et adaptables aux terroirs bretons et à la production biologique, et recherche, diffuse, mutualise les savoirs et les savoir-faire concernant les semences. « Avoir cette forme d’autonomie m’intéresse, elle redonne du pouvoir aux paysans ».

Répondre aux manques
Ce travail de sélection de variétés commence « en regardant l’esthétique, puis des résistances à des maladies comme la rouille ». En prenant en exemple ses poireaux, Simon Fritsch explique en avoir semé en 2024, les plus beaux sujets ont ensuite été replantés. La bisannuelle a enfin produit ses graines en 2025. « Après des tests de germination, je les ai ressemées ». Sur d’autres espèces, produire ses graines permet de posséder des variétés peu ou pas présentes dans les catalogues des maisons grainières.
Produire soi-même des semences absentes des catalogues
C’est le cas de l’oignon plat d’Erdeven, « on a du mal à trouver de la semence de cet oignon cuivré, très savoureux et à la peau fine ». En le cultivant, le maraîcher joue un rôle de conservation de ce patrimoine génétique. Plus surprenant, le terroir joue un rôle dans le goût des légumes cultivés sur la ferme. Citons les haricots Emerit qui, récoltés sur la Ferme Les Pouces Verts, « n’ont pas le même goût que ceux d’un collègue maraîcher installé à 15 km d’ici ! Les variétés population sont plus riches et ont un potentiel d’adaptabilité différent suivant les terroirs ». Contrairement aux légumes cultivés en utilisant des F1 et « produits sous atmosphère contrôlée, les variétés population demandent à être cultivées pour bien s’adapter ».


Séchage, battage et tri
Une fois que les siliques des choux sont bien remplies et mûres, elles sont récoltées, puis mises à sécher tête en bas. Idem pour les ombelles de poireau et de carotte. Après un ou deux battages, direction le trieur, fabrication maison. Dans cet outil, il suffit de déposer son lot de semence d’un côté, puis de brancher un aspirateur de l’autre. Les éléments les plus légers sont ainsi aspirés, les graines plus lourdes tomberont en sortie. Sont ainsi épurés des betteraves, de la coriandre, du basilic ou du persil. « Pour les oignons et les poireaux, j’effectue également un premier tri à l’eau ». Même principe ici, les graines viables tombent au fond du récipient, les corps étrangers se mettent à flotter. Une dizaine de tamis viennent parfaire la sélection des bonnes semences, leur maillage est choisi en fonction des calibres sélectionnés. « Lors de mes tests de germination, si le résultat n’est que de 60 %, je repasse les grains dans le trieur. Je recherche au minimum 80 % de levée ». Une partie de ces précieux concentrés de génétique est enfin conservée au congélateur. « Pour les semences de haricot, le froid a l’avantage de tuer toutes les bruches », conclut-il.
Fanch Paranthoën
Mutualiser le travail
Certaines espèces ont plus de mal à se conserver dans le temps, c’est le cas des carottes. « Je produis des semences de 8 à 10 légumes différents. Une idée à l’avenir serait de mutualiser ce travail, en me limitant à 3 ou 4 espèces, le reste pourrait être cultivé chez des voisins ». La ferme vend aussi bien des légumes que des plants, notamment des tomates. « Les graines de tomate sont assez faciles à obtenir, car c’est un végétal autogame ».

