Sur 90 ha à Taulé (29), Anne-Marie et Christian Bernard produisent des légumes de plein champ (chou-fleur, artichaut, chou pomme…) et conduisent 80 mères Salers. Depuis peu, le couple s’est lancé dans la myrtille. « La Sica nous a proposé cette nouvelle culture. Ce qui m’a donné envie de démarrer est le côté bienfait pour la santé de ce fruit riche en vitamines et antioxydants », explique Anne-Marie Bernard. « Le réchauffement climatique est là. Produire du légume l’été est devenu compliqué même si les prix sont élevés. Nous avions l’envie de nous diversifier. Nous avons testé les crosnes, l’ail, la rhubarbe et finalement conservé la myrtille », poursuit Christian Bernard.
Un pilotage fin de l’arrosage
Culture en pots
La myrtille se cultive hors-sol en plein air. À l’EARL, les plants sont protégés par un filet brise-vent intégral (au-dessus et sur les côtés) contre la grêle et les oiseaux. « Ce nouveau métier vient changer le quotidien. On découvre peu à peu. Cela réclame beaucoup de surveillance », explique le Finistérien qui a un sens aigu de l’observation quand il s’agit de plantes. Les premiers plants ont été commandés en 2022 et mis en pot début 2023 dans un terreau spécifique. Réclamant un sol très acide (pH de 4,5 à 5,5) et très drainant, la terre bretonne n’est pas adaptée. « Objectif visé : 4 500 à 5 000 pots/ha. »
À la floraison, cinq ruches de bourdons favorisent la pollinisation. À partir du printemps, la fertirrigation au goutte-à-goutte est importante. « On arrose doucement à partir de la floraison. Cela favorise le développement des feuilles qui tardent à venir. Puis on apporte davantage quand les fruits sont formés. Le pilotage est fin pour limiter l’excès d’eau pouvant donner une asphyxie racinaire », détaille Christian Bernard « On apprend sur le tas, tous les jours. »


Lutte biologique
En plus du technicien tomates de la Sica, un consultant italien passe régulièrement chez les 8 producteurs de myrtilles de Prince de Bretagne. La fragilité des plants était ce qui inquiétait le plus Christian Bernard au départ. « Cécidomyies, pucerons… À un moment, il y a eu aussi des chenilles partout. » De la lutte biologique a été mise en œuvre. Après un test de pièges à phéromones, des pièges à néon ont apporté leur efficacité pour attraper les papillons la nuit.
La première « vraie récolte » a eu lieu en 2025. Aujourd’hui, les plants les plus anciens donnent plus de 3 kg de myrtilles par pot sur la saison.
Toma Dagorn
Récolte manuelle l’été
La taille intervient en hiver. L’idée est de bien aérer les arbustes. « Cette opération importante va conditionner le nombre de fruits, avoir un impact sur le rendement et sur le temps de travail à la récolte. On cherche à avoir les bouquets de fruits à l’extérieur du rang. » Car la récolte de mi-juillet à début septembre se fait à la main, baie par baie. Au plus fort de la production, elle réclame 8 personnes. « Les jeunes arrivent par le bouche-à-oreille. C’est répétitif mais trop physique », rapporte Anne-Marie.

