Dossier technique

Petit semoir, grande précision

La Ferme de Boutoul, Paimpol (22) - Entre les classiques et les pourpres destinées à produire des colorants alimentaires, la ferme sème cette année 10 ha de carotte. L’implantation doit être réalisée avec soin, l’exploitation s’est équipée pour ce faire d’un semoir spécifique.

Une personne remplit un semoir atteé à un tracteur dans un champ - Illustration Petit semoir, grande précision
Aubin Le Chevert est installé à Paimpol (22) | © Paysan Breton – F. Paranthoën

Malgré les pluies du matin, le vent séchant de l’après-midi permettait de reprendre les chantiers de semis. En ce début juin, Aubin Le Chevert contrôle depuis sa cabine la bonne mise en terre des semences. La parcelle est implantée en carottes de couleur, qui serviront après transformation à produire du colorant alimentaire. Le Costarmoricain est associé avec sa sœur Sophie et son beau-frère Nicolas Huet, son frère Jean-Marie et son épouse Anaïs travaillent également sur la structure.

Le lit de semence doit être très fin

Cultiver de la carotte « se place bien dans la rotation, c’est une espèce qui est peu gourmande en azote », précise l’agriculteur. Avec un précédent brocoli, la parcelle a été bien préparée avant les semis. Après un labour et le passage d’une herse rotative, une fraise est venue terminer le travail. La cape arrière de cet outil « rappuie la planche. Si le sol est soufflé, la culture est beaucoup plus compliquée à semer. Il faut de la terre fine, sans cailloux ». Toute cette préparation des planches a été effectuée par des tracteurs équipés de guidage et de télé-gonflage pour limiter le tassement du sol.

Un semoir simple mécanique

Pour la mise en place des semences, la ferme de Paimpol s’est équipée dernièrement d’un outil du constructeur français Monosem, et de son modèle MS. Pour ce faire, elle s’est rapprochée du concessionnaire MS Équipement et de son agence paimpolaise. Ce petit semoir simple et mécanique est doté d’une soufflerie qui dépose les graines dans le sillon, puis de roues plombeuses qui améliorent le contact sol-graine. Enfin, des roues grillagées servent « à limiter la formation de croûte de battance ». L’exploitation est équipée en système d’irrigation. « Nous pouvons arroser les champs de carotte si besoin, car en cas de formation de croûte de battance, l’arrosage cassera cette croûte ». Dans ces sols battants, les semis se font perpendiculairement à la pente.

Vue sur l'arrière d'un semoir à carotte
Les roues grillagées servent à limiter la formation de croûte de battance.

Précis, ce semoir assure une mise en terre de la semence « à 1 cm de profondeur pour les carottes, en 4 rangs doubles ». Suivant les variétés, la densité est modifiée : de 1 000 000 grains/ha en carotte classique, elle passe à 500 000 graines pour les carottes de couleur.

Pour passer d’une culture à une autre, des disques sont changés ; ils s’adaptent à la densité et au calibre des semences. Aussi, le légumier apprécie « la vidange du semoir, simple et rapide, pratique quand on change de variété ». Concernant la suite de la culture et notamment le désherbage, « nous travaillons en microdoses car le cahier des charges de la production de colorant alimentaire est encore plus strict en termes de résidus. Lors de la pulvérisation, le volume à l’hectare est important, il faut mouiller à 1 000 L/ha pour trouver la meilleure efficacité ».

Graines de carotte pourpre dans un semoir
Graines de carotte pourpre

Évoluant à une vitesse de 2,4 km/h, le semoir termine la parcelle du jour. « Les carottes demandent de la température lors du semis, il faut compter entre 17 et 18 °C ». Côté fertilisation, « nous n’apportons pas de matière organique avant les semis, car un fumier épandu devient un nid à larves. Il faut également une bonne dégradation des couverts végétaux, nous utilisons de l’avoine, de la phacélie et du trèfle, qui sont assez faciles à détruire ».

La variété Limestra sélectionnée recevra seulement 40 unités d’azote, mais 300 unités de potasse.

Fanch Paranthoën

Un bon précédent

Les carottes sont aussi appréciées dans la rotation de l’exploitation car « les fanes laissent des reliquats, ainsi qu’une bonne structure au sol : les racines descendent en profondeur, jusqu’à 20 cm ». Un blé sera semé après cette culture une fois récoltée, en octobre. « Plus tard, cela devient plus compliqué ». Si les carottes classiques et oranges vont rendre une centaine de tonnes par hectare, ce sera dans les 50 t/ha pour leurs cousines pourpres. Tout se fera en départ champ.


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