Installé depuis 1998 avec ses parents, Sébastien Dréano conduit depuis 2009 l’exploitation familiale. Il est rejoint par son fils Victor, salarié à mi-temps depuis 2019. Après un court passage sur l’exploitation de 2009 à 2011, son épouse Lydie le rejoint définitivement sur la ferme en 2022 — après l’arrêt de sa carrière d’infirmière. C’est alors qu’ils portent le projet de basculer du bovin laitier au caprin bio. Le calendrier est serré : 150 chevrettes alpines d’un mois arrivent en février 2022, la chèvrerie sort de terre en septembre de la même année, et 330 chevrettes de six mois complètent le troupeau à l’automne, juste à temps pour les premières saillies naturelles. La traite des vaches s’arrête en janvier 2023. Moins de quatre semaines plus tard, le 16 février, la première livraison de lait de chèvre bio part chez leur collecteur Agrial. Ils ont témoigné de leur parcours lors de la journée régionale caprine, organisée par le GIE Élevages de Bretagne.
Un virage caprin mûrement réfléchi
450 chèvres et une marge alimentaire solide
Aujourd’hui, le troupeau atteint 450 chèvres en lactation en moyenne, issues du croît interne. Originalité du système : 30 % des animaux sont conduits en lactation longue. Ces 140 chèvres sont sélectionnées sur leur persistance et leurs faibles taux cellulaires. Pour le renouvellement, 140 chevrettes sont élevées en 2026. La reproduction se fait en saillie naturelle, avec renouvellement régulier des boucs par achats extérieurs. Les mises bas, concentrées du 15 février au 30 mars, mobilisent un renfort familial ponctuel sur quinze jours.
Les performances laitières progressent nettement : sur la dernière campagne, 373 084 litres ont été livrés, soit +3 % par rapport à la précédente. Depuis le 1er janvier, le volume supplémentaire atteint +12 %, avec un pic à 4 kg de lait par chèvre et par jour. Le prix payé s’établit à 1 073 €/1 000 L, avec une prime composition de +10,5 € et une prime qualité de +6,3 €/1 000 L. La marge sur coût alimentaire ressort à 2,22 €/chèvre/jour, pour un coût fourrager de 0,20 € et un coût concentrés de 0,56 € par chèvre et par jour.



L’herbe et le séchoir, piliers du système fourrager
Sur 60 ha de SAU, 50 ha sont en herbe (mélanges RGA-luzerne-fétuque-dactyle-trèfles blanc et violet) et 10 ha en méteil autoconsommé (triticale-féverole-avoine) à 10,5 % MAT. Le séchoir en grange, construit en 2020, est central : la ration de base repose sur 1 kg MS de foin séché en grange, complété par du pâturage (six heures par jour) ou de l’affouragement en vert (1,15 kg MS). Une autochargeuse a rejoint le parc matériel au printemps 2026 pour sécuriser cet affouragement en vert, distribué surtout au printemps et par temps de pluie. « On a remarqué que cela induisait moins de changement dans les rations, et cette régularité est bénéfique sur la production laitière », témoigne Sébastien Dréano. Les concentrés — 300 g d’un aliment à 60 % de maïs en salle de traite, 500 g de correcteur azoté en deux repas — sont distribués depuis fin 2025 à l’aide d’un distributeur Rhino Ecorel.
Carole David
Un bâtiment pensé pour le bien-être animal
La chèvrerie offre 470 places à l’auge, avec 1,60 m² d’aire paillée par chèvre, dix abreuvoirs dont huit collectifs, deux brosses et des sorties extérieures. La salle de traite compte deux quais de 32 places (contentions Albouy Eurostalles) en simple équipement avec décrochage automatique. À proximité, une pouponnière chauffée et un bâtiment tunnel — ancienne nurserie veaux — accueillent les chevreaux en phase d’allaitement. L’ancienne stabulation bovine vient d’être réaménagée pour accueillir 130 places pour l’élevage des chevrettes.

