Le retour de la peste porcine africaine (PPA) en Espagne marque la fin de plusieurs décennies sans circulation du virus dans le pays. Les premiers cas ont été détectés fin 2025 chez des sangliers dans le parc naturel de Collserola, près de Barcelone. Ce massif forestier, où la densité de sangliers est particulièrement élevée, constitue un environnement favorable à la circulation du virus. Les autorités y ont rapidement renforcé la surveillance afin d’éviter toute propagation vers les élevages. « Les cas positifs de PPA sont uniquement avérés sur sangliers et dans la région de Barcelone », rappelle Miquel Angel Berges, directeur de Mercolleida, le marché de référence du porc espagnol, lors de l’assemblée générale du Marché du porc français en juin dernier.
Nous avons inondé le marché en viande porcine
La valeur recule
Les conséquences de la PPA se mesurent déjà sur le commerce. La filière espagnole est très dépendante des exportations : près de la moitié de la production est vendue hors du pays, entre marché européen et pays tiers. La fermeture de certains débouchés internationaux (1/3 des pays tiers) a donc créé une pression sur les flux commerciaux. Au premier trimestre 2026, les exportations espagnoles ont progressé vers l’UE (+79 000 tonnes) mais ont chuté vers les pays tiers (-48 000 tonnes). « Nous avons inondé le marché en viande porcine, en raison de la fermeture des frontières de plusieurs pays à l’export », insiste Miquel Angel Berges. « Et la situation risque de s’empirer. » La reconnaissance du principe de régionalisation par plusieurs pays, comme la Chine, la Corée ou encore les Philippines, a toutefois permis de maintenir une partie des flux commerciaux et de réorienter certains conteneurs vers des marchés restés ouverts. Le chiffre d’affaires de ces exportations a, quant à lui, diminué de 14 %. Les opérateurs ont notamment dû réorienter une partie de leurs volumes vers le marché européen, moins rémunérateur que certains débouchés asiatiques. Cette perte de débouchés, conjuguée à une concurrence accrue sur le marché européen et à une demande chinoise moins dynamique, s’est rapidement répercutée sur les cours : entre janvier et mai 2026, le prix moyen du porc espagnol s’est établi à 1,15 €/kg vif, en baisse de 31 %.
Pessimisme, ou réalisme ?
L’enjeu dépasse toutefois largement la seule question sanitaire. « Tout problème qui arrive en Espagne va se propager en Europe car l’Espagne est le premier producteur européen », souligne-t-il. Avec 56,3 millions de porcs abattus en 2025, l’Espagne occupe une place centrale dans les équilibres du marché communautaire. Avec le Danemark, l’Allemagne, les Pays-Bas et la France, elle fait partie des cinq pays qui concentrent à eux seuls 80 % des exportations porcines de l’Union européenne. La Catalogne, où les premiers cas ont été détectés, constitue d’ailleurs l’un des principaux bassins de production du pays. Face au risque de diffusion, les autorités espagnoles renforcent la surveillance de la faune sauvage, la biosécurité et appliquent le principe de régionalisation afin d’éviter un blocage complet des échanges. Ce dispositif permet de limiter les restrictions commerciales aux seules zones touchées et de maintenir les exportations depuis les territoires indemnes. Une diffusion du virus vers les élevages changerait totalement l’ampleur des conséquences économiques pour l’Espagne et ses partenaires européens.
Chute de la production et du prix
Pour Miquel Angel Berges, les perspectives de l’impact de la PPA ne sont pas optimistes. « Dans les deux années à venir, l’Espagne et l’Union européenne devront sûrement réduire inévitablement leur production. On parle peut-être d’un demi million de truies. Le prix annuel moyen du porc en Espagne peut quant à lui chuter de 25 %, passant bien en-dessous du coût de production. »
Alexis Jamet
La régionalisation pour maintenir les échanges

