Plouguernével (22)
Étudiante, Clara Sobieski a réalisé ses « premières soudures » lors d’un atelier métal aux Beaux-Arts à Nancy. « Quand tu trouves ta matière, tu en deviens folle. Tu ne veux plus faire que ça. Le métal n’est pas aussi froid qu’on l’imagine. Une fois chauffé, il devient pâte à modeler », explique la jeune femme. « À l’école, j’ai alors ressorti une petite forge qui était plutôt un barbecue et je me suis retroussé les manches. » Pour faire ses gammes, elle s’est rendue aux côtés de Damien Baragan, un forgeron du secteur. « Dès que je n’avais pas cours, je filais apprendre à faire des pointes, des feuilles, des roses, des noyaux… Puis je l’ai aidé sur des chantiers lors de mes deux dernières années d’études. »
Des outils, il y en aura toujours à inventer
Assemblage traditionnel
Par la suite, une résidence d’artiste chez Caroline Delareux, ferronnière de la Sarthe, est venue « confirmer » sa vocation. Au moment de la Covid-19, Clara Sobieski a alors pris la « grosse décision de partir pour un grand chelem d’étudiante en apprentissage » afin d’acquérir les techniques pendant quatre ans. Inscrite dans une école spécialisée de Périgueux, elle a passé beaucoup de temps en entreprise. « Deux ans dans la métallerie de Stéphane Chevalier en Provence, un spécialiste de la soudure au feu. Puis deux ans chez Anthony Mercier, un atelier de rêve à Dole dans le Jura, où tout est fait à l’ancienne : l’assemblage en tenons-mortaises comme en charpente bois, beaucoup de volutes et de feuilles dans son style classique Art nouveau… J’étais au cœur de mon sujet, la forge. Chez lui, j’avais beaucoup de responsabilités en fabrication. »
Un tour de France des forges
Et comme c’est en forgeant qu’on devient forgeronne, fin 2024, Clara a entamé un tour de forges en woofing en dix étapes en France surtout et jusqu’à Édimbourg en Écosse. Objectif : voir des ateliers et apprendre en travaillant. Car la ferronnerie, c’est-à-dire le travail du fer et des métaux pour créer des pièces, est un vaste monde. Le taillandier est spécialisé dans les outils taillants (haches, binettes…), le cleftier fabrique des clés et des serrures… Travaillant le fer pur, l’acier, le laiton et le cuivre, Clara, elle, a choisi d’être ferronnière « pour produire tout ce qui est lié au bâti » : rampes, garde-corps, portails, marquises au-dessus des portes, potences… « Avec un penchant pour tout ce qui concerne le jardin : bancs, arches, pergolas, pièces décoratives… »
Une forge à la ferme
Son atelier est installé, depuis février 2026, dans une ancienne étable à la ferme Le Buis Sonnant à Plouguernével (22). « En me lançant, je n’avais pas envie de me sentir isolée. Ici, je partage le quotidien des voisins paysans et tisserands. Il y a de la joie et de l’entraide. Et le fait d’être confrontée à d’autres domaines permet de s’enrichir et de prendre du recul sur sa propre pratique. »
La clientèle vient par le bouche-à-oreille. Les demandes sont très variées. La forgeronne a récemment fabriqué une plaque de puits ou encore une enseigne pour une semencière de la Creuse… « Je ne fais pas de garde-corps droit par exemple, j’opterai pour une réalisation sur mesure qui intégrera des courbes, des volutes, des queues de carpe, des torsades… » Toujours joindre l’utile et le durable à l’agréable à regarder.
Fabriquer ses propres outils
Face à la porte de l’atelier en pierres, se dresse le foyer. « Même si je fais beaucoup d’opérations à froid, j’allume le feu tous les jours. » Il y a bien sûr l’enclume et ses bigornes ronde et carrée au centre de la pièce. « Et toute une collection d’outils comme le tas creux, la griffe et le griffon dont je me sers sans cesse pour cintrer le métal. » Une série de marteaux pour faire du repoussage – relevage afin de donner du volume et de la lumière à la matière. « Des plaques à trous pour faire les trous renflés dans la fabrication des barreaux de rampes en assemblage traditionnel par exemple. » Clara recourt en effet peu à la soudure (« Parfois pour faire du raboutage »). Entre techniques traditionnelles et assemblages à l’ancienne, elle utilise ces trous renflés, des rivets, des mi-fers (deux entailles qu’on emboîte) pour joindre les pièces…
En plus des outils glanés sur les chemins de son apprentissage, l’artisane doit aussi fabriquer des modèles qu’on ne trouve pas dans le commerce. « J’utilise des aciers durs trempés à l’huile avec une teneur en carbone très élevée. Pour chaque projet, il faut souvent produire des outils spéciaux qui n’existent pas. Comme des burins particuliers pour le formage, qui est la mise en volume de la tôle. En ferronnerie, il y en aura toujours à inventer. »
Toma Dagorn
Contact : Clara Sobieski, au 06 71 79 91 37
Samedi 8 août, salon de l’artisanat à la ferme
La ferme Le Buis Sonnant accueille, samedi 8 août, un Salon de l’artisanat organisé par la Petite filature installée sur le site. En plus de leur production de tisserands filateurs, la rencontre rassemblera des acteurs locaux : une taillandière – rémouleuse pour réaffûter les lames, une créatrice d’oiseaux et de cuillères en bois, un tourneur sur bois, une céramiste, une maroquinière, une couturière, une bijoutière, un vigneron breton… Clara Sobieski et Nathanaël Collin-Renard proposeront des démonstrations à la forge et les associés du Buis Sonnant des visites de la ferme (Bretonnes Pie Noir, Porcs blancs de l’Ouest) engagée en vente directe (crèmerie, fromagerie, boucherie, charcuterie). De 10 h à 18 h, hameau de Kerléo à Plouguernével.














