C’est l’été. Le moment de se poser, mais aussi de s’interroger sur ces mots qui naissent, vieillissent, puis reviennent sous d’autres habits. Cette semaine, succession assurée entre néolithique et néorural.
C’est là qu’apparaît l’autre « néo » : le néorural
Juste avant l’an 2000, un chercheur interrogé sur ce que le nouveau millénaire allait changer lâchait cette formule : « C’est la fin du néolithique. » Autrement dit la fin du « nouvel âge de pierre ». L’homme moderne, qui se croyait déjà propulsé dans l’ère technologique, restait donc, au fond, un homme de la pierre polie. La formule faisait sourire. Elle était surtout redoutablement juste.
Car le néolithique, ce n’est pas seulement une affaire de silex mieux taillé. C’est le basculement vers l’agriculture, l’élevage, la sédentarité, les villages, les greniers, les clôtures, les troupeaux. Bref, cette longue civilisation paysanne qui a modelé les paysages, les calendriers, les odeurs, les voisinages et jusqu’à notre manière de dire le monde. En quelques décennies, ce socle s’est fissuré. Les campagnes se sont vidées de leurs paysans et les champs de leurs bêtes.
C’est là qu’apparaît l’autre « néo » : le néorural. Il arrive avec ses codes, ses exigences, parfois ses contradictions. Il aime les vieilles pierres, les talus, les chemins creux, les levers de brume. Qui pourrait lui reprocher ? Il est, à sa façon, le nouvel homme de la pierre. Celui qui transforme les crèches en maisons de caractère, les logis paysans en résidences secondaires, les granges en pièces de vie avec vue sur l’ancienne vie des autres.
Le paradoxe est là : le néolithique a façonné la campagne agricole pendant 6 000 ans, avec en héritage ses usages, ses coutumes, parfois même sa langue. En quelques décennies, le néorural l’a investie à son tour. Et c’est presque bruit qu’une histoire multimillénaire devient exotique chez elle.

