Si c’est en forgeant qu’on devient forgeron, c’est en découpant ses propres bêtes que l’idée de se former à la boucherie a germé dans la tête de Benoît Blondy. Une qualification obligatoire pour pouvoir offrir l’ensemble de ses services à des collègues éleveurs qui font abattre une bête pour leur propre consommation. Courant 2025, il s’est donc équipé d’une bétaillère pouvant assurer le transport vivant jusqu’à l’abattoir, d’une camionnette frigorifique pour récupérer la bête et d’un laboratoire-remorque qui lui permet de stocker la carcasse dans un compartiment dédié, puis de la travailler dans une salle de découpe et de conditionnement.
Rien que ça… Mais quelle mouche l’a donc piqué ? Pour le comprendre, il faut rembobiner le film.
Stratégie du bon sens
C’est au début des années 2000 que Benoît, ingénieur en production, reprend la ferme familiale et se reconvertit dans l’élevage de Blonde d’Aquitaine. L’éleveur fait le choix de valoriser ses bêtes sous forme de plats cuisinés frais : lasagnes, tajines de bœuf, hachis Parmentier… conditionnés sous vide. Les barquettes, vendues en ligne ou sur les marchés, sont cuisinées par sa femme Stéphanie dans une vaste cuisine labo. « Il se trouve que petit à petit, raconte Benoît, je me suis aussi mis à proposer de la viande fraîche à mes clients ». L’éleveur, qui a pris l’habitude de réceptionner ses bêtes prédécoupées de l’abattoir, change alors de stratégie. Il fait venir un boucher sur la ferme, travaille à ses côtés, apprend les techniques de découpe et finit par avoir un déclic que l’on pourrait résumer à l’adage : « On n’est jamais si bien servi que par soi-même ». « Je me suis dit : ce que je fais pour moi, je peux le faire pour les autres. J’ai d’abord tablé sur la consommation privée, sachant très bien qu’ensuite, il me serait possible de répondre aux demandes d’éleveurs souhaitant faire de la vente directe, voire même, de leur confectionner des plats cuisinés… ». Façon pour lui de rentabiliser ce bel investissement. « Je n’ai pas réalisé d’étude de marché, ça s’est fait comme ça, avec pragmatisme et bon sens ! ».

Cœur et âme
Benoît se décide donc à obtenir sa qualification de boucher par VAE*. Pour le reste, il fait appel à ses propres compétences : « J’ai eu la chance de mener des projets dans différents métiers, de gérer des budgets d’investissement dans l’ensachage, l’aviation, l’électronique, l’agroalimentaire… ».
« J’y mets mon cœur, j’y mets mon âme, je fais comme si c’était pour moi ! »
Autant dire qu’il ne se fait pas prier pour concevoir lui-même son labo mobile : « C’est une remorque châssis sur laquelle j’ai fait aménager un atelier sur mesure, je l’ai dessiné moi-même. Il comporte deux groupes froids indépendants, un pour le sas carcasse, l’autre pour la salle de découpe. Je peux également y mettre la viande sous vide, la peser, l’étiqueter avec le prix et toute la traçabilité de l’animal ».
Petit plus que Benoît offre à sa clientèle : « Ma bonne humeur et un travail soigné. J’y mets mon cœur, j’y mets mon âme, je fais comme si c’était pour moi ! »
Pierre-Yves Jouyaux
*VAE : Validation des acquis de l’expérience
Repères : Élevage de 20 Blondes d’Aquitaine nourries à l’herbe et au foin ; 25 ha (pâture et fauche) ; 10 bêtes abattues à l’année ; • 75 % valorisées en plats cuisinés ; • 25 % en viande fraîche. ; Services proposés : • Prise en charge de l’animal vivant ; • Livraison carcasse à la ferme ; • Découpe et mise sous vide sur place ; • Valorisation en plats cuisinés.
En savoir plus : • Contact : « Du plein air à l’Assiette » Les Grandes Landes, Rohan (56), 06 51 14 00 24 ; • Pour écouter l’intégralité du témoignage de Benoît Blondy : Cliquez ici
Point de vue d’une cliente
Installée en lait à Merdrignac, Azilis Hesry a récemment fait appel aux services de Benoît Blondy : « On élève une vingtaine de bêtes croisées qui entretiennent nos prairies humides. Chaque année, on en tue une, pour nous. Benoît, on le connaît parce qu’on lui achète des plats cuisinés sur le marché, du coup on lui a confié une prestation complète, pour tester. Il s’est occupé de tout, même du rendez-vous à l’abattoir. Ensuite, il est venu chez nous pour la découpe. D’habitude on ne voit rien, cette fois on a même pu donner un coup de main à la mise sous vide… On peut aussi se dire que c’est un budget, mais là, on s’est rendu compte du travail que ça représente. L’avantage c’est de pouvoir choisir, de se garder un bon rôti pour les jours où il y a du monde à manger. J’ai quatre enfants, conclut Azilis, alors peut-être que la prochaine fois, on lui commandera quelques plats cuisinés. Le travail à la ferme, c’est prenant… Avoir des barquettes préparées avec notre viande au congélateur, que l’on peut sortir la veille pour le lendemain, ce serait un vrai gain de temps ! ».

