Cultures

La prairie de printemps refait surface

Le semis de prairie au printemps revient à la « mode » ; encore plus en bio. Conseils de bonne conduite pour réussir sa culture par Marine Futsch, spécialiste fourrage à BCEL Ouest.

La prairie de printemps offre un calendrier de production légèrement décalé en saison : avec un premier pâturage de fourrage très feuillu d’excellente qualité au cœur de l’été. « Dès 45-50 jours après le semis en conditions favorables », situe Marine Futsch. Comprendre par « conditions favorables » : à condition que la météo soit de la partie… Car, la limite de cette culture c’est bien le stress hydrique de l’été. « D’où l’intérêt de semer suffisamment tôt sur une période de deux mois qui va du 20 février au 20 avril, voire jusqu’au 20 mai sur le Nord-Bretagne et les zones humides ».

Diluer les risques

Avec les étés secs des dernières années – et l’automne très pluvieux de 2019 – le semis de printemps peut aussi être une alternative au semis de prairie d’automne rendu difficile par les conditions climatiques. « En bio, mais pas seulement, répartir les semis sur deux périodes de l’année permet de diluer les risques et donc de sécuriser les rendements », poursuit la conseillère fourrage. À noter que dans certains secteurs froids, le semis de printemps est le seul possible après un maïs récolté tardivement (cela s’est encore vérifié en 2019).
Au printemps, la levée est plus rapide. « Le trèfle qui est une plante de lumière et de chaleur se défend mieux », poursuit Marine Futsch, soulignant que les doses de semis peuvent de ce fait être réduites. « Dans des conditions de semis d’automne où l’on préconise 20-25 kg de RGA et 5 kg de trèfle blanc pour un mélange, on peut se limiter à 3 kg de trèfle pour un semis de printemps ». D’autant que la rémanence des produits phytos de la culture précédente est atténuée par rapport à un semis d’automne (entre autres la famille des sulfonylurées).

Semis bottes levées

Si l’idée venait de semer plus profond au printemps pour se prémunir du stress hydrique, c’est tout faux. « Une graminée et encore plus le trèfle c’est 1 cm de profondeur maximum dans une terre bien émiettée. Des données de l’Inrae montrent d’ailleurs qu’à 3 cm, 80 % des graines de trèfle ne lèvent pas ». Autre point important pour réussir l’implantation de la prairie : éviter le semis en ligne. Le relevage des bottes du semoir à céréales avec hersage léger est un bon compromis technique : « Un essai Chambre d’agriculture à Mauron a montré que la levée était supérieure de 7 % avec un semoir bottes levées et que les adventices étaient 8 % moins nombreuses par rapport à un semis en ligne ». Ce qui montre bien – s’il le fallait encore – qu’une prairie ne se sème pas comme une céréale.

L’étape finale d’un semis bien mené passe par un roulage bien appuyé. Il est favorable à la levée et à l’exploitation future de la parcelle (meilleur contact sol-graine, moins de dessèchement du sol, terrain supportant mieux le piétinement des animaux ; sol nivelé pour la récolte mécanique ; cailloux enfoncés). Chacun connaît l’image du vélo qui peut rouler sur une terre fraîchement semée… Enfin, pour favoriser l’équilibre graminée-légumineuse il vaut mieux éviter la fertilisation azotée en 1re année pour permettre au trèfle de bien s’installer. Sachant que le temps « perdu » pour la mise en place sera en partie récupéré par la dynamique de pousse estivale dont le moteur sera la légumineuse. Donc patience…

Semis sous couvert d’une céréale
Le semis sous une céréale de printemps est une technique ancienne, mais qui peut être délicate à conduire car il y a concurrence entre la céréale et la pâture. Il convient donc d’être technique… Pour peu qu’il soit bien conduit, ce double semis est bien adapté aux prairies multi-espèces de longue durée d’autant plus que les solutions de désherbage pour ce type de culture se raréfient. Le semis sous couvert convient particulièrement à des espèces comme la fétuque élevée qui est lente à s’implanter. Compte tenu des profondeurs différentes entre la céréale et la prairie, le semis se fait en deux étapes. Sauf si l’on est équipé d’un semoir à double trémie. Outre son effet « parapluie », la céréale va ouvrir la voie au système racinaire des ray-grass et des légumineuses. Le pâturage de la céréale au stade feuillu compense le rendement « perdu » par le semis de printemps de la prairie. « Avec cette technique, on gagne un cycle d’exploitation », calibre Marine Futsch précisant qu’une avoine de printemps au stade début montaison affiche 1 UFL et 12 % de MAT.
Le colza fourrager casse le cycle entre deux pâtures.

Un colza pour casser le cycle

Pour revenir rapidement sur une pâture dans la rotation, par exemple pour les parcelles proches des bâtiments, le colza fourrager est une solution intéressante. Il sera implanté entre deux pâtures pérennes. La crucifère cassera ainsi le cycle. Le colza pourra par exemple être semé en mai pour le pâturer en juillet avant d’implanter la prairie à l’automne. Attention cependant à rationner le colza en pâturage au fil : maximum 1/3 de la ration et ne pas mettre des vaches le ventre vide. Le pâturage se fera au stade feuillu. Concernant la conduite du colza, il pourra être semé après un déchaumage, à 8-10 kg par hectare avec un combiné herse-semoir, à condition de semer en surface (moins de 2 cm de profondeur) et de rappuyer le semis (comme pour une pâture). Le choix de la variété est fonction de la période d’exploitation souhaitée. Les variétés sont pâturables entre 60 à 90 jours après le semis.

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