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S’en sortir en changeant ses pratiques

Le thème de l’assemblée générale de Solidarité Paysans Bretagne, le 20 mars à L’Hermitage (35), a été illustré par deux producteurs, porcin et laitier, qui ont décidé de changer leur système pour sortir du rouge.

« Quand mon mari s’est installé en 2000, il a repris une exploitation de 400 truies naisseur engraisseur partiel pour 1 million d’euros, sans terre, avec une station de traitement de lisier de 400 000 € à prévoir. 860 000 € ont été rajoutés pour accroître l’engraissement en 2008. Nous avions 20 000 € d’annuités par mois… », relate Christelle Facy, de Saint-Nicolas-du-Pélem (22).

À partir de 2010, la situation se complique avec le prix de l’aliment qui augmente, des problèmes sanitaires liés à l’achat de cochettes, les cours qui se dégradent… « Alors que nous avions un projet de 500 truies, mon mari a eu un accident de travail et a été arrêté 5 mois. » Un déclic pour le couple. « Nous avons analysé la situation : toujours plus d’investissements pour gagner autant ou moins. C’est surtout mon salaire de l’extérieur qui nous faisait vivre… »

En 2014, le projet d’agrandissement est stoppé. Par la suite, la trésorerie se tend. Les producteurs font alors appel à Solidarité Paysans et réfléchissent à la réduction de la taille de leur exploitation. « Nous avons dû licencier nos deux salariés. » Prévenus longtemps à l’avance, ils ont pu rebondir… Le cheptel a progressivement été abaissé à 230 truies aujourd’hui, menées par le couple. La station et les bâtiments trop vétustes ne sont plus utilisés. « Nous avons diversifié notre activité avec des vaches bretonnes pie noir et des petits lots de poulets vendus en direct. » Après toutes ces années difficiles, le couple a retrouvé de la sérénité, même si le changement n’a pas été facile.

Un changement de système, c’est aussi ce qui a permis à Jacky Savin « de rester paysan. » Installé à Parthenay-de-Bretagne (35) en 1991 avec du porc et du lait, il a progressivement migré vers un système plus extensif sur cette 2e production, avec davantage d’herbe, moins de maïs et un mélange céréalier pour nourrir ses animaux. Après avoir calé son système fourrager, il est passé en bio en 2009, livrant à Biolait. En 2014, le naissage en porc a été arrêté. « Quand je me suis installé, il y avait 100 truies naisseur – engraisseur sur l’élevage et un projet de 200 truies…

« Pour nous, la crise a duré 20 ans »

Les premières difficultés sur cette production ont commencé en 1999 et n’ont jamais arrêté, avec des ouvertures de crédit permanentes. Le dernier prêt sur cette production va se terminer en janvier 2019 », précise l’éleveur qui a un associé. « Pour nous, la crise porcine aura duré 20 ans. » Le lait leur permet aujourd’hui de dégager un revenu confortable.
Depuis 1999, Jacky Savin adhère à l’Adage 35 pour travailler sur l’autonomie fourragère et décisionnelle.
Les exploitations bovines en situation fragile peuvent aussi bénéficier d’un accompagnement technico-économique au travers du dispositif Pass’Avenir financé en partie par la Région.

Plus de temps à passer par dossier
En 2017, Solidarité Paysans Bretagne a enregistré une baisse du nombre d’accompagnements de 7% par rapport à 2016. 40 % de l’activité concerne des exploitations laitières. Les nouveaux appels sont en baisse dans tous les départements sauf le Morbihan. « Malgré cela, l’activité des bénévoles est en hausse car ils passent de plus en plus de temps sur les dossiers, confrontés à des gens épuisés qui s’engagent dans le déni », a déclaré Gérard Fiquet, président de la structure. En 2018, Solidarité Paysans Bretagne souhaite porter sa charte de bonnes pratiques sociales pour l’accompagnement des agriculteurs en difficulté. L’objectif est de permettre à la personne de prendre du recul par rapport à ses difficultés pour mieux se projeter.
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