Production d’œufs en France : La demande pousse, l’administration freine

On consomme toujours plus d’œufs en France. Les aviculteurs se sont adaptés à la demande en abandonnant petit à petit l’élevage en cage. Parfois, monter un projet neuf de poulailler s’avère long et difficile.

Des oeufs - Illustration Production d’œufs en France : La demande pousse, l’administration freine
La France produit 15 milliards d’œufs par an. | © Paysan Breton – F. Paranthoën

50 000 €, c’est le montant avancé par un éleveur de poules pondeuses breton pour payer les frais administratifs liés à son projet de création d’un bâtiment supplémentaire. « C’est un dossier de 750 pages, que personne ne lira en entier », ironise-t-il. 66 € la page donc afin de réunir tous les documents de phase amont de dossier, complété au fur et à mesure des demandes de l’administration, dans le but de créer un atelier de 35 000 poules pondeuses. Cet aviculteur, déjà producteur d’œufs qui souhaite rester anonyme, aime son métier et souhaite doubler sa production, en investissant 1,5 million d’euros. « On a tellement peur des recours des associations que l’on blinde son dossier. Mais le temps est très long, des nouveaux protocoles arrivent, je n’ai pas de réponses. Si j’ai de la chance, le projet sera présenté en juin au Coderst. Si je suis optimiste, les premiers coups de pelleteuse seront réalisés en septembre ». Trois ans d’attente depuis le départ de ce projet, « ce qui m’inquiète c’est qu’on a l’impression qu’il n’y a jamais de fin. On me demande même de chiffrer la déconstruction du poulailler au cas où le projet s’arrête dans le futur… C’est compliqué de demander à une entreprise spécialisée de chiffrer la démolition d’un bâtiment qui n’existe pas… ». Épais dossier papier à la main, cet agriculteur a souhaité apporter son témoignage à 7 sénateurs bretons venus visiter la SARL Œuf d’Armor, entreprise de production et de conditionnement d’œufs de Minihy-Tréguier (22). Derrière ce parcours du combattant, paradoxalement, une demande française en œufs qui se tient, avec des GMS qui en sont très friandes.

La France a perdu 4 points d’autosuffisance

L’environnement a pris le dessus

Cette lourdeur administrative qui pèse sur les décisions et sur l’aboutissement des projets fait réagir les sénateurs présents. « Nous avons beaucoup travaillé sur la souveraineté alimentaire au Sénat. Quand on est en Bretagne, il faut la défendre », lance Yves Bleunven, sénateur du Morbihan. « S’il y a bien un exemple de filière qui peut être montré, c’est bien l’œuf. La France est sans doute le meilleur élève. Aussi, quand les médecins déconseillaient leur consommation avant, c’est presque prescrit aujourd’hui sur ordonnance. On ne peut pas voter des lois sans être convaincu, mais aujourd’hui le Code de l’environnement a pris le dessus sur presque tout », déplore l’élu. Hélène Urvoas, jeune agricultrice en phase de concrétisation de projet, recherche « avec difficulté des élevages à reprendre depuis 1 an. J’ai abandonné un premier projet de rénovation car des délais supplémentaires sont tombés, l’aboutissement des travaux était incertain. Je me suis tournée vers un autre site, plus facile à reprendre car demandant peu de rénovation ».

À la recherche de 3 milliards d’œufs

Si la France est le 1er producteur d’œufs en Europe, la Bretagne et plus particulièrement les Côtes-d’Armor sont un poids lourd dans le domaine. Les poules bretonnes pondent 35 % de la production de l’Hexagone ; le département des Côtes-d’Armor abrite à lui seul 17,8 millions d’animaux dans ses poulaillers. « Depuis 3 ans, la consommation des Français a augmenté de 300 millions d’œufs. Nous en consommons 237 par habitant, soit 11 de plus qu’en 2023 », chiffre Yves-Marie Baudet, président du Comité national pour la promotion de l’œuf. La filière amont progresse en termes de volumes. « Mais elle n’arrive pas à coller avec la progression de la demande : en 2025, le pays a perdu 4 points d’autosuffisance, pour descendre à un taux de 95,8 % ». Le code 3 (poules en cage) continue de baisser, mais il représente encore 23 % des achats en France. « D’ici fin 2026, l’élevage en cage aura quasiment disparu. » Quand 77 % des poules sont conduites en élevage alternatif sur notre territoire, « 86 % de la production mondiale reste en cage ». Le président rappelle que « notre modèle reste familial avec des petites structures, qui cochent les cases des demandes sociétales, de l’environnement et du bien-être animal. 15 milliards d’œufs sont fournis par la France chaque année ». Si la consommation passe à 269 unités par habitant et par an, loin derrière les Mexicains qui en mangent 390, il faudra d’ici à 2035 « 18 milliards d’œufs, soit 575 poulaillers de plus, ou 1 million de places supplémentaires par an pendant 10 ans », prévoit le responsable.

Fanch Paranthoën

Une vingtaine de bâtiments en plus en 2025

Opinion – Audrey Desormeaux – Animatrice de la section œufs de l’UGPVB

Sur le périmètre Grand-Ouest, qui couvre la Bretagne, les Pays de la Loire et le sud de la Normandie, nous avons demandé en juin 2025 à nos adhérents de se projeter sur la fin d’année et de nous communiquer le nombre de bâtiments nouveaux. La réponse a été chiffrée à une vingtaine de bâtiments sur l’année. Ce chiffre prend aussi en compte les transferts de la cage vers la production au sol, donc ne nécessitant pas de construction neuve, mais qui mathématiquement conduit en moyenne à 20 % d’animaux par bâtiment en moins. Cette projection conduit à une augmentation de 250 000 poules pondeuses. 2025 était une année dynamique, avec de nombreuses reconversions, 2026 le sera encore plus.


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