Dossier technique

Un système qui obéit au doigt et à l’œil

La ligne de calibrage et de conditionnement de la Scic Douar Den, de Pontivy (56), est désormais équipée d’un trieur optique. L’objectif est de gagner du temps tout en livrant aux producteurs des plants de qualité.

Des pommes deterre et un trieur optique - Illustration Un système qui obéit au doigt et à l’œil
Le trieur est en fonctionnement 
pour cette saison. | © Paysan Breton – F. Paranthoën

Les expéditions de plants biologiques ont démarré depuis novembre dernier, mais le gros du stock patiente encore dans les frigos. Le rush arrive avec avril. Sur son site de Pontivy (56), 2 500 t de plants de pomme de terre sont collectés par Douar Den, triés puis stockés avant leur expédition. Le même tonnage a rejoint la saison dernière le site de la société coopérative d’intérêt collectif de Saint-Nicolas-du-Pélem (22), un bon 1 000 t est conservé chez les producteurs qui disposent de bâtiments. En plus de ces 6 000 t de plants récoltés sur 315 ha, Dour Den propose 10 000 t de pommes de terre biologiques de consommation.

Lors de la récolte de l’année dernière, le site morbihannais a démarré sa saison par la réception des tubercules, qui ont été immédiatement pré-calibrés. Quatre sorties de calibreurs ont rempli des pallox, en séparant les moins de 28 mm, les 28/32 mm, les 32/40 mm, les 40/45 mm et les dessus de plants qui peuvent être directement valorisés en pomme de terre de consommation bio. Après avoir été ventilés pour bien sécher et cicatriser les plants, direction les frigos pour attendre les plantations suivantes.

Pour la reprise de ces plants avant saison, la coopérative disposait d’une « ligne de calibrage, avec une trémie, une table de visite et un calibreur à sauts. Cette ligne éliminait également les pierres et les mottes de terre. Ce triage est une phase longue et pénible, mais pour autant très importante. Suivant les opérateurs sur la ligne, il pouvait y avoir des variations dans le tri », résume Alain André, responsable du service culture et agronomie pour la structure bretonne. C’est pourquoi les équipes techniques se sont rendues aux Pays-Bas au printemps 2025 pour observer le fonctionnement de 2 trieurs optiques, dont un modèle du constructeur néerlandais Tolsma-Grisnich. Après avoir étudié le schéma d’implantation de la ligne avec le concessionnaire Odic, l’installation du modèle Optica Q a été possible en modifiant l’organisation du bâtiment.

Une personne devant une machine
Alain André est responsable du service culture de Douar Den.

La sévérité du tri se commande

Pour préparer les lots à l’expédition, qu’ils soient en sacs de 25 kg, en big-bag ou en vrac, tout commence par une sortie des frigos et un réchauffement des plants pour atteindre les 8 °C. Les pallox sont vidés dans une trémie, un élévateur convoie les pommes de terre vers un déterreur. Si un lot est problématique, un premier tri manuel reste possible. Direction ensuite la brosseuse pour retirer les traces de terre, puis la table à rouleau dont la vitesse s’adapte au calibre avant d’entrer dans le procédé de triage optique. « 3 caméras prennent des photos des plants sous tous les angles, et transmettent ces données à un micro-processeur. En fonction des critères sélectionnés, la pomme de terre sera éliminée ou non. La phase de brossage, en amont, est très importante, elle permet aux caméras de bien voir chaque plant ». Concrètement, 2 rangs de doigts commandés pneumatiquement écartent les éléments à retirer. Le niveau supérieur s’occupe des mottes, pierres et autres déchets, celui du bas des pommes de terre présentant des défauts. Dans l’unité centrale de ce trieur, 2 pages de paramètres peuvent être ajustées : chaque sujet présentant de la gale, des chocs ou des points de pression, du rhizoctone, des fentes, un flétrissement, des parties pourries, coupées, difformes ou avec des attaques de taupin est sorti du circuit de production de plant. Tous ces paramètres peuvent être réglés avec une sévérité plus ou moins grande, en déplaçant le curseur vers 100 % (tri très sévère) ou 0 % (tri très léger). En moyenne, 14 % des plants collectés présentent des défauts ; ils sont écartés par ce trieur.

Un deep-learning pour améliorer le tri

« Le trieur optique est en permanence connecté au siège social du fabricant ; toutes les informations sont ainsi transmises. Grâce à ce deep-learning, on apporte chaque jour des critères, le procédé s’améliore à chaque fois », apprécie Alain André. Cette détection très fine se termine sur la chaîne par l’œil d’un opérateur. « Nous nous devons d’avoir le produit le plus irréprochable possible. Nous nous sommes équipés de ce trieur pour obtenir une homogénéité constante, garante d’une très bonne qualité de plants pour nos clients ». 4 personnes étaient nécessaires auparavant pour trier manuellement les tubercules, le débit oscillait suivant les calibres entre 3 et 4 tonnes par heure. « Désormais, nous produisons 7 à 8 t/h avec un seul opérateur. Poussé à ses capacités maximales, le trieur optique peut monter à 15 t/h », conclut le responsable.

Ce modèle est le premier à être installé en région Bretagne.

Fanch Paranthoën

Pour la France et pour l’Europe

Les plants conditionnés sont livrés sur la France et dans quelques pays européens. « Le marché export est très strict. Nos variétés sont adaptées à la conduite en bio car résistantes à certaines maladies et à la sécheresse », résume Alain André.


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