Ils tentent d’augmenter la durée de pâturage estival et hivernal

 - Illustration Ils tentent d’augmenter la durée de pâturage estival et hivernal
Crédit : Ferlus-INRAE
Sur ses 90 hectares consacrés à l’élevage laitier, l’Inrae teste à Lusignan (86) un système économe, grâce à l’allongement de la durée de pâturage, en été et en hiver, d’espèces fourragères adaptées.

L’unité expérimentale de Lusignan a mis en place un nouveau système bovin laitier avec un parcellaire divisé en trois parties non irriguées, fonction de l’accessibilité au pâturage. Les 21 hectares autour de l’étable (72 vaches), sont en rotation (1, voir ci-dessous) de 7 ans, avec cinq années de prairies multi-espèces comprenant du RGA, du dactyle, de la luzerne, de la fétuque, des trèfles, du plantain et de la chicorée. Au bout de cinq ans, cette prairie est détruite par labour, au mois de mars, pour un semis de betteraves en avril. « Ces 3 hectares de betteraves sont pâturées de novembre à février », indique Guillaume Audebert, responsable du suivi des cultures. Selon la météo de l’année, les betteraves peuvent être pâturées plus tôt.

« En année sèche, elles peuvent être consommées dès la fin août, jusqu’au retour des pluies. Les vaches repassent alors sur les prairies et retournent plus tard sur les betteraves. Si une partie est consommée précocement, nous y semons un méteil début octobre avec une dominante avoine pour un pâturage en janvier (2 tonnes de MS/ha environ) ». En 7e année de rotation, un sorgho fourrager multi-coupes est implanté pour un pâturage d’été. Il est associé à du millet et à des trèfles vésiculé et d’Alexandrie. « Nous allons, dès 2020, inclure des navets dans le mélange car ils résistent bien à la sécheresse et ont une bonne valeur alimentaire. En association, ils sont mieux protégés des attaques d’insectes ». Cette culture produit jusqu’à 4 à 5 tonnes de MS, consommées en période estivale quand les prairies sont à l’arrêt. Ces cultures ne bénéficient d’aucune fertilisation (seulement les restitutions des années précédentes, au champ).

Sorgho-légumineuse

Dans la deuxième partie du parcellaire (21 ha), plus éloignée mais pâturable, la rotation (2, voir ci-dessus) est également de 7 ans. Aux cinq années de prairies temporaires multi-espèces, succèdent un sorgho mono-coupe en première année puis un méteil. Le sorgho pur produit de 5 à 10 t de MS/ha (avec ou sans herbicide). Associé à une légumineuse et ensilé, il produit de 4 à 6 t de MS/ha. Le méteil, un mélange de triticale, d’avoine, de pois, de vesce est associé à un trèfle violet et semé en direct après le sorgho. « La fauche du méteil (5 tonnes de MS) fait de la place au trèfle violet lui aussi fauché plus tardivement avant l’implantation de la prairie temporaire qui restera cinq ans en place ».

Blé-trèfle violet

Les 48 hectares restants, divisés en 8 îlots de 6 hectares, ne sont pas pâturés. La rotation (3, ci-dessus) comprend une luzernière qui reste en place pendant 4 ans. La luzerne est associée à des graminées et à d’autres légumineuses. Après labour, un maïs est implanté (ensilage ou grain au rendement aléatoire, fonction de la pluviométrie) puis un blé, associé à du trèfle violet. Ce blé, conduit quasiment sans intrants, produit 50 q/ha en moyenne. « Après moisson, le trèfle survit même si le sol est sec. S’il est humide, on peut espérer une fauche d’une ou deux tonnes de MS avant l’implantation d’un RGI semé en direct, en couvert végétal (ensilé au printemps). Nous sèmerons sans doute une avoine à l’avenir, car plus facile à détruire et moins asséchante que le ray-grass pour ne pas pénaliser le sorgho suivant ». Un méteil complète la rotation de 8 ans.

16 mois de lactation

« Nous avons débuté le croisement trois voies en 2013 sur notre troupeau de 72 vaches », indique Sandra Novak, ingénieure de recherche à l’Inra. « La Holstein a été conservée pour sa faculté de production. La Jersiaise, pour ses taux, sa rusticité et sa meilleure résistance aux fortes chaleurs. Son gabarit est idéal pour le pâturage. La Rouge Suédoise pour ses facultés de reproduction. Nous avons volontairement accéléré le renouvellement ces dernières années pour avoir un troupeau croisé le plus rapidement possible. Des trois voies sont déjà en production actuellement. Nous avons instauré deux périodes de vêlage : une partie est tarie en été, l’autre en hiver, les saisons les moins favorables au pâturage. La durée des lactations est de 16 mois (IVV de 18 mois). L’objectif est un minimum de 3 lactations, soit 4,5 années de production. Les génisses vêlent à deux ans ».

Essais de sorgho avec des légumineuses

Le site de Lusignan couvre au total 250 hectares dont 90 pour les laitières, 30 pour les chèvres, 25 en prairies temporaires (essais) et 100 en micro-parcelles expérimentales. Sur ces dernières, divers essais de mélanges céréales-légumineuses sont effectués. En 2019, le sorgho a été semé en duo avec du lablab, du cowpea, de la vesce, du soja, du haricot ou divers pois. A noter que le sorgho pur pâturé représente 417 € de charges opérationnelles (travail du sol, semis, désherbage, semence, main d’œuvre), auxquelles il faut ajouter le coût de la semence de la légumineuse. Après labour, un passage de rouleau et deux de vibroculteurs ont été réalisés avant le semis au 22 mai 2019. Le semis des 2 espèces s’effectuait sur le même rang, au même moment. 50 unités d’azote ont été apportées fin juin.

La récolte a eu lieu le 2 octobre. La levée du sorgho et des légumineuses est hétérogène. Seule la vesce velue et le soja se sont bien développés. Les pois ont bien couvert le sol mais ont séché ; leur cycle ne correspond pas à celui du sorgho. Le lablab, le cowpea et les haricots sont peu présents. « Le lablab n’a pas développé de nodosités. De fait, il concurrence la céréale sur l’azote ce qui est contraire à l’effet recherché. Au final, les rendements sont deux fois moindres que ceux escomptés en bio dans la région ». Cet échec est lié à la météo fraîche puis sèche mais également à l’absence de désherbage mécanique ou chimique dans une parcelle avec un stock semencier important. Pour l’avenir, la vesce et le soja semblent intéressants à associer au sorgho, avec un binage des adventices dans l’inter-rang.


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