Côtes d'ArmorÉlevage

À la conquête de l’herbe

Les associés du Gaec de la Ville Volette poursuivent leurs efforts pour valoriser les prairies. Ils viennent de se lancer dans l’affouragement en vert et le pâturage dynamique.

A quelques kilomètres de la mer à vol d’oiseau, le Gaec de la Ville Volette à Yffiniac est coincé entre la ligne de chemin de fer Brest – Paris et la voie express RN 12. « On finit par s’habituer aux contraintes de cette zone urbanisée et urbanisable proche de Saint-Brieuc », relativise Denis Guernion, l’un des quatre associés. « Tous les ans, nous perdons un peu de surface, et on en perdra encore. Mais pour l’instant, nous avons toujours réussi à compenser. » L’exploitation est ainsi fragmentée en plusieurs sites sur la commune et seuls 25 ha sont accessibles au pâturage autour du siège. Cependant, la dimension du troupeau – 150 laitières – n’a pas pour autant poussé les associés à tourner le dos à l’herbe. Bien au contraire.

Signature d’une Maec

La signature d’une Maec SPE 28-55 (moins de 28 % de maïs dans la SFP, plus de 55 % d’herbe dans la SAU) a même renforcé son importance dans l’assolement. « Comme nos terres ont un faible potentiel de rendement en maïs, notre structure s’appuyait déjà sur beaucoup d’ensilage d’herbe. Pour être dans les clous de l’engagement, nous avons semé 15 ha de prairie supplémentaires et investi, l’année dernière, dans une faucheuse frontale et une autochargeuse pour faire de l’affouragement en vert. C’est une astreinte de plus, une heure par jour, mais à quatre associés et pour des terres éloignées de 5 km maximum, cela se passe bien. »

Ces nouvelles surfaces de fauche ont été implantées en ray-grass hybride – trèfle violet, mais l’essai n’est pas assez concluant. « Longtemps, nous semions des mélanges multi-espèces contenant majoritairement du ray-grass et du trèfle, mais nous trouvions que cela manquait de fibres. C’est pourquoi nous avons testé ce RGH-TV qui a tendance à partir trop vite en épi : aux derniers passages de fauche, le fourrage est trop avancé. Maintenant, nous allons revenir à du RGA pour gagner en valeur avec un peu de RGH pour le côté fibreux. Mais ce que l’on sème n’est pas toujours ce qui lève… »

Première saison en pâturage dynamique

Aujourd’hui, sur les 233 ha de SAU, 132 ha sont implantés en prairie contre 60 ha en cultures de vente (céréales) et 40 ha en maïs. L’hiver dernier, le système de pâturage a été revu de fond en comble. « Nous avons abandonné les parcelles de 3 ha dimensionnées pour 4 ou 5 jours avec fil avant pour se lancer dans le pâturage dynamique s’appuyant sur des paddocks de 70 ares », explique le producteur de lait. « En début de saison, un petit paddock correspondait ainsi à un jour de pâturage du troupeau. Quand la pousse diminuait, nous divisions le paddock en deux et nous complémentions avec du foin. »

Des chemins d’accès ont été créés pour desservir le nouvel ensemble et le réseau d’eau a été revu « pour mettre de l’eau partout ». Les génisses sont conduites sur un autre site et nourries exclusivement à l’herbe. « Au pâturage quand les prairies produisent, à l’enrubannage ou l’ensilage d’herbe et au foin le reste du temps. » Les surfaces en maïs, quant à elles, sont récoltées en ensilage (pour les périodes de manque d’herbe, silo fermé généralement de fin mars à mi-juillet) et en maïs épi (distribué quasiment toute l’année).

« La culture de l’herbe, ce n’est pas toujours facile et ce n’est pas moins de boulot. Toutes les semaines, il faut modifier le programme en fonction de la météo et de l’avancée du stade végétatif », avoue Denis Guernion. Mais ces efforts paient : « Grâce au système dynamique, nous avons mieux valorisé les paddocks, le pâturage est plus homogène sur l’ensemble de la surface. Avant, les fonds de parcelles 4 – 5 jours étaient moins bien rasés. Tous les ans, nous avons trop de maïs et les 40 ha sont avant tout une sécurité. Mais en 2018, vu les stocks de maïs qu’il reste, le rendement des prairies a probablement été amélioré. »

Sur la campagne laitière 2017 – 2018, le coût alimentaire était de 63 € / 1 000 L. « Il est en diminution car l’herbe prend de plus en plus de place et nous poussons moins les vaches. » Sur la période, pour un prix du lait moyen payé de 335 € / 1 000 L, l’EBE s’élevait à 241 € / 1 000 L.

Tour d’herbe et ateliers 'prairies'
A l’heure d’implanter les prairies, Patrice Pierre, de l’Institut de l’élevage fera le point sur « les leviers pour assurer leur pérennité ». Jean-Marc Roussel de la FDCuma présentera des matériels pour bien réussir ses semis : semoi combiné, semoir « easy drill », rouleau grande largeur, ramasseuse à cailloux… Départ pour des tours d’herbe en groupe, avec le Gab 22 et le Cédapa, à 14 h, 14 h 15 et 14 h 30. Denis Guernion, Marie-Laure, Michel et Pascal Rault témoigneront, eux, sur leur parcours, l’évolution de leur système et la réflexion sur la bio…

Alors que le second plan de lutte (2017 – 2021) contre les algues vertes en baie de Saint-Brieuc est lancé et que l’exploitation prend une direction de plus en plus herbagère, les associés ont réfléchi à la conversion en bio. « Ce n’est pas la surface qui nous bloque. Les résultats des simulations technico-économiques sont plutôt positifs. Mais la partie cultures de vente nous inquiète : quelles productions choisir et comment les conduire pour que les terres restent propres ? » Le projet doit encore mûrir.

En pratique : Jeudi 6 septembre, dès 14 h, la Ville Volette à Yffiniac. Contact : Cédapa au 02 96 74 75 50.

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