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Quand associations et éleveurs partagent des idées

Les attentes des associations de défense des animaux et des éleveurs peuvent parfois se rejoindre. En filière bovine, c’est le cas au sujet des accords bilatéraux et de l’étourdissement avant abattage.

« Toutes ces intrusions dans les élevages, ces mises en cause sur les réseaux sociaux, ces discussions tendues lors de repas entre amis ou dans les réunions de famille… On le ressent comme une agression. Le bien-être animal, c’est pourtant le sens même de notre métier pour avoir un cheptel bien portant. Quand nous investissons dans des bâtiments, c’est aussi pour le bien-être animal. Et la réglementation nous impose déjà beaucoup de normes dans ce sens », a déclaré Sylvain Rousselet, éleveur en Mayenne et élu à la Chambre d’agriculture.

Le 28 juin à Vaiges (53), une journée était organisée par le syndicat Charolais de la Mayenne, Seenovia (entreprise de conseil en élevage) et la Chambre d’agriculture, sur le thème « Viande bovine : associer économie et attentes sociétales », en présence de Françoise Burgaud, responsable du pôle Études et bien-être animal à l’association Welfarm qui travaille pour une meilleure prise en compte des besoins des animaux dans les pratiques d’élevage. « La filière bovine repose sur des pratiques qui, pour certaines, sont très favorables au bien-être des animaux, notamment l’accès au pâturage pour la très grande majorité des cheptels », reconnaît-elle. « 60 % des Français jugent prioritaire d’offrir à tous les animaux d’élevage un accès au plein air », selon un sondage Ifop – Ifip (projet Accept).

Pouvoir prendre en charge la douleur facilement

Mais d’un autre côté, elle met en exergue des « points de vigilance », en particulier sur l’engraissement des animaux en bâtiment et concernant la prise en charge de la douleur lors de l’écornage. « Il ne s’agit pas de dire que les éleveurs font mal leur travail, mais plutôt de prendre en compte des données scientifiques nouvelles sur la sensibilité des animaux. On sait maintenant que l’écornage est extrêmement douloureux. Il faut que les éleveurs puissent avoir accès aux produits médicamenteux pour mieux le gérer. »

Autre voie de progrès aux yeux de Françoise Burgaud, « il faudrait que la filière trouve une valorisation des mâles pour éviter qu’ils ne partent à l’export. Et les systèmes naisseur – engraisseur doivent être privilégiés. » À noter que ces derniers déclinent dans les Pays de la Loire où l’engraissement est traditionnellement bien présent. « Nous allons vers des systèmes naisseurs », précise Philippe Tessereau, directeur d’Interbev Pays de la Loire.

Face à ces attentes, un éleveur s’exprime sur l’injustice des accords de libre-échange qui vont faire entrer en Europe des quantités de viande issue de troupeaux loin du bien-être animal tel qu’on le conçoit en Europe. « Leurs conditions de production ne sont pas similaires aux nôtres. » Sur ce sujet, Welfarm est d’accord avec les éleveurs. « Nous travaillons sur ces questions. Nous souhaitons que les normes qui s’appliquent en France le soient ailleurs aussi. Des exigences minimum doivent être imposées aux importations. »

Demande d’un étourdissement systématique

Agriculteurs et associations se rejoignent aussi sur un autre point : le renforcement de la protection des animaux en abattoirs, notamment l’étourdissement systématique. « Il ne doit pas y avoir de dérogation. Nous échangeons sur ce sujet avec des représentants des professionnels. » Pour Philippe Tessereau, c’est « aux pouvoirs publics de prendre des dispositions. Mais il faut noter que ces marchés sont conséquents : l’abattage rituel représente aujourd’hui 25 % des volumes. » Françoise Burgaud souligne que des progrès ont été faits dans les abattoirs. « Mais cela reste des métiers difficiles et la formation doit être renforcée. »

Welfarm fait partie des quatre associations avec lesquelles la Commission « Enjeux sociétaux » d’Interbev dialogue. La structure ne se positionne pas sur la consommation de viande. « Vous avez un rôle à jouer pour sensibiliser les consommateurs sur notre métier d’éleveur », lance un producteur. À l’avenir, des convergences pour une communication positive pourraient-elles être trouvées entre les deux parties ?

Prendre la parole
« Si nous voulons maintenir de l’élevage demain, nous devons prendre la parole. Nous sommes tous responsables de notre communication », déclare Philippe Tessereau, directeur d’Interbev Pays de la Loire. « Nous n’avons rien à cacher, nous devons être transparents. » Les éleveurs peuvent souligner qu’en France, le nombre moyen de vaches par élevage est de 60, soit 100 animaux en moyenne, que 90 % des aliments du troupeau sont produits sur l’exploitation. Sur le point souvent contesté des émissions de méthane par les bovins, « rappelons que les prairies et les haies stockent du carbone et favorisent la biodiversité… L’élevage propose un cycle vertueux. »

Construire nos systèmes pour un marché

Progresser encore ? Les éleveurs sont prêts. Il nous faut vraiment être à l’écoute des consommateurs. Nous devons désormais construire nos systèmes de production pour un marché, en passant par de la certification éventuellement. Mais on doit retrouver ces évolutions dans le prix de vente. Pourquoi ne pas proposer du taurillon à l’herbe demain, mais il doit y avoir de la valorisation derrière. Il faut aussi que les consommateurs puissent disposer d’un étiquetage d’origine. En restauration hors domicile, ils doivent pouvoir choisir entre un steak français ou provenant d’un autre pays… Sylvain Rousselet, éleveur en Mayenne et élu à la Chambre d’agriculture

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