Des échanges constructifs avec des welfaristes

Les freins présentés par les éleveurs sur le pâturage des chèvres ont été décisifs sur la façon de penser des ONG, selon leurs dires. - Illustration Des échanges constructifs avec des welfaristes
Les freins présentés par les éleveurs sur le pâturage des chèvres ont été décisifs sur la façon de penser des ONG, selon leurs dires.
L’Anicap fait part de son expérience de concertation après avoir été interpellée sur le pâturage, pas assez développé dans la filière selon les ONG welfaristes.

Aucune filière n’est exempte de critiques. Pas même la filière caprine interpellée par l’association Welfarm au printemps 2017 constatant que 60 % des chèvres laitières ne pâturent pas. Un fait en contradiction avec la vision idéalisée des Français sur le mode d’élevage de ces petits ruminants. « Suite à cette attaque, l’interprofession Anicap a décidé de répondre : être dans l’action plutôt que dans la réaction », explique Maryline Le Pape, directrice de l’organisation.

Garder la main sur des évolutions à venir

Deux ans plus tard, le processus de concertation qui s’est déroulé à huis clos avec des ONG welfaristes, qui ne remettent pas en cause l’élevage, est bien avancé et a été révélé aux techniciens caprins de France, rassemblés à l’initiative de l’Institut de l’élevage à Erdeven (56), les 4 et 5 avril.

« À ce jour, rien n’est défini. La discussion continue. Mais il est important que nous avancions dans les pratiques et les conseils. Et que nous gardions la main sur les évolutions possibles. Sinon, les ONG nous le feront savoir et passeront par d’autres biais : les distributeurs, les transformateurs… et les décisions nous seront imposées », cadre Franck Moreau, administrateur Fnec (Fédération nationale des éleveurs de chèvres) et Anicap. Alors, pour éviter d’en arriver là, les éleveurs et transformateurs de la filière ont invité trois ONG autour de la table, à l’aide d’un tiers de confiance en la personne de Aurélia Warin, ethnologue au bureau Bankiva.

Les éleveurs ont convaincu

« Si nous avons dans un premier temps fait intervenir de nombreux experts, présenté des publications techniques et scientifiques pour partager les connaissances, ce sont les visites d’élevage qui ont fait basculer les ONG dans leur vision du problème », explique-t-elle. La confrontation des représentants de ces ONG avec des éleveurs présentant leurs systèmes pâturant, non pâturant ou expliquant pourquoi ils avaient arrêté le pâturage a été décisive.

Si les ONG ont beaucoup insisté sur la liberté comportementale, une des cinq libertés dans la définition du bien-être animal, ils en sont venus au fait que, « toutes conditions égales par ailleurs, la réponse pouvait être apportée aussi bien en extérieur (où le pâturage est la base du système fourrager) qu’en bâtiment, mais que cette liberté était néanmoins facilitée avec un accès à l’extérieur, avec une aire d’exercice par exemple ». Sans référence technique, les modalités de cette aire d’exercice ne seront définies qu’après des études supplémentaires. Et en accès extérieur, ils ont insisté sur la vigilance accrue pour le maintien des autres conditions nécessaire au bien-être des chèvres (risque de blessures, gestion du parasitisme…) et émis l’idée qu’ils ne souhaitent pas non plus des animaux n’ayant pas accès aux bâtiments. Ce premier sujet autour du pâturage a donné lieu à d’autres questions, notamment sur le fait que tous les élevages n’ont pas d’accès à l’extérieur pour les animaux.

Du pâturage aux conseils en bâtiment

Le travail se poursuit donc autour des bâtiments d’élevage. Il devrait aboutir sur des résultats concrets, guide ou autre, de préconisations d’aménagement d’un accès à l’extérieur des futures chèvreries pour améliorer le bien-être des animaux. « Il a néanmoins fallu argumenter pour faire accepter la notion finale de préconisation au lieu d’obligation », ajoute Aurélia Warin, c’était un fait nouveau pour les ONG. D’autres concertations en cours concernent les filières de bovin lait et porc, mais sont encore à huis clos. 

Pas d’obligation à pâturer

Nous, éleveurs, avons précisé dès le départ aux ONG les lignes à ne pas franchir. On leur a mentionné qu’il n’y avait pas de sujet tabou dans la filière, mais que nous nous ne sommes pas non plus déconnectés du bien-être animal, on travaille bien dans nos élevages. Aussi, nous voulions leur montrer que la filière est moteur sur le thème incriminé, à savoir le pâturage. Et que nous voulions sur cette problématique guider les éleveurs dans une démarche d’amélioration, de préconisation, pas d’obligation. C’était notre prérequis. Franck Moreau, administrateur Fnec

Du dialogue sans pression

La concertation est un processus d’échange, de dialogue. « C’est une obligation de moyen », insiste Aurélia Warin, ethnologue. « Il n’y a aucune obligation de résultat : on ne peut obliger un membre à changer d’avis ou à prendre une décision ». La démarche s’appuie sur diverses étapes : le partage de connaissances, l’identification des leviers et des freins à la problématique posée, dans le but d’un éventuel consensus, si les avis des uns et des autres se regroupent. Le terme de concertation est souvent mal utilisé. Il est à dissocier de la consultation (recueil des avis puis décision) ou de la négociation (recherche d’un compromis).


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