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Se méfier des pathologies liées à l’herbe jeune

Formateur en pâturage tournant dynamique et en santé des bovins à l’herbe s’intéressant notamment à la phytothérapie, le vétérinaire Sébastien Knockaert revient sur l’entérotoxémie et le météorisme, deux pathologies graves.

La mise à l’herbe, souvent tardive en France, ne se fait pas toujours dans les conditions idéales. Ça pousse, vite et fort. Il faut sortir. Sans prendre le temps de faire une transition alimentaire correcte. Or le pâturage, peut, si l’on n’est pas vigilant sur la prévention, engendrer des pathologies aiguës et souvent mortelles comme le météorisme spumeux et l’entérotoxémie. Leurs conditions d’apparition sont à peu près similaires : une herbe riche en protéines au printemps et à l’automne, des variations de température qui peuvent être importantes entre le jour et la nuit (gelées, rosées), des légumineuses abondantes lorsque l’herbe est bien gérée et des animaux friands d’une herbe succulente.

Les dangers de l’excès de protéines

C’est surtout la présence importante des protéines dans l’herbe jeune, et particulièrement dans les légumineuses qui peut favoriser les deux pathologies. Pour le météorisme, les protéines se déroulent dans le rumen, et avec l’action conjointe des saponines (molécules présentes naturellement dans certains végétaux qui, en solution aqueuse, génèrent de la mousse par simple agitation), forment des bulles qui s’accumulent et font gonfler le rumen jusqu’à l’étouffement par blocage du diaphragme. Pour l’entérotoxémie, les coupables sont à peu près les mêmes mais c’est au niveau de l’intestin que ces protéines vont perturber la flore. L’excès de protéines arrivant dans l’intestin va permettre aux clostridies, normalement en petit nombre dans la lumière intestinale, de proliférer à grande vitesse. Ces bactéries vont produire des toxines qui passent ensuite dans la circulation sanguine et se dispersent dans l’organisme : ce phénomène s’appelle la toxémie. La mort de l’animal survient entre 30 minutes et 2 heures après le début de la prolifération des clostridies dans l’intestin, la plupart du temps sans signes précurseurs.

Changer de paddock plus tard en matinée

Face à ces risques, lorsque la pousse de l’herbe est à son maximum au printemps (mais aussi lors de repousse d’automne), la subdivision du paddock (12 heures de présence plutôt que 24 heures) est un bon moyen de prévention. Surtout, la surveillance de la flore reste indispensable ! Une prairie à plus de 50 % de trèfle, ce qui arrive vite avec une gestion du pâturage optimisée, est plus à risque qu’une prairie ray-grass-fétuque en pâturage classique.
Lors de gelées matinales, ou de rosées, mieux vaut changer les animaux de paddock un peu plus tard dans la matinée, une fois que les toiles d’araignée ne sont plus visibles, comme le conseillaient les anciens. La prise de sel (sodium) dont les animaux ont d’ailleurs besoin toute l’année favorise également la salivation, très importante par son effet tampon dans la prévention de ces pathologies.

Argile, charbon actif, huiles essentielles…

Outre la vaccination (voir encadré), les autres moyens de prévention sont ensuite à adapter ou adopter en fonction de la conduite du cheptel. Avec une complémentation à l’auge, on peut distribuer de l’argile, du charbon actif, de l’huile végétale, des huiles essentielles, des tannins, du lithotamne, des levures ou encore de la fibre. Si le troupeau laitier est 100 % à l’herbe, des bacs sur le chemin des paddocks peuvent être disposés avec les produits de prévention cités, en libre-service pour les vaches. En élevage allaitant ou ovin ou pour un groupe de génisses en système de pâturage couloir, on peut disposer des seaux, bacs ou culbutos, avec du sel, de l’argile, de l’huile de foie de morue, complétés avec des huiles essentielles digestives.

Mais l’idéal, en système tout herbe, est l’apport des moyens de prévention via le système d’eau. Il faut s’équiper d’une pompe doseuse et bien vérifier avec le fournisseur qu’elle soit compatible avec les produits de prévention.
Lors de ces périodes de forte pousse, il est donc essentiel de rester très vigilant. Si des cas se sont déjà présentés dans le cheptel ou si la situation semble à risque (flore, températures), il est fortement recommandé de mettre en place la prévention. Comme dit l’adage, mieux vaut prévenir que guérir.

Vacciner contre l’entérotoxémie
Pour l’entérotoxémie, la vaccination est fortement recommandée sur les troupeaux à risque. Elle doit être effectuée avant la mise à l’herbe, avec un rappel annuel, pour protéger les mères et les jeunes via le transfert colostral. Une injection de rappel sera souvent nécessaire pour les jeunes, le protocole précis de vaccination étant à discuter avec votre vétérinaire.

Sébastien Knockaert/PâtureSens.

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