Élevage

Les tiques, spécialistes du transport de pathogènes

La dangerosité des tiques vient de leur capacité à s’infester puis à transmettre les agents responsables de différentes maladies.
Dr CAROLINE ERLEM, GTV Bretagne
Dr CAROLINE ERLEM, GTV Bretagne

« Le pouvoir pathogène direct des tiques est relativement faible », raconte Caroline Erlem. En effet, l’action spoliatrice sanguine nécessite de très fortes infestations pour provoquer une réelle anémie, ce qui n’est pas rencontré sous nos latitudes (des cas sont parfois observés sous climat tropical). On peut par contre retrouver des réactions inflammatoires au point de morsure ou encore des paralysies à tiques suite à l’administration via la salive d’une toxine, mais là ne réside pas la plus grande pathogénicité des tiques.

« En effet, c’est par son pouvoir pathogène indirect que la tique est dangereuse : à savoir la transmission de maladies vectorielles », précise le vétérinaire. Rappel : une maladie vectorielle est causée par un agent parasite véhiculé et inoculé ou déposé par un vecteur vivant (tiques, mouches, moustiques…). « Ce vecteur est un organisme qui ne provoque pas lui-même la pathologie mais qui est nécessaire à la dispersion de l’infection en transportant les agents pathogènes d’un hôte à l’autre. »

Ponte d’œufs contaminés

La tique doit donc d’abord s’infester sur un hôte pour devenir vectrice. Deux voies sont ainsi possibles :

  • Une larve ou une nymphe récupère un agent pathogène (comme Babesia divergens) sur un hôte avant de le transmettre à un autre lors du repas suivant.
  • Une femelle infestée pond des œufs contaminés qui seront, lors de leur développement, le vecteur de la maladie (Anaplasma phagocytophilum, mais aussi Babesia divergens).
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Les tiques peuvent transmettre tout un tas d’agents pathogènes, à condition que ces derniers soient présents dans la zone géographique en question. Les agents pathogènes transmis sont ainsi de trois types :

  • Les virus (Louping Ill dans les îles britanniques principalement sur le mouton),
  • Les bactéries (Coxiella, Borrelia, Anaplasma…),
  • Les protozoaires (Babesia, Theileria).

Le climat breton plaît à Ixodes ricinus

Dans l’ouest de la France, quatre maladies à tiques vont nous intéresser plus précisément : la fièvre Q, la maladie de Lyme, l’ehrlichiose et la piroplasmose. À l’avenir, il est d’ailleurs possible que leur prévalence augmente car l’aire de répartition des tiques est en train d’évoluer en lien direct avec le réchauffement climatique : leur distribution augmente vers le nord de l’Europe alors que des prédictions annoncent demain une diminution de leur répartition dans le Sud (plus sec).

En effet, même si les tiques sont des parasites, elles passent plus de 90 % de leur vie dans le milieu extérieur et sont donc par conséquent impactées par le climat. « Rappelons que la durée de développement de la tique dépend directement de la température ambiante, avec un optimum autour de 22 °C. Les hivers plus doux sont donc favorables à la fois à la survie de cet acarien, mais aussi à son développement. »

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De même, une humidité supérieure à 85 % est optimale pour le développement d’Ixodes ricinus, conditions que l’on retrouve notamment en Bretagne. En plus de l’élargissement de l’aire de répartition, la période d’activité annuelle, classiquement au printemps et à l’automne, est en train de se modifier en lien avec le radoucissement. Notons que d’autres facteurs concernés aussi par le changement climatique, mal maîtrisés, ont forcément un impact sur les tiques et les maladies vectorielles « comme la distribution des hôtes ou encore les mouvements et comportements de la population humaine » (tourisme par exemple).  Si le risque est plus présent aujourd’hui pour les bovins dans des secteurs épargnés jusqu’alors, il en est de même pour la santé humaine. Enfin ce raisonnement est valable pour d’autres vecteurs de maladies comme les moustiques et apparentés.

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