Élevage

Parasitisme : la grande douve grignote le foie

Utilisant un mollusque comme hôte intermédiaire, la larve évoluée de Fasciola hepatica a pour objectif d’être ingérée par le bovin pour coloniser ses canaux biliaires.
Dr Olivier Levrard, GTV Bretagne
Dr Olivier Levrard, GTV Bretagne

Fasciola hepatica ou grande douve est un trématode, ver plat non segmenté, en forme de feuille mesurant 3 cm de long. C’est un parasite du foie des bovins pâturant en zone humide. Comme l’ensemble des trématodes, son cycle est hétroxène, composé de deux hôtes. Un mollusque (la limnée tronquée) comme hôte intermédiaire, et un mammifère comme hôte définitif (le bovin, l’ovin et plus rarement le cheval, mais aussi des ruminants sauvages et du ragondin). Dr Olivier Levrard précise : « La fasciolose, parasitose à Fasciola hepatica, est nommée “grande douve du foie” par opposition à la “petite douve du foie” ou dicrocoeliose d’importance moindre en Bretagne, quand bien même sa prévalence semble augmenter en France. »

Température douce et humidité

Les œufs sont excrétés dans les bouses des hôtes définitifs (bovins par exemple). Cet œuf est résistant dans le milieu extérieur, notamment l’hiver. Il évoluera pour finir par éclore et libérer une larve (le miracidium) quand les conditions seront favorables, c’est-à-dire un environnement saturé en humidité, oxygéné et à une température supérieure 10 °C (optimum à 22 °C).

« Ce miracidium va ensuite nager pour trouver une limnée tronquée, petit mollusque des milieux humides, pour lequel il a une attirance chimiotactique et dans lequel il pénétrera par le tégument. Si cette larve ne trouve pas d’hôte intermédiaire dans les deux jours, elle meurt. » Dans la limnée, plusieurs métamorphoses et multiplications aboutissent, au bout de deux mois, à l’excrétion de nombreuses cercaires (autre stade larvaire). Ces dernières ont deux heures de survie en milieu extérieur pour nager puis s’enkyster sur un végétal pour une transformation en métacercaires, formes infestantes de l’hôte définitif qui se contamine par ingestion. « Cette forme enkystée peut survivre 6 mois. »

L’ingestion des métacercaires au pâturage conduit à la transformation dans le tube digestif de jeunes douves qui vont traverser la paroi intestinale, se retrouver dans la cavité péritonéale puis être attirées par le foie (chimiotactisme pour la capsule de Glisson). « Ces douves immatures migrent dans le parenchyme hépatique pour atteindre les canaux biliaires, provoquant au passage des lésions hépatiques plus ou moins importantes. C’est dans ces canaux qu’elles atteignent leur maturité sexuelle pour ensuite se reproduire et pondre. » Cette phase entre ingestion et ponte dure environ deux mois et demi. (Attention donc pour le diagnostic par coproscopie).

Conséquences économiques

Les symptômes de la maladie sont liés directement aux spoliations des nutriments mais aussi du sang et des tissus de l’hôte par les parasites. « Les graves lésions peuvent conduire à l’insuffisance hépatique et provoquent des troubles intestinaux et hépatiques. Malgré le dysfonctionnement du foie, la clinique devient rare, les symptômes frustres et donc les conséquences sont surtout économiques par des dépréciations zootechniques », explique le vétérinaire.

Le paramphistome, un cousin dans le rumen
DR VIRGINIE GUEZ, GTV Bretagne
DR VIRGINIE GUEZ, GTV Bretagne

Le paramphistome est un petit trématode (Caliphoron daubneyi) conique de moins d’un cm de longueur dont les adultes vivent fixés entre les papilles ruminales. La paramphistomose est également appelée « Douve du rumen » ou « douve du chevreuil ». « Son cycle est très proche de celui de la grande douve, avec notamment le passage obligatoire par un hôte intermédiaire, la limnée tronquée également », détaille Dr Virginie Guez. « Par contre, le cycle étant un peu moins rapide, la maturation des métacercaires étant plus longue, les infestations auront lieu plus tard en saison que la douve, à savoir en fin d’automne. » Les adultes forment alors des colonies de dizaines à plusieurs milliers d’individus retrouvés notamment autour des piliers du rumen, perturbant sa motricité. « D’où la météorisation. »

Le vétérinaire estime que son importance est encore trop souvent sous-évaluée, « cette pathologie semblant en constante augmentation depuis les années 90 ». Les formes chroniques sont les plus fréquentes avec un amaigrissement, des épisodes de diarrhée et possiblement de la météorisation. Les épisodes aigus sont dus à la migration des formes immatures de la muqueuse du duodénum (début de l’intestin grêle) vers le rumen, « provoquant de la diarrhée souvent noirâtre et pouvant aboutir à la mort de l’animal ». Les adultes ayant une ponte beaucoup plus importante que la douve du foie, la coproscopie est un exa-men adapté lors de suspicions de paramphistomose. « Notons que l’autopsie est aussi un bon outil puis-que les adultes sont directement visibles sur la muqueuse ruminale. »

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