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Alternatives aux antibiotiques

À la recherche de la protéine idéale

Limiter l’apport de protéines lors d’une phase de perturbation intestinale importante, mais en sélectionnant des protéines digestibles dans l’aliment 1er âge, permet de limiter les risques de diarrhées et de mortalité liés au sevrage.

Si la valeur de protéines brutes est un critère de différenciation de l’aliment, il est dorénavant important d’affiner cette donnée. Il vaut parfois mieux apporter moins de protéines mais des protéines dont le taux d’acides aminés absorbés par l’organisme sera plus intéressant… En effet, les protéines non absorbées lors de leur passage dans le tube digestif, jusqu’à l’iléon, servent de substrat permettant à une flore indésirable de se développer, comme les colibacilles, favorisant l’altération des muqueuses intestinales et l’apparition  des diarrhées.

Aussi, le choix de protéines sécurisées ou acides aminés digestibles est un des axes de travail mis en place par le groupe CCPA, firme-service basée à Janzé (35), pour aller vers la démédication de l’aliment des porcelets depuis 2009. Leur gamme d’aliments blancs et sécurisés Ax’Ecla s’est étoffée en 2014. « Si les conditions d’élevage le permettent, on peut se passer d’aliment médicamenteux en aliment 1er âge », rappelle Vincent Bégos, chef produit des aliments porcelet 1er âge, à CCPA. Mais pour cela, la transition doit être facilitée pour le porcelet. La consommation étant faible, un apport concentré en nutriments, en énergie et en acides aminés est vital.

 La transition alimentaire doit être facilitée pour le porcelet par un aliment riche en protéines digestibles et distribué avant le sevrage
Pour se passer de médicaments autour du sevrage, la transition alimentaire doit être facilitée pour le porcelet par un aliment riche en protéines digestibles et distribué avant le sevrage.

Diversifier les sources de protéines

La distribution d’aliment porcelet le plus digestible possible doit également être démarrée avant le sevrage pour habituer l’animal à cette diversification de nourriture en fin de phase lactée. Et ceci, pour contrer, lors de cette période d’adaptation alimentaire, des phénomènes d’anorexie qui perturbent la flore et le fonctionnement de l’intestin, avec pour conséquence une moindre absorption des nutriments et par la suite un animal plus faible et une moindre croissance.

Vincent Bégos, ingénieur Nutrition porcine, CCPA
Vincent Bégos,
ingénieur Nutrition porcine, CCPA.

L’apport des acides aminés indispensables au porcelet est réalisé sous forme d’additifs mais surtout à 60 – 80 % par des sources végétales. C’est sur ce choix de matières premières digestibles que repose l’enjeu de la formulation de l’aliment : protéine de pomme de terre, concentré protéique de soja ou de pois, gluten de blé ou de maïs… L’apport de prébiotiques ou d’huiles essentielles influencera aussi le type de flore présente dans le système intestinal. Des extraits végétaux permettent une meilleure valorisation des nutriments.

Répondre à des demandes nouvelles

En tant que firme-service, CCPA a travaillé dès 2009 sur la mise au point d’un aliment non médicamenteux, pour répondre à la demande spécifique de quelques éleveurs rencontrant des problèmes d’œdème colibacillaire. Elle a étendu ses recherches pour apporter le même service aux problématiques liées au sevrage. D’un problème sanitaire, l’aliment blanc et sécurisé répond dorénavant aussi à une volonté de recherche de performances techniques, compatible avec le respect des règles fondamentales et la maîtrise de l’environnement de l’élevage.

Effet des matières premières qui composent l’aliment

La volonté maintenant est de mieux connaître la microflore intestinale du porcelet. Des recherches sont en cours avec des universités et des instituts de recherche. L’objectif, à terme, est de caractériser l’évolution de cette flore et de la rendre stable le plus rapidement possible par l’alimentation après le sevrage, afin de limiter les risques de dérapages digestifs. Le programme de recherche Axion lancé depuis 2004 par CCPA, a déjà permis de mieux connaître les interactions entre la nutrition et la santé des animaux. Elle collabore actuellement avec des chercheurs de l’Inra pour comprendre l’effet protecteur ou destructeur sur la fonction barrière de l’intestin des différentes matières premières entrant dans la composition des aliments.

Comme le tourteau de soja qui, à haute dose, accroît la perméabilité de l’intestin, d’où la diversification nécessaire des sources de protéines. « Ces travaux devraient permettre à terme l’élaboration d’un critère “santé” pour formuler les aliments, avec encore plus de sécurisation qu’aujourd’hui », espère le spécialiste. Et demain, la possibilité d’incorporer comme nouveaux additifs industriels de la leucine, de l’isoleucine ou de l’histidine, 3 des 9 acides aminés essentiels pour le porc, permettra d’optimiser les performances de croissance attendues tout en préservant l’intégrité intestinale des porcelets sevrés. Carole David

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