Economie, marchés et gestion

La filière viande bovine diversement touchée par la Pac 2014-2020

La réforme de la Pac va impacter les éleveurs de viande bovine de façon très diverses. Certains vont y gagner, d’autres risquent d’y perdre beaucoup. Les discussions en cours, sur les modalités d’accompagnement (PMTVA, 2e pilier), sont déterminantes pour l’avenir de cette filière.

Les aides perçues en 2012 par un groupe de 215 éleveurs spécialisés en viande bovine allaitantes s’élèvent à 29 570 € dont 17 790 € de DPU, pour une exploitation moyenne de 56,2 vaches, 99,7 UGB, 67,9 ha et 1,16 UTH exploitant. Les DPU représentent donc 60 % des aides totales perçues. Leur montant moyen, 262 € par ha de SAU, se situe à un niveau proche de la moyenne nationale des DPU versés.

-28 € par vache

La perte d’aides entre les DPU actuels et le complexe DPB + paiement vert + surprime aux 52 premiers ha prévu à l’horizon 2019 est donc à priori limitée. Une estimation positionne cette perte à 28 € par vache en moyenne. Avec 67,9 ha de SAU, ces élevages profitent à plein du dispositif de surprime aux 52 premirs ha, de l’ordre de 102 € par ha. Le futur paiement vert concerne 30 % de l’enveloppe des aides dans la nouvelle Pac. Il représente un gros enjeu en terme financier. Or, celui-ci est conditionné au respect de trois mesures :

  • Maintenir les prairies permanentes ; les systèmes allaitants reposent sur des surfaces en herbe importantes, pour partie déclarées en prairies permanentes ou pâturages de plus de 5 ans. Le maintien de ces surfaces ne devrait toutefois pas poser de difficultés dès lors que l’on ne bouge pas le système d’exploitation. En revanche, si l’éleveur veut intensifier, reconvertir sa production ou céder ses terres, ce critère pourrait s’avérer bloquant ;
  • Disposer de 5 % de Surfaces d’intérêt écologique (SIE) sur les terres arables. Le détail de cette mesure reste à préciser, en particulier sur les types de SIE comptabilisés et leur équivalence de surface. Attention, seules les terres arables seront retenues pour ce critère ;
  • Diversifier l’assolement : 35 à 40 % des éleveurs allaitants fonctionnent avec un système herbager avec plus de 75 % d’herbe dans leur assolement. Ceux-ci devraient être exonérés du respect de la mesure diversité. Pour les autres, il faudra, dès 2015, disposer de trois cultures. La culture principale ne devra pas dépasser plus de 75 % des cultures arables et les deux cultures principales plus de 95 %.
    Pour environ 20 % des éleveurs, cela signifie une modification de leur assolement pour passer de deux à trois cultures.

PMTVA, des annonces à confirmer

Beaucoup de questions sont en suspend concernant le devenir de la PMTVA. En 2012, les 40 premières vaches percevaient 172 € par tête après modulation, les suivantes 153 €. En 2014, le Ministère annonce respectivement 180 et 160 € par tête. Qu’en sera-t-il à partir de 2015 ? Et surtout, quelles seront les modalités du nouveau dispositif ? Les premières annonces portent sur la fin du régime des droits à primes et le glissement vers une prime à la vache. Cependant, pour accéder à cette nouvelle aide, il sera déterminant de disposer d’une référence d’animaux éligibles sur la base des animaux effectivement présents en 2013. L’entrée dans ce dispositif de nouveaux bénéficiaires serait possible, mais de façon régulée. Ces annonces portent également sur :

  • Un nombre minimal de 10 vaches allaitantes ;
  • Un objectif de 200 € / tête pour les 40 premières vaches, avec une dégressivité pour les suivantes ;
  • Un taux de productivité minimal de 0,8 veau / vaches, par période de 15 mois ;
  • L’éligibilité des races mixtes ne produisant pas de lait.

Des questions restent encore sur la table des négociations, concernant entre autres :

  • L’éligibilité d’une part de génisses viande de renouvellement, en particulier pour les récents installés ;
  • Une surdotation des systèmes herbagers, des J.A. ou récents investisseurs…

Une grande diversité de situations

Au-delà de la moyenne, face à la réforme de la Pac 2014-2020, le secteur de la viande bovine se caractérise par une grande diversité de situation. L’historique de DPU provient des anciennes aides PSBM (Primes spéciales aux bovins mâles), PAB (Primes à l’abattage des bovins) et aux surfaces de céréales et maïs, aujourd’hui découplées et intégrées dans les DPU. Avec la convergence imposée par la future Pac entre 2015 et 2019, les pertes d’aides seront donc très variables d’une exploitation à une autre, en fonction de cet historique. 59 % des exploitations ont actuellement un niveau de DPU par ha versé inférieur à la moyenne française. Elles devraient gagner 8 € par hectare d’aides découplées.

Variation entre 2013 et 2019 de l'aide découplée par vache
Variation entre 2013 et 2019 de l’aide découplée par vache.

Il s’agit d’élevages à dominante naisseur (1,7 UGB/VA) et peu intensifs (1,4 UGB/ha SAU). A l’inverse, 26 % ont un niveau de DPU payés actuel supérieur à 300 € par ha. Pour ce deuxième groupe, la réforme en cours se traduira inévitablement par des pertes d’aides découplées très lourdes, de l’ordre de 95 € par ha. Ces exploitations fragilisées par la réforme sont à dominante naisseurs-engraisseurs (1,9 UGB/VA) et plus intensifs (1,6 UGB/ha). Plus généralement, le maillon engraissement de bovins, ayant un historique de DPU par ha plus élevé, sera un des grands perdants de cette nouvelle Pac.

2e pilier, un enjeu fort

Autre sujet d’importance, les aides du 2e pilier de la Pac qui seront proposées par la région Bretagne. La production de viande bovine est très gourmande en capitaux. La moitié des éleveurs ont plus de 50 ans. Les volets installation et aides à l’investissement seront stratégiques pour ce secteur. Luc Mangelinck / CERFrance Ille et Vilaine

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