Sélection bovine : La génétique, un levier face aux pics de chaleur

Face au réchauffement, la sélection doit s’orienter vers des animaux performants mais aussi capables de maintenir leur reproduction et leur santé malgré les pics de chaleur. Entretien avec Aurélie Vinet, du service génétique animale et biologie intégrative d’Inrae.

Des vaches dans un pré - Illustration Sélection bovine : La génétique, un levier face aux pics de chaleur
Le gabarit des animaux 
fait partie des pistes d'adaptation au climat. | © Paysan Breton

Existe-t-il des différences de résistance à la chaleur entre races bovines ?

Oui, au fil du temps, les espèces et races bovines ont été sélectionnées dans un milieu donné, s’adaptant aux conditions environnementales de leur zone d’élevage. Les zébus des régions tropicales ou les races créoles sont par exemple plus résistants au stress de chaleur que nos bovins européens. Mais cette thématique de la résistance à la chaleur devient plus présente en Europe et partout dans le monde en lien avec le changement climatique.

Notre génétique actuelle est-elle adaptée au climat d’aujourd’hui ou plutôt à celui d’il y a 10 ans ?

C’est une des questions que nous nous posons. Nous savons que les bovins ont une certaine capacité à s’acclimater. Ceci a été montré par plusieurs études menées au niveau européen en Holstein. En Espagne, les vaches continuent à produire plus longtemps qu’en France ou en Belgique en cas d’augmentation des températures. Nous savons aussi qu’il existe une variété de réponses à l’intérieur d’une même race, qui se traduit par des différences de performance quand le THI (Index qui combine température et humidité) augmente.

Quels indicateurs utilisez-vous pour différencier les animaux ?

La résistance au stress thermique d’un animal peut être définie comme sa capacité à maintenir sa température corporelle malgré une augmentation des températures. Elle est difficile à mesurer sur de nombreux animaux. C’est pourquoi nous utilisons plutôt des prédicteurs indirects, plus simples à récolter, tels que les données de production (quantité de lait et taux), reproduction (réussite à l’IA…) et santé (cellules…). Nous regardons la baisse des performances quand les animaux sont en situation de THI de 70 environ, ce qui correspond à des températures de 22-23°C, en moyenne sur 24 heures. La résistance à un stress de chaleur long ou à répétition sera aussi un enjeu à l’avenir. Parfois, l’organisme s’épuise et de la mortalité peut même advenir lorsque la durée ou l’intensité des vagues de chaleur augmentent.

Quels sont les résultats issus des travaux sur le lien entre génétique et stress thermique ?

Le premier cycle de travaux en génétique bovine pour la France métropolitaine a débuté en 2020, sur les races Holstein, montbéliarde et normande, mais nous avons aussi des projets sur des races locales car nous avons la volonté de garder cette biodiversité en France. Pour les races au fort potentiel laitier, un THI qui dépasse 70 va entraîner une baisse de production importante (environ -7 %) mais surtout une chute des taux, TP et TB, de l’ordre de -10 % sur les premières et deuxièmes lactations. C’est notamment lié à la plus faible ingestion des bovins quand la température monte, donc au manque d’énergie et de nutriments pour le métabolisme de base, la production, la reproduction, la santé, la croissance éventuellement, et l’adaptation au milieu, coûteuse en énergie.

Est-il vrai que la sélection sur la production laitière est défavorable à la résistance au stress thermique ?

Il est vrai que les plus fortes productrices perdent le plus en quantité de lait en cas de chaleur mais sélectionner vers moins de production n’est pas l’objectif, pour des raisons économiques en élevage et aussi génétiques. Si la vache sacrifie sa production pour maintenir ses capacités en reproduction et en santé, elle reste intéressante. Nous allons surtout regarder la reprise de production de ces vaches après le pic de chaleur.

Quels conseils donner aux éleveurs pour sélectionner des bovins dans un climat qui se réchauffe ?

Par le passé, nous avons surtout sélectionné les bovins sur davantage de production par animal. Cette orientation doit demeurer demain. En revanche, les généticiens pensent qu’il faut mettre un frein sur les gabarits toujours plus grands, qui ont des besoins d’entretien plus importants. Ils invitent à être raisonnable sur les index morphologiques. Quand vous accroissez la taille des vaches adultes de 1 cm, vous augmentez en proportion plus leur volume (en cm3) que leur surface (en cm2). Or c’est le volume qui crée la chaleur et la surface qui permet de la dissiper. La résistance au stress thermique est moindre. Des essais ont d’ailleurs montré que les races brune et jersiaise, de bonnes productrices au gabarit plus petit, maintiennent une performance plus tardive que la Holstein en cas de pic de chaleur.

« Mettre un frein sur le gabarit »

En parallèle, maintenir les efforts sur la reproduction et la santé est une stratégie gagnante pour demain car nous avons démontré que les vaches ayant les meilleurs index en fertilité et santé de la mamelle s’en sortent le mieux en cas de hausse de température. Les croisements pourront aussi apporter des solutions, par exemple avec des races venant de zones plus chaudes.

Propos recueillis par Agnès Cussonneau

Le gène slick en développement dans le monde

Le gène slick qui commence à être proposé par certaines entreprises de sélection dans le monde, principalement en Holstein, Red Holstein, Angus et Jersiaise, reste encore une niche en Europe, mais se développe. Naturellement présent dans des races tropicales plus tolérantes à la chaleur, il est introduit par croisement. À noter qu’un seul allèle suffit pour l’exprimer, comme pour le gène « sans cornes ». Les animaux ont des poils beaucoup plus fins et courts et expulsent plus facilement la chaleur mais la tolérance des veaux au froid, autre besoin sous nos latitudes, doit être prise en compte.


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