Inondations, sécheresses… ces dernières années nous montrent des événements extrêmes plus fréquents, invitant à travailler collectivement aussi bien sur l’excès d’eau et que sur le manque d’eau. Le rôle des sols sur la quantité mais aussi la qualité de l’eau a été mis en exergue lors d’une table ronde au 27e Carrefour des gestions locales de l’eau, à Bruz le 21 janvier.
« Protéger l’eau commence par protéger les sols, à la campagne comme en ville », a déclaré Delphine Alexandre, vice-présidente en charge de l’eau et de la santé à la Région Bretagne. « Nous devons faire du sol notre allié pour ralentir le cycle de l’eau. C’est un levier puissant d’adaptation au changement climatique et les sols jouent un rôle de filtration sur les pollutions diffuses. »
Ralentir le cycle de l’eau
Si l’urbanisation, l’imperméabilisation des sols, peuvent jouer défavorablement sur le cycle de l’eau, l’agriculture a aussi sa part de responsabilité selon l’élue qui pointe du doigt les tassements, l’érosion et la perte de matière organique dans les sols.
Priorité sur les têtes de bassin
« L’hydromorphologie est en cause dans le mauvais état des masses d’eau. Le chemin de l’eau vers la mer s’est accéléré, nous devons retravailler cette thématique notamment sur les têtes de bassins, pour un meilleur stockage de l’eau dans le sol », précise Loïc Obled, directeur général de l’Agence de l’eau Loire Bretagne.
Delphine Alexandre souligne que la Région accompagne des actions telles que l’implantation de bocage ou la restauration de zones humides. « Nous devons aller plus loin dans le soutien de solutions fondées sur la nature. » Cela peut être une végétalisation des versants, un reméandrage des cours d’eau, la restauration des ripisylves (végétaux entre les cours d’eau et la terre)…
Actions avec les agriculteurs
L’eau, sa quantité et sa qualité, sont essentielles pour les exploitations. « Les agriculteurs observent et s’adaptent tous les jours face à ces problématiques », rappelle Edwige Kerboriou, vice-présidente du Ceser et de la Chambre d’agriculture 22. Sur des territoires ‘algues vertes’, des actions ont été engagées : bandes enherbées, talus, rotations plus longues, travail du sol simplifié… Mais les agriculteurs « prennent des risques quand ils changent de techniques », c’est pourquoi le côté économique ne peut être laissé de côté.
« Les PSE peuvent être intéressants car ils valorisent les bonnes pratiques, comme les MAEC. Mais les premiers sont plus agiles que les secondes car ils proposent des objectifs et non un cahier des charges fixe sur 5 ans. » Les agriculteurs peuvent aussi en tirer des bénéfices, par exemple en s’adaptant au changement climatique.
Aujourd’hui, on parle de maintien de la « trame brune ». Ce sont les éléments du sol qui permettent d’assurer les fonctions et continuités écologiques des organismes vivants. « Un sol en bon état écologique, avec des macroporosités (racines, vers de terre, fissure), permet l’entrée d’eau et la réduction du ruissellement. Il joue aussi un rôle de filtre biologique, fixe des nutriments… », souligne Julie Collombat, de l’Agence bretonne de la biodiversité. Par ailleurs, « les sols riches en matière organique stockent jusqu’à 20 fois leur poids en eau. Et le rôle stabilisateur du couvert végétal limite l’érosion et améliore aussi la qualité de l’eau. »
Département-pilote pour un « Afafe »
Au niveau du Département d’Ille-et-Vilaine, des outils sont mobilisés. Une opération d’Aménagement foncier agricole, forestier et environnemental (Afafe) a été lancée en 2019 sur le bassin versant de Landal (périmètre de 2 200 ha sur 5 communes). Elle combine un remaniement du parcellaire agricole pour des exploitations mieux structurées et transmissibles et des travaux de restauration des milieux naturels. Plus de 33 km de haies ont été plantés et 7,5 km renforcés, des restaurations de cours d’eau et zones humides sont prévues.
Agnès Cussonneau
Par la voie 'alimentation'
Frédy Poirier – Vice-président de la Communauté du Grand Poitiers
Notre collectivité agit sur la préservation de l’eau via le PAT (Projet alimentaire territorial). Nous avons engagé la structuration d’une filière chanvre sur les aires d’alimentation de captages. Peu gourmande en eau, cette culture pousse sans pesticide ni engrais. Nous travaillons avec le monde industriel afin de sécuriser les débouchés. Les surfaces sont de 60 ha et notre objectif est de passer à 200 ha. Le territoire souhaite aussi mobiliser des agriculteurs autour de l’élevage pour préserver les prairies qui participent à la qualité de l’eau. En lien avec un atelier de transformation, une partie de la viande serait intégrée en restauration collective.

