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Macrolophus veut révolutionner les pratiques

Acariens, aleurodes… Et si c’en était fini ? Comprendre les interactions entre les organismes pour faciliter le travail de nombreux maraîchers. Réduire les attaques de ravageurs et améliorer la qualité de ses produits grâce à l’implantation d’une punaise au bon moment et bon endroit: une utopie ? Non ! Explications. 

Les auxiliaires de culture sont bien connus et largement utilisés. Mais ces populations doivent souvent être renouvelées lors de l’implantation de nouvelles cultures. Il est pourtant possible d’effectuer une lutte biologique durable moyennant quelques aménagements. C’est tout l’intérêt de Macrolophus, quand elle est utilisée pour de la lutte biologique par conservation.

Une punaise tombée du ciel

Petit retour en arrière. Nous sommes dans les années 70, « les horticulteurs néerlandais voient leurs productions de tomates sous serre ravagées par des aleurodes ayant développé des résistances aux traitements », explique Jérôme Lambion, ingénieur d’expérimentation au Grab (Groupement de recherche en agriculture biologique) d’Avignon. Contraints et forcés, la lutte biologique s’impose : Macrolophus entre en scène. 

Macrolophus est une miride, ou plus vulgairement, une petite punaise prédatrice de 3 cm. Macrolophus, grâce à ses pièces buccales adaptées à la prédation, s’attaque principalement aux œufs et aux larves des bio-agresseurs, comme les aleurodes du tabac ou des serres. Elle est naturellement présente dans les pays méditerranéens où le climat est propice à son développement. Les conditions climatiques sous serre lui sont donc favorables.

Les plants de tomate n’étant pas à son goût, toutes les conditions pour que Macrolophus devienne un parfait auxiliaire de culture sont réunies. La miride, une fois introduite, va passer son été à se nourrir d’aleurodes et d’acariens au milieu des tomates.

Deux bémols toutefois. Son coût d’achat (0,15 €/ individu), et la – longue – durée nécessaire à son acclimatation. Dans ces conditions, renouveler les populations de cette punaise à chaque nouvelle implantation de culture s’annonce long et coûteux. D’où l’intérêt de fixer de manière sédentaire ce précieux auxiliaire de culture.

Offrir le gîte et le couvert

Ne reste plus qu’à lui trouver un logis pour passer l’hiver et se reproduire. Pour cela, rien de plus simple : des bandes florales le long des parois intérieures de la serre suffisent. Les expérimentations réalisées ont montré que les soucis s’y prêtent le mieux. Une fois les plants de tomate arrachés, la punaise va trouver refuge dans ce nouveau milieu. Ce cycle permet de maintenir la population au fil des saisons. Néanmoins l’anticipation demeure le maître mot. Selon Jérôme Lambion, « il est nécessaire de semer les plantes de service (les soucis) en année n pour que Macrolophus soit opérationnel en année n+1 ». 

L’ingénieur met aussi en garde : « Il ne faut pas planter trop tard les plantes hôtes à l’automne sinon Macrolophus aura privilégié d’autres plantes hôtes ou ne se sera pas implanté du tout ». Les soucis peuvent
être semés directement en bandes sous la serre, ou implantés dans des pots, plus facilement manipulables. Mais peu importe la conduite des soucis, les coûts de ces stratégies seront près de quatre fois inférieurs à une stratégie classique de lâcher annuel (0,11€/m2 contre 0,42€/m2 ).

Répercussions bénéfiques

Bref, le biocontrôle durable c’est possible et ça marche, moyennant quelques aménagements mineurs. Dans un contexte de changement de pratiques et d’idéologies agricoles, l’utilisation de Macrolophus comme bio-agresseur contre les ravageurs de nos cultures, c’est l’assurance de répercussions bénéfiques non négligeables. Surtout sur le plan pécunier et de la biodiversité. Ainsi, ce petit insecte pourrait être un de nos meilleurs alliés biologiques pour protéger nos cultures et notre alimentation.

Ange Courau, Charles Rabineau et Brieg Le Corre

Concours d’écriture : catégorie ‘Ingénieurs’
Le concours d’écriture Eureden, en partenariat avec le journal Paysan breton, est aussi ouvert aux ingénieurs avec une catégorie qui leur est dédiée pour la deuxième année consécutive. Le thème du concours 2021 était : « l’agriculture et la biodiversité ». Sept textes ont été rédigés par des étudiants de 3ème année du programme Ingénieur de l’ESA d’Angers dans le cadre du module de « communication scientifique ». Voici l’article qui a obtenu le 2nd prix dans cette catégorie. Félicitations à Ange Courau, Charles Rabineau et Brieg Le Corre, les trois co-auteurs de cet article. 

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De gauche à droite : Ange Courau, Charles Rabineau et Brieg Le Corre

Présentation de l’ESA

L’ESA (Ecole Supérieure d’Agricultures), fondée en 1898, constitue l’un des premiers groupes d’enseignement supérieur agricole français. Il accueille chaque année plus de 2 500 étudiants. Véritable campus agricole, l’ESA propose des formations de tous niveaux : Bac pro, BPREA, BTS, Licence pro, Bachelor, Master et Ingénieur, selon des modalités variées (initiale, continue, à distance, par apprentissage…), au service de l’agriculture, la viticulture-oenologie, l’élevage, l’horticulture, le maraîchage et l’environnement, l’aménagement paysager, l’agroalimentaire. La pédagogie associe depuis l’origine l’expérience de terrain, l’acquisition des fondamentaux scientifiques et techniques et l’acquisition de compétences transversales parmi lesquelles l’expression et la communication. 

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