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Protéger les mamelles en se servant des données du robot 

En traite robotisée, l’attention portée à la fréquentation de la stalle, au nombre d’échecs de traite, au niveau de saturation du système ou au temps libre laissé à la machine peut permettre de limiter la pression sur la santé mammaire.

Pour Yannick Saillard, vétérinaire à BCEL Ouest, la maîtrise de la qualité du lait en traite robotisée, réclame vigilance et rigueur concernant un certain nombre de sujets. « L’augmentation de la fréquence de traite avec les robots est un avantage. Mais par contre les vaches ne passent pas par la stalle à heure fixe. Cette
irrégularité peut engendrer des intervalles de temps importants entre deux traites, accentuée lors de compétition sociale notamment pour les primipares…, menant à un défaut de vidange mammaire ou des pertes de lait associées. À la clé, un risque de contamination accru. »

Un œil sur la fréquence de traite 

Pour mettre toutes les chances de son côté, le vétérinaire donne quelques repères. Il recommande d’abord une fréquence de traite moyenne se situant toujours au-dessus de 2,3 par vache et par jour. Avant de nuancer en précisant qu’un bon résultat moyen de fréquentation peut tout de même cacher certains problèmes. Il faut notamment ne pas compter plus de 5 % d’animaux produisant plus de 20 kg de lait quotidiens et présentant moins de deux traites par jour en moyenne sur 7 jours… « Ces passages plus rares au robot signifient moins d’aliment consommé, moins de vidange de la mamelle, davantage de perte de lait. Dans ce cas, le risque de contamination mammaire grandit. L’allongement de l’intervalle entre deux traites, même si le trayon est propre et le sphincter refermé, laisse davantage de temps aux bactéries pour coloniser les tissus. En plus des pratiques d’hygiène associées, la traite a en effet toujours un effet chasse d’eau défavorable aux pathogènes. » 

Moins de 5 échecs de traite par stalle et par jour

Il arrive aussi qu’une vache pénètre dans la stalle et ressorte sans avoir été traite ou alors seulement partiellement. Selon les fabricants, cet évènement est répertorié par le logiciel du robot sous le nom de « traite incomplète » ou « échec de traite ». Les causes ayant empêché l’automate de poser correctement le faisceau peuvent être diverses et variées : de la saleté sur la caméra ou des poils qui gênent la détection, des trayons trop resserrés à cause de la morphologie de la mamelle ou d’une dernière traite trop récente, un animal qui bouge… « Même si la traite n’a pas du tout démarré, le bruit, l’entrée dans le box, la préparation éventuelle des trayons par les brosses ou le gobelet aura stimulé le réflexe d’éjection du lait qui va couler. Et si la traite a été partielle, la vidange de la mamelle est incomplète. Dans les deux cas, les sphincters sont ouverts et la situation est très risquée d’un point de vue contamination », explique Yannick Saillard.

Avant de préciser l’objectif : jamais plus de 5 échecs de traite (ou traites incomplètes) par stalle et par jour. « Ces vaches doivent être clairement identifiées et poussées en priorité à la traite par l’éleveur, au même titre que les vaches en retard, ce qui ne reste pas assez souvent le cas ! » Plus généralement, quand les échecs sont trop nombreux, il faut se concentrer sur l’entretien et la propreté du bras, peut-être tondre les mamelles… « Attention, parfois, c’est un seul animal qui cumule tous les échecs. À vérifier. Certaines vaches s’avèrent non robot-compatibles pour des problèmes de conformation de la mamelle, de tendance à perdre du lait, de tempérament mollasson ou peureux limitant la fréquentation du robot… »

Un peu de temps libre pour la machine

Pour terminer, Yannick Saillard met en garde les éleveurs concernant la saturation des stalles, une stratégie clairement à risque concernant la qualité du lait. « Dans ce cas, une panne de robot a aussitôt des conséquences graves. Une étude datant de 2009 avait montré qu’un arrêt de fonctionnement d’un automate saturé pendant 4 heures avait engendré des défauts de vidange des mamelles, des pertes de lait et des contaminations. L’épisode avait suffit à faire exploser le taux cellulaires passé de 50 000 à 250 000 cellules / mL », rapporte l’observateur. « Même en système non saturé ou multistalles, les éleveurs constatent très souvent une montée de cellules après une panne de robot. Nous recommandons donc toujours 10 % de temps libre au niveau de la machine et jamais moins de 7 %.  »

Une bonne vidange de la mamelle en robot
Selon les résultats de BCEL Ouest, les élevages en traite conventionnelle présentent un niveau moyen de leucocytes de 221 000 cellules / mL sur la campagne 2019-2020. Et 66 % d’entre eux ont été pénalisés au moins une fois. Pour les troupeaux en traite robotisée, le taux cellulaire moyen est de 237 000 cellules / mL et 77 % d’élevages ont été pénalisés au moins une fois. Mais ces résultats un peu plus dégradés en moyenne en conduite automatisée ne sont pas une règle absolue, «  bien au contraire ! », estime Yannick Saillard. « Globalement, on constate une variabilité importante entre les exploitations concernant la qualité du lait. » Il pointe notamment les 25 % d’élevages les plus performants sur la question : « Ils tournent à une moyenne de 140 000 cellules sur l’année en système robot. » Pour le vétérinaire, les automates présentent un certain nombre de points forts en faveur de la santé mammaire. « D’abord, la traite au robot est souvent moins agressive du fait du décrochage par trayon : les trayons abîmés sont plus rares qu’en traite conventionnelle. Ensuite, la fréquence de traite supérieure et la vidange plus complète de la mamelle en fin de traite sont aussi des critères favorables. L’objectif est d’atteindre moins de 100 000 mL de lait résiduel par quartier après la traite. En traite robotisée, il est rare de dépasser les 50 000 L. » 
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