Zoonoses : Des pratiques écologiques en question

 - Illustration Zoonoses : Des pratiques écologiques en question
La limitation du risque de nouvelles pandémies suppose de laisser de l’espace à la faune sauvage. Les pratiques d’élevage sont concernées.

Le virus du Sida et ses 30 millions de morts sur la planète sont venus rappeler, dans les années 80, que la vaccination et l’antibiothérapie ne sont pas une assurance tous risques contre les grandes maladies infectieuses. Les virus et bactéries, qui provoquent les nouvelles épidémies, sont à 75 % d’origine animale. Elles sont de plus en plus nombreuses (voir par ailleurs). L’émergence du Covid-19 rappelle la nécessité de trouver des solutions de prévention efficace.

Protéger la forêt

Yann Laurans, directeur du programme Biodiversité et écosystèmes à l’Iddri, Institut du développement durable et des relations internationales, en visio-conférence, met en cause les pratiques actuelles. « La consommation de viande de faune sauvage pose problème. Une interdiction engendrera un marché parallèle non contrôlé. Un encadrement sanitaire des petits marchés suppose une poursuite des perturbations écologiques et du mal-être animal. Ni l’interdiction ni la régulation ne sont vraiment satisfaisantes ». La viande de brousse a également un rôle nutritif pour beaucoup de populations qu’il est difficile de supprimer. Elle n’est pas réservée aux peuples africains ou asiatiques ; en France, elle est fortement consommée en Guyane, par exemple. « Un travail de médiation doit être réalisé avec ces populations, portant sur la veille, l’alerte et les soins ». Les séjours prolongés en forêt constituent une autre voie de contact avec de nouveaux virus. « Les lois et les codes forestiers existent et sont suffisants mais leur mise en œuvre, notamment la surveillance puis le suivi judiciaire, pose problème. Les pratiques illégales sont nombreuses : orpaillage, coupe des bois précieux… ».

Elles sont renforcées par un affaiblissement institutionnel, comme au Brésil, actuellement. Il s’agit d’un sujet de souveraineté. À qui appartiennent ces forêts vierges dont l’humanité dépend ? Pour les préserver, des aides seront nécessaires aux peuples résidents. Yann Laurans soulève également la problématique du changement d’usage des sols. La forêt qui se transforme en zones agricoles. « Il faut augmenter les surfaces protégées et le degré de protection. Pour cela, il est impératif d’abaisser la consommation de produits animaux. Les trois quarts des surfaces de forêt détruites sont liées aux animaux de nos élevages industriels. C’est une déforestation importée ». Le changement d’usage des sols pousse des espèces, comme la chauve-souris, vecteur de nombreuses maladies, comme la rage, à s’installer sur les palmiers, les fruitiers et à entrer en contact avec les hommes ou les animaux domestiques. Les tueries massives d’espèces comme le pangolin ou la chauve-souris présentent plus d’inconvénients que d’avantages. « Il faut surtout une bonne compréhension écologique pour être efficace ». Le dégel du permafrost, sous l’effet du changement climatique inquiète en raison de l’augmentation de la zone de contact, avec changement d’usage du sol et risque de transmissions de bactéries et de virus.

Pression commerciale

Les accords commerciaux peuvent-ils être un moyen de pression pour protéger la forêt ou supprimer les marchés d’animaux sauvages ? « Les pays européens, par exemple, ont du mal à faire la leçon, alors qu’ils importent du soja produit sur la surface d’anciennes forêts. Il faut d’abord s’appliquer des règles quand on veut les répandre ». Les normes retenues sont généralement celles des pays les plus puissants, au fort pouvoir de négociation. L’engagement des entreprises est, selon lui, primordial. « Elles doivent développer les labels écologiques pour guider le consommateur ».

Un sursaut de type Tchernobyl Diverses options institutionnelles sont évoquées pour éviter les zoonoses. On peut espérer, après le Covid 19, un sursaut de type Tchernobyl qui a contraint tous les États à sécuriser les centrales nucléaires. La transparence devra ainsi être renforcée. Les forêts devraient être sanctuarisées. Une convention internationale pourrait chapeauter des agences spécialisées qui mettraient en œuvre une politique cohérente pour éviter les risques de zoonoses, à l’image de ce qui se fait pour les droits de la mer qui regroupent des secteurs aussi divers que la pêche, le transport ou l’exploitation pétrolière. Cette Constitution de la mer a été saluée comme l’un des instruments juridiques les plus importants du XXe siècle. Elle pourrait servir d’exemple.Yann Laurans, directeur du programme Biodiversité et écosystèmes à l'Iddri


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