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Neuf mois sur une ferme de 4 500 ha

Après ses études, Guillaume Rousval, intéressé par les grandes cultures, est parti en stage aux USA.

Diplômé d’une licence pro « gestionnaire des entreprises de l’agroéquipement » à l’IUT de Rennes (35), Guillaume Rousval n’avait pas forcément envie de se lancer dans la vie active en « signant tout de suite un CDI ». Lui imaginait d’abord sortir de « sa zone de confort » en découvrant d’autres horizons : une expérience à l’étranger ou « une saison » dans une autre région.

À la fin de ses études, en juin 2018, le Finistérien signe finalement un CDD de 6 mois dans une ETA pour se donner le temps de s’organiser. « J’étais attiré par les États-Unis pour son agriculture et pour ses possibilités de tourisme. Dès octobre, j’ai cherché une exploitation pour m’accueillir par l’intermédiaire du CAEP, organisme spécialisé dans les stages agricoles rémunérés (voir encadré). » Il accepte la seconde proposition qu’on lui soumet et reçoit une réponse positive en janvier. Mi-février, il se rend à l’Ambassade américaine à Paris pour les démarches de visa. Le 21 mars 2019, il s’envole.

Le siège de la ferme.

Mécanique et grandes cultures

Le fils d’éleveurs de porc de Plabennec (29) qui ne voulait « pas de productions animales » pour son stage ne va pas être déçu en atterrissant chez Luke et Adam Spitzer. Ces deux frères trentenaires gèrent 4 500 ha à Kensal (150 habitants) dans l’État du Dakota du Nord. « Quand j’ai débarqué, il faisait -5 °C. Dehors, c’était gants, bonnet et grosse veste obligatoires. Avec ce froid et cette neige, les journées se passaient dans l’atelier chauffé. Cette période de maintenance a permis de m’intégrer à l’équipe composée d’un salarié et de deux stagiaires brésiliens. Mes patrons ont pu aussi jauger mes capacités. »

L’assolement est simple : 55 % de la surface en maïs, 35 % en soja et 10 % en « pinto beans » (haricots rouges ou noirs). En avril, dès que la météo s’est améliorée, toutes les énergies ont été consacrées à la préparation du sol. « Au printemps, j’ai principalement conduit un tracteur chenillard tirant des outils à disques ou à dents. Avec un déchaumeur de 19 m, j’avalais 20 ha à l’heure. Dans ces parcelles immenses, le matériel grande largeur est finalement assez facile à prendre en main », raconte Guillaume. « Pour avancer vite à cette période, les journées de conduite duraient 13 heures sans pause le midi. Les patrons n’étant pas du tout partisans du travail de nuit car les parcelles, après la fonte des neiges, comportent des zones humides qu’on ne peut alors pas distinguer. Le risque de s’embourber est trop important. »

Guillaume Rousval entouré des stagiaires brésiliens, du salarié et des deux patrons.

Le Breton a également beaucoup conduit de camions pour apporter semence et phytosanitaires vers les champs ou livrer du grain à des silos. « En arrivant, j’ai dû repasser le permis de conduire. L’épreuve est simple et ne coûte que 30 dollars. Cela m’autorisait ainsi à prendre le volant des semi-remorques de l’exploitation », rapporte-t-il. Avant de confier sa surprise quand on lui a donné les clés dès sa première semaine. « Même si je n’ai pas l’âme d’un routier, j’ai apprécié ces missions jusqu’à trois heures de route de la ferme. » Par contre, le semoir de 24 rangs, « trop complexe et important », n’est pas laissé aux stagiaires : « J’ai juste pu l’essayer un après-midi », sourit Guillaume.

Globalement, il a été frappé par l’approche des grandes cultures du farmer américain. « Avec des machines très larges, des parcelles immenses, des technologies comme la cartographie, le guidage GPS ou la coupure de tronçon, l’efficacité est là. En maïs – pour la production d’éthanol –, l’itinéraire technique est simplifié : semis sans travail du sol si possible, semences 100  % OGM, utilisation systématique de pesticides… D’ailleurs, pour un Breton, le non-intérêt pour l’environnement est un peu choquant. »

Road trip jusqu’à Vegas l’été, confinés par la pluie l’automne

L’été, l’activité étant moins intense, Guillaume a disposé de temps libre pour voyager. « Une semaine à New York en juillet. Et en août, avec l’un des stagiaires brésiliens, un road trip de 15 jours, au volant de la Pontiac prêtée par les patrons, jusqu’à Las Vegas pour remonter par le Grand Canyon et le Colorado. 6 000 km de plus au compteur qui atteignait déjà les 450 000 km ! »

Ensuite, les derniers mois ont été « comme un mini-confinement » à cause de la météo exécrable à partir de septembre. Sans possibilité de travail dans les champs ou d’activité à l’extérieur, les stagiaires sont restés cloîtrés à la maison. Derrière la pluie, est venue, précocement, la neige au 10 octobre. « Dès qu’il y avait une petite fenêtre, il fallait foncer. À la mi-novembre, le thermomètre est descendu à – 24 °C rendant le travail impossible. En décembre, quand je suis rentré en Bretagne, il restait plus de 2 000 ha de maïs à moissonner… 400 ha encore mi-avril alors que les semis doivent démarrer mi-mai », termine le jeune homme. Lui aussi, d’ailleurs, à l’œil sur le semoir : il vient de signer un CDI à l’ETA Buguel à Saint-Divy (29) et démarre cette semaine.

Logé et rémunéré
Guillaume Rousval a trouvé son stage grâce au CAEP qui gère un programme d’échange agricole. Il s’est inscrit en ligne et a répondu à un questionnaire pour décrire ses attentes en termes de destination (USA, Canada, Australie) et de ferme. « Par mail puis par Skype, j’ai ensuite approfondi mon projet en échangeant avec le responsable France du CAEP. Ce dernier m’a accompagné pour toutes les démarches. J’ai tourné une petite vidéo pour monter que j’avais le niveau d’anglais minimum requis et fait suivre des photos de moi au travail à destination des patrons… Ceux-ci ont accepté ma candidature. » Parti sous visa J1, le Breton était rémunéré 1 324 $ mensuels (environ 1 200 €). Les stagiaires profitaient sur place d’une maison avec connexion Internet et d’une voiture. « Ainsi que de quelques autres avantages : certains repas du midi, quelques pleins de carburant et l’accès gracieux aux activités faites avec la famille. »

Contact : www.caep.org

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