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Au Bénin, un nouveau souffle pour l’agriculture

Prosper Gbaguidi, prêtre catholique, a suivi deux années de formation agricole à Quessoy (22). Il espère pouvoir mettre à profit ses découvertes lors de ses rencontres dans les élevages bretons pour moderniser l’agriculture béninoise.
Prosper Gbaguidi, en formation en France depuis 2 ans.
Prosper Gbaguidi, en formation en France depuis 2 ans.

Le diocèse d’Abomey, au sud du Bénin, investit dans la production agricole, secteur économique important dans un pays où l’agriculture représente 32 % du PIB. Aussi, pour valoriser cette activité primaire dans les quatre exploitations qu’il possède, il forme ses prêtres… en Bretagne, grâce au partenariat qu’il entretient avec le diocèse de Saint-Brieuc (22). Prosper Gbaguidi fait partie de cette expérience. Ordonné prêtre après l’obtention d’un baccalauréat scientifique et huit années d’études au séminaire, ce dernier vient de suivre une session de BTSA Acse à la ville Davy, à Quessoy (22) pour l’année scolaire 2015/2017. « Nous assurons un souffle nouveau sur la production locale, pour répondre au devoir social de l’Église, former les jeunes et accompagner l’évolution des techniques », explique-t-il.

Redonner une nouvelle image

« Coton, ananas, palmiers à huile… L’agriculture de subsistance ne suffit pas. Au Bénin, on a du foncier disponible, mais pas ce qu’il faut pour l’exploiter. On est à l’état embryonnaire au niveau de la mécanisation. On souhaite moderniser notre agriculture. On y croit, mais le travail reste manuel car on n’est pas autonome en énergie. Il nous faut donc trouver les outils adéquats et apprendre à les réparer… Les compétences requises sont donc diverses, de la conduite de l’élevage à la gestion d’une exploitation, en passant par la mécanique », décrit le jeune prêtre.

La stabulation des vaches est une simple construction en béton, pour la nuit. Les déjections sont raclées tous les jours.
La stabulation des vaches est une simple construction en béton, pour la nuit. Les déjections sont raclées tous les jours.

Il a été impressionné par la taille des élevages et la technique mise au service de la production animale dans les élevages bretons qu’il a visités. Mais avant tout, il retient « la détermination et rigueur des Bretons autour de leur passion de l’élevage ». Une personnalité et un « engagement corps et âme » qui l’ont séduit et qu’il aimerait pouvoir transmettre dans son pays… Le décalage est important mais s’il ne peut pas transposer les techniques, il envisage des « adaptations conséquentes », avec plus d’organisation et de rigueur, pour « redonner une nouvelle image à l’agriculture béninoise ».

L’équipement est modeste.
L’équipement est modeste.

Des pistes d’améliorations en élevage

Sur la plus grande exploitation du diocèse, à Monsourou, 107 ha sont exploités sur les 500 ha. La superficie totale est peu accessible car les voies d’accès sont dégradées. Des ateliers de porc, de vache allaitante et de volaille ont vu le jour et sont gérés par une dizaine d’employés. Grâce à son séjour breton, il y voit des pistes d’amélioration pour contrer les éléments qui brident la productivité et l’efficacité du travail. Dans l’atelier de 50 truies de races locales métissées, on compte 7 porcelets par truie en moyenne, avec 2,5 portées par an. Il n’y a pas d’insémination artificielle. De plus, le bâtiment n’est pas structuré, les mères restant dans la même case. L’élevage des 500 poules pondeuses sur copeaux rend le ramassage difficile, laborieux et coûteux en main-d’œuvre en absence de pondoirs.

Canaliser les lieux de ponte et mettre en place une programmation lumineuse pourraient être envisagés. « De plus, finie l’utilisation d’eau de javel sans analyse préalable ; il faudra travailler sur la qualité de l’eau », insiste-t-il, en faisant des analyses et choisir le bon désinfectant. Du côté des 13 vaches allaitantes, les zébus partent pâturer en journée dans la brousse. Des essais d’implantation de graminées, style herbe de Guinée, sont en cours. « Reste à voir après comment on peut développer le système de paddocks… »

En porc, la productivité est de 7 porcelets/portée.
En porc, la productivité est de 7 porcelets/portée.

Créer des filières

Son rêve ? Réussir à mettre sur pied toutes ces améliorations techniques et la conception de filières, assurant la transformation et la commercialisation de la production. Pour mieux appréhender le fonctionnement des structures agricoles et réussir à mobiliser à terme les acteurs béninois sur ces filières, Prosper Gbaguidi est revenu une année supplémentaire pour effectuer une licence professionnelle au Rheu (35), pour analyser tout particulièrement la filière porcine.

Le Benin, un pays rural
L’agriculture emploie une grande partie de la population active (selon la FAO, sur une population totale de 9,1 millions d’habitants, la population rurale représente 5 millions de personnes et la population économiquement active dans l’agriculture s’élève à 1,6 million). Les principales cultures de l’agriculture béninoise sont le coton représentant 40 % des entrées de devises avec 90 % des exportations agricoles, l’ananas, la noix de cajou et le palmier à huile. Les principales productions vivrières (maïs, manioc, sorgho/mil, igname, niébé et arachide) permettent de couvrir globalement les besoins alimentaires et l’élevage, essentiellement situé dans le Nord. Tout en étant relativement développées, elles demeurent insuffisantes pour faire face aux besoins.
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